mercredi 28 mars 2018

Citation 52 : Frédéric Lenoir

"Pourtant et c'est là que Spinoza nous surprend encore une fois, la raison comme la volonté ne suffisent pas à nous faire changer , affirme t-il . Le moteur du changement c'est le désir ."
Frédéric Lenoir in Le Miracle Spinoza, Fayard, 2018.

mercredi 14 mars 2018

Commentaire 46 Le Miracle Spinoza 2/2

2 Le maître de sagesse:
#Gilles Deleuze a mis en lumière les 3 personnages qui traversent l'oeuvre de Spinoza :
- l'esclave : l'homme soumis à ses passions tristes
- le tyran : celui qui a besoin d'elles pour assoir son pouvoir
- le prêtre : celui qui s'attriste sur la condition humaine.
Les 3 partagent un ressentiment contre la vie et constituent une trinité moraliste.
Tout le parcours de l'Ethique est donc un chemin de la servitude vers la liberté, de la tristesse vers la joie.
A la suite de Descartes il est convaincu que le la structure du monde est mathématique que l'exposition d'un problème et de sa solution sera d'autant plus parfaite qu'elle épousera la forme d'un exposé de manière géométrique.C'est ainsi que son ouvrage s'intitule : l'Ethique démontrée selon la méthode géométrique.
Il y propose des définitions (explications des mots choisis) , suivies  d'axiomes (exprime une notion commune à la raison) et de propositions (affirmation d'une thèse)
L'ambition est de proposer une éthique ,un chemin conduisant à une vie bonne et heureuse.

#Le Dieu de Spinoza n'a pas créé le monde, il ne lui est pas extérieur et donc totalement immanent.
C'est la substance de tout ce qui est.
Le humains sont toujours à la recherche du "pourquoi des choses" , ils cherchent un sens au monde , aux phénomènes naturels et à leur existence.L'explication par la cause finale les apaise: les choses existent d'une certaine manière afin d'aboutir à tel but.
Ils ont ainsi admis que les dieux disposent tout à l'usage des hommes pour se les attacher et être grandement honorés par eux. Ainsi ce préjugé est devenu superstition.
Ce sont les principes finaliste (tout est fait dans la nature pour le bien de l'homme ) et  utilitariste (je donne quelque chose à Dieu pour qu'il m'apporte sa protection) qui d'un point de vue philosophique sont à l'origine des grandes religions.
Il récuse la représentation d'un dieu anthropomorphique qui crée le monde à partir de rien pour l'idée d'une substance qui se suffit à elle même, parfaitement autonome, unique et aussi infinie.
Il a une vision moniste du monde qui s'oppose à la vision traditionnelle dualiste d'un Dieu distinct du monde.
Pour lui Dieu et le monde ne font qu'un.
Il ne croit pas au Dieu révélé de la bible, mais il pense Dieu.
Ni matérialiste, ni spiritualiste, il est les deux.

#Contrairement à Descartes, il ne considère corps et l'esprit comme deux substances différentes mais comme une seule et même réalité selon deux modes différents. Le corps et l'esprit sont de nature aussi divine et ont autant de dignité.
Cette vision d'union substantielle a des conséquences dans tous les domaines : de la médecine à la spiritualité, dans la vie quotidienne, la relation aux autres.
Le clivage fondamental au sein de l'être humain ne sépare pas deux parties, l'âme du corps, mais deux affects: la joie de la tristesse.
Chaque organisme s'efforce de progresser, de grandi, d parvenir à une plus grande perfection.Il vise ainsi à augmenter sa puissance.
L'augmentation de cette puissance s'accompagne d'un sentiment de joie, tandis que la diminution d'un sentiment de tristesse." La joie est le passage d'une moindre à une plus grande perfection"
L'objectif de l'éthique spinoziste consiste à organiser sa vie ,grâce à la raison pour diminuer la tristesse et augmenter la joie jusqu'à la béatitude suprême.
Il distingue deux modes fondamentaux de connaissance :
- le 1ier genre uniquement constitué de rencontres avec les corps et les idées extérieures qui affectent notre corps et notre esprit.(ce qui ne correspond pas à la réalité objective mais à la représentation qu'on s'en fait)
- le second ,qui dépasse le 1ier mode imparfait grâce au développement de la raison, s'appuie sur des notions communes à tous les hommes.
Selon que note mode de connaissance est davantage lié à notre imagination ou à la raison, la joie qui découlera ne sera pas de m^me nature.

#Spinoza nous invite à ne pas construire le modèle d'humanité en fonction duquel nous jugerions des actions humaines, mais à prendre l'être humain tel qu'il est, dans sa nature à la fois universelle et singulière, et à ne juger des actions qu'en fonctions des raisons, des causes profondes qui les ont motivées.
Après Jésus qui ne cessait de répéter "Ne jugez pas" et avant Freud qui a exploré l'inconscient, Spinoza a parfaitement explicité combien l'homme restait une énigme pour lui même.

D'ailleurs Freud a écrit en 1931 :" J'admets tout à fait ma dépendance à l'égard de la doctrine de Spinoza.Il n'y a aucune raison que je mentionne son nom, puisque j'ai construit mes hypothèses à partir du climat qu'il a créé plutôt qu'à partir d'une étude de son oeuvre."

#Spinoza cherche à élaborer une véritable science des affects.Il pose trois sentiments de base :
- le désir, qui exprime notre effort pour persévérer dans notre être
- la joie qui permet l'augmentation de notre puissance d'agir
- la tristesse qui diminue notre notre puissance d'agir

#L'effort que nous faisons pour persévérer et grandir dans notre être, le conatus est très important
Cet effort lorsqu'il se rapporte à l'esprit seul s'appelle volonté; lorsqu'il se rapporte au corps et à l'esprit, il le nomme appétit.
Le désir est l'essence de l'homme. Il  n'a en soi rien de mauvais, bien au contraire.
Ne plus rien désirer c'est éteindre la flamme de la vie.
La sagesse ne consiste donc pas à brimer l'élan vital mais à le soutenir, à le guider
Le désir n'exprime pas un manque mais une puissance répond Spinoza à Platon.
L'ascèse , le renoncement au désir , n'est pas une vertu mais une diminution d cela puissance.
La seule force qui peu nous faire changer c'est le désir.
"Un sentiment ne peut être contrarié ou supprimé que par un sentiment plus fort que le sentiment à contrarier."Le rôle de la raison consiste donc à repérer une chose ou une personne susceptible d'éveiller en nous un sentiment positif , plus grand que l'affect négatif qui nous plonge dans la tristesse , et donc capable d'éveiller nouveau désir.

# Comme l'enseignement de Jésus conduit à la joie, la philosophie de Spinoza et une philosophie de la joie.
Sa conception du désir et de l'affectivité continue une rupture profonde avec la tradition philosophique et religieuse classique.
On oppose classiquement affectivité à raison
Il remplace cette dualité par la dualité activité/passivité.
Ce qui constitue un mal n'est pas l'affectivité ou le désir, mais la passivité dans l'affectivité. Il s'agit donc de la convertir en activité.

#"Nous désirons aucune chose parce que nous la jugeons bonne , mais au contraire, nous appelons bon ce que nous désirons."
C'est le désir qui nous fait apprécier une chose et non l'inverse : voilà qui renverse toute morale traditionnelle.
Une seule conduite : se mettre en quête de ce qui nous met en joie et fuir ce qui nous rend triste.Favoriser les rencontres qui nous font grandirai éviter celles qui nous diminuent.
Une véritable révolution copernicienne de la morale : la vraie morale ne consiste plus à suivre les règles extérieures , mais à comprendre les lois de la nature universelle  et de notre nature singulière afin d'augmenter notre puissance.
L'éthique immanente et rationnelle du bon et du mauvais remplace ainsi la morale transcendante et irrationnelle du bien et du mal.

#La question de la liberté est au coeur du projet : pour lui et contrairement à Descartes le libre arbitre n'est q'une illusion.
C'est parce que nous n'avons aucune conscience des causes qui motivent nos actions ,que nous nous pensons libres.Jung ne dira pas autre chose.

La liberté existe mais il faut le redéfinir:
1/ "Est dite libre la chose qui existe d'après la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir. "A cet égard ,seul Dieu est cause libre.
2/L'être humain est d'autant plus libre  qu'il agit selon sa propre nature, son son essence singulière et non pas seulement sous l'influence des causes qui lui sont extérieures.
Nous sommes libres parce que nous agissons grâce à la raison , à partit de notre nature sic-nguière et non sous l'influence des causes extérieures.
Ere libre c'est être pleinement soi même
Etre soi même c'est répondre aux déterminations de sa nature.
La libération de la servitude augmente notre puissance d'agir et et notre joie, pour nous conduire jusqu'à la joie finie de la béatitude.Pour cela un niveau 3 de connaissance est nécessaire : l'intuition
Les 3 niveaux de connaissance :
niveau 1 : opinion ; imagination
niveau 2 : raison
niveau 3 : intuition grâce à laquelle on peut saisir la relation entre une chose finie et une chose infinie, entre nous et Dieu, entre notre cosmos intime et le cosmos entier.
Toute l'éthique de Spinoza commence par une connaissance rationnelle de Dieu et finit par un amour de Dieu.
Au cour de cette sagesse de l'amour de Dieu  il ya l'éternité : un instant hors du temps  qui n'a ni commencement ni fin.
De la même façon l'esprit se perçoit éternel dans le sens où il se sent exister de manière intemporelle avec la même nécessité sue l'éternité de la vie de Dieu.
notre esprit ne disparait pas avec la mort: la part passive, l'imagination disparait mais pas la part active (raison).
Cela  a évidemment suscité de nombreux commentaires

mercredi 7 mars 2018

Commentaire 45 Le Miracle Spinoza 1/2

Spinoza est un auteur à la fois fascinant et difficile à lire. D'où le de Frédéric Lenoir dans cet ouvrage : expliquer l'ambition, montre l'intelligence et donner quelques clés de lecture de Spinoza.

Spinoza a pour ambition  de démontrer de manière quasi objective , l'intelligence et et l'harmonie profondes qui unissent tout le réel. Partant de Dieu défini comme la substance unique , il entend montrer que tout a une cause (de l'ordre cosmique désordre de nos passions)et que tout s'explique par les mois universelles de la Nature. Tout chaos n'est qu'apparent; le hasard comme les miracles n'existent pas.
Il prend la raison pour seul critère de vérité et se place ainsi dans l'universel et l'intemporel.
Il n'a publié que deux ouvrages de son vivant : Les principes de la philosophie de Descartes(1663). Le traité théologico -politique (1670). Tout le reste dont l'Ethique a été publié après sa mort.

L'homme est une partie de la nature et obéit aux lois universelles du vivant . Il n'a aucun privilège qui lui confierait un statut à part dans la création.
Pour lui rien n'est irrationnel, le réel est la pierre angulaire de tout l'édifice spinoziste.
Nous pouvons (devons) porter un regard et donc apaisé sur toute situation.
Vaincre le mal en s'attaquant à ses causes profondes lui semble autrement plus utile que de passer son temps à s'indigner, se lamenter, détester et condamner, ce qui dispense le plus souvent d'agir.

1 le révolutionnaire politique et religieux
# Très vite le jeune Spinoza s'adonne à la philosophie et part à la recherche du bien véritable , proche de la quête de la sagesse des philosophes grecs.
C'est à dire un bonheur profond et durable , que l'on peut obtenir en devenant indifférent aux événements extérieurs, qu'ils soient agréables ou désagréables et en transformant son esprit pour qu'il trouve à l'intérieur de lui même un bonheur permanent.
"Toute notre félicité et notre misère dépendent de la seule qualité de l'objet auquel nous sommes attachés par amour."

# En 1656 les anciens de sa communauté prononcent un herem, acte de séparation envers Spinoza alors âgé de 23 ans . L'explication donnée est qu'il pratique et enseigne d'horribles hérésies. Il doit quitter sa maison familiale d'Amsterdam pour s'établir à Rijnsburg vers 1660.
Il devient polisseur de verre de lunettes, microscopes télescopes pour gagner sa vie et devient aussi célèbres pour ses verres que sa philosophie.

# Il emménage ensuite à Voorburg ou il va rédiger l'essentiel de son oeuvre. Il écrit le Le traité théologico -politique pour dénoncer les théologiens qui maintiennent le peuple dans l'ignorance et s'opposent à une libre réflexion. Ce qu'il dénonce surtout c'est la superstition , sur laquelle se fonde la religion pour prospérer. Superstition, qui est le meilleur moyen de gouverner la masse et qui prend le plus souvent le visage de la religion.
Il explique que les préjugés proviennent essentiellement du fait que les croyants, au mépris des lumières de la raison, lisent les Ecritures sacrées à la lettre et posent pour commencer la divine vérité de son texte intégral. Il met alors au point une méthode d'interprétation des Livres saints.
Il faut que la parole prophétique , pour être crue, s'appuie sur un prodige, ce dont la révélation par l'esprit n'a nul besoin. Le discours prophétique ne doit jamais être pris au pied de la lettre.
Il ne considère pas l'élection du peuple hébreux comme le fait d'une quelconque préférence mais un artifice pédagogique afin que les hébreux comprennent et pratiquent la loi divine.
La  véritable Loi divine pour Spinoza n'est pas l'observance du culte , mais la poursuite du souverain bien, la béatitude qui nous vient de la connaissance et de l'amour de Dieu.
"C'est en la connaissance et en l'amour de Dieu que consiste notre souverain Bien et notre béatitude ."
Selon Spinoza, l'Ecriture n'est pas là pour nous donner des explications scientifiques du monde mais des règles de vie édictées dans une liste de commandements auxquels  il faut se soumettre.
Ces règles se résument essentiellement à la pratique de la justice et de la charité qui fondent toute vie sociale harmonieuse.
#Toute sa vie il fut un homme libre de toute croyance et de toute appartenance religieuse.
Selon lui les prophètes reçoivent la parole divine au moyen de leur imagination .Le christ constitue une exception à la règle.La voix du Christ peut être appelée la voix de Dieu , il a communiqué avec lui d'esprit à esprit.
Le Christ incarne le modèle du sage dont l'esprit est libéré de toutes les règles fausses et dont les affects sont parfaitement réglés par la raison..Pour lui tout être humain possède l'esprit du Christ ,s'il reçoit et vit la sagesse divine, c'est à dire s'il comprend et met en pratique les lois divines naturelles.
#Il sape les fondements de la religion juive, mais aussi chrétienne en faisant de Jésus l'émanation de la sagesse divine et donc le modèle du sage par excellence et non le Fils unique de Dieu incarné et ressuscité entre les morts.
Il propose un dépassement de toutes les religions par la sagesse philosophique qui conduit à un amour intellectuel de Dieu, source de la véritable béatitude.
#Il s'attache à démontrer que la meilleure organisation publique est celle qui laisse à chacun la liberté de croire, de penser et de s'exprimer.Vivant selon la loi naturelle , qui vise l'augmentation de sa puissance et la poursuite de ses désirs , il agit d'abord en fonction de son intérêt propre et ne se soucie pas du bien d'autrui.
La recherche de la sécurité et de la meilleure existence possible conduit les hommes à décider de vivre en société et d'édicter des règles de vie, sans lesquelles, compte tenu de leurs passions, aucune vie commune ne serait possible.Par pacte social ,les hommes renoncent ,volontairement ou par crainte de la punitions leur droit de nature, afin de vivre en sécurité en suivant les règles collectives.
Dans son traité politique, il affirme que la démocratie constitue le meilleur régime possible : le plus naturel et plus susceptible de respecter la liberté naturelle des individus.
Il insiste sur la nécessaire séparation des pouvoirs politiques et religieux.
il souhaite que l'éducation permette d'acquérir un jugement qui les aidera à discerner ce qui est véritablement bon pour eux. Plus ils seront capables de le faire , plus ils seront utiles aux autres.






mardi 27 février 2018

Citation 51 : Frédéric Lenoir

"Il est avant tout un sage qui cherche à changer notre regard afin de nous rendre libres et heureux, comme il le fut lui même."
Frédéric Lenoir in Le Miracle Spinoza, Fayard, 2018.

mercredi 10 janvier 2018

Expression 43 : Sérieux ?

"Est ce que ce monde est sérieux ?" chantait Francis Cabrel , il y a quelques années, en décrivant les impressions et incompréhensions d'un taureau, un jour de corrida.
Aujourd'hui cette question surtout posée par les plus jeunes revient souvent  : "Sérieux ?" ou "t'es sérieux là ? "ou encore "t'es pas sérieux ?"
Alors bien sur, on peut tout d'abord y voir une simple demande de précision : on isolerait ainsi un propos dans un flux d'échanges apparemment sans importance, dont l'ambition principal, semble être de se maintenir en connexion comme savent le faire très bien les ados, en face à face ou par l'intermédiaire de leurs prolongements socio-techno (sms, réseaux..) ; on l'isolerait de ce bavardage extraverti, d'échanges qui cherchent tout leur sens, leur pertinence, s'essaient et se testent , on l'isolerait parce qu'il sonnerait différemment, semblerait plus important, plus pertinent que les autres ; on l'isolerait pour en préciser peut être le sens mais surtout l'intentionnalité : est ce que la personne a bien voulu dire ce qu'elle a dit.
Car à coup sur si cette intentionnalité se vérifie, ma perception de cette personne ou de mes relations avec elle vont en être affectées. Cette réponse va peut être même conditionner le devenir de notre conversation en installant un nouveau contexte, une nouvelle donne, largement au delà de ce à quoi je pouvais m'attendre en démarrant la conversation.
De là à se demander, comme le taureau,  si le monde est sérieux?

jeudi 21 décembre 2017

Citation 50 William Boyle


"C'était fou comme un garçon pouvait changer.Son  coeur avait changé. Si aujourd'hui une fièvre dangereuse le prenait, si sa peau était en feu, il la repousserait."
in Tout est brisé, William Boyle, Gallmeister, 2017.

mardi 12 décembre 2017

Citation 49 : William Boyle

" Tu ne peux pas changer d'où tu viens.Tu ne peux pas changer ton sang."
in Tout est brisé, William Boyle, Gallmeister, 2017.

mardi 5 décembre 2017

Citation 48 : Peter May

"Le monde Marsaili c'est comme le temps.On ne le change pas .Et on ne le façonne pas.C'est lui qui nous façonne."
in L’ile des chasseurs d’oiseaux, Peter May, Babel noir, 2017.

mardi 28 novembre 2017

Lexique 187 : L'encre rouge

"Quand on voit un jour quelque chose écrit à l'encre rouge, c'est que des changements et des problèmes se profilent à l'horizon"
Viet Thah Nguyen .

mardi 21 novembre 2017

APM 21 : Le sens de la vie

Est ce que la question du sens s'est déjà posée pour vous ?
Est ce que la question du sens c'est déjà posée dans votre entreprise ?
Que dites vous à quelqu'un qui dit que le vue n'a pas de sens ?
Que dites vous à un enfant qui vous  demande le sens de la vie ? 

Exposé APM du 11octobre 2017 au club APMSaint James par le philosophe  Bertrand Vergely.


La question du sens de la vie est sans conteste la question qui va devenir la question de demain. Pourquoi ? Parce que nous sommes la première civilisation au monde dans laquelle l’homme n’a pas de but  et que cela ne va pas pouvoir longtemps continuer à être ainsi. 
Nous avons besoin de sens pour vivre, le sens étant  : 1) la direction, 2) la signification, 3) la sensation, 4) la valeur. 
Nous avons besoin  
1) de ne pas errer mais de savoir où nous allons, 
2) de pouvoir traduire ce que nous vivons soit dans un langage objectif soit dans une langue personnelle, 
3)  de pouvoir faire correspondre ce que nous vivons à des sensations et des intuitions, 
4) que la vie ait une valeur. Il s’avère qu’il ne va pas de soi de donner du sens à la vie. 
On ne peut pas plaquer un sens artificiel sur la vie en vivant le sens comme le fait de savoir tout le temps où nous allons, ce que cela veut dire, ce que cela fait sentir et la valeur que cela a. 
Quand  le sens est vécu de la sorte, étant étouffant on a besoin de respirer et l’on respire en se donnant un temps de repos où l’on va nulle part, un temps de silence où l’on arrête de comprendre, un temps de vacuité où l’on cesse de sentir et de donner de la valeur. 
Devant l’inflation de sens, on peut avoir la tentation de préférer une vie absurde à une vie dotée de sens. Très vite on tourne en rond dans une impasse. Quand le non-sens a du sens il est non pas l’arrêt du sens mais le pont qui mène à un sens supérieur, ce sens étant bien illustré par ce que l’on dit quand on dit qu’il y a des hasards qui ne sont pas des hasards.
 Les penseurs médiévaux ont bien résumé l’itinéraire du sens par cette formule : de l’extérieur à l’intérieur et de l’intérieur au supérieur. La vie a du sens, à condition de ne pas demeurer dans un sens banal et plaqué ou dans un on sens figé. Quand tel est le cas, le sens est une expérience forte qui nous ouvre les portes du plan créateur de l’existence. Cette séance voudrait pouvoir le montrer. 

II.  Méthode.
1) Définition. Le sens signifie Quatre choses : 1) la direction, 2) la signification, 3) la sensation, 4) la valeur.
2) Historiquement le sens apparaît 
1) avec l’apparition de l’idée d’une puissance supérieure s’exprimant par la fatalité, 
2) les Stoïciens rationalisent cette idée à travers  la notion de destin dont ils interprètent les signes,  
3) Durant le moyen-âge le destin est remplacé par la volonté divine et sa providence et l’on interprète la parole divine à l’aide d’une science de l’interprétation, l’herméneutique, 
4) avec l’apparition du rationalisme le destin et la providence s’effacent derrière la nécessité et le déterminisme, 
5) au XIXème siècle introduction de la notion de hasard, au XXème introduction de la notion d’indéterminisme. Sur un plan moral
 6) apparition de l’existentialisme qui prône une vision du monde fondée sur la contingence (Sartre) voire l’absurde (Camus).

Problème. Aujourd’hui la question du sens est marquée par trois choses : 
1) le refus du sens, 
2) un sens purement subjectif,  
3) le pluralisme en matière de sens. De sorte que la question qui se pose est : pas de sens ? un sens subjectif ? plusieurs sens ? ou autre chose ?

III. Du sens pour tout ?
1) Il faut du sens dans la vie. Mais faut-il du sens pour tout ? Et tout le temps ? Paradoxalement l’excès de sens tue le sens en étant signe d’angoisse.   
Et si le vide de sens était bénéfique ? Trois avantages à ce vide. 
1) D’abord un apaisement de l’esprit. On arrête d’être dans la volonté d’aller quelque part et de savoir. On vit ici et maintenant. Dans le présent. On arrête de ce fait d’interpréter et de sur-interpréter ce qui est afin de trouver un sens. On évite ainsi la superstition et le délire à propos de la réalité. Vertu thérapeutique non-sens. Découverte de ce que rester zen veut dire. Ouverture au non agir du Tao.
2) Deuxième avantage du vide. On coupe le cordon. On cesse d’être dans la dépendance à l’égard d‘un sens donné. Après l’apprentissage du silence créateur, on fait l’apprentissage de la solitude créatrice.
3) Troisième avantage enfin. Ouverture au hasard, à l’imprévue, à l’inattendu.

IV. Du sens pour rien ?
1) Attention à ne pas plaquer du sens certes, mais attention aussi à ne pas plaquer du non sens. Sous peine de faire basculer la vie dans la platitude, l’insignifiance, le vide destructeur avec comme effets la dépression, la désespérance et parfois le suicide.  L’homme est un animal spirituel. L’esprit  étant la présence, il a besoin de cette nourriture qu’est la présence et, en particulier,  de cette présence supérieur donnée par ce qui va loin, ce qui va loin envoyant au dynamisme du souffle vital originel. À ce titre, s’il y a le silence créateur il y a la parole créatrice. Quand il s’agit d’expliquer que les choses vont loin et qu’elles ont une traduction qui va loin aussi, la parole est nécessaire et créatrice. Elle n’enferme pas la vie. elle permet de vivre.
2) En ce sens, il y a un au-delà de la solitude. On n’est pas seul quand on est dans la parole créatrice. On est avec le souffle de vie et porté par lui pour aller au-delà de nous-mêmes.
3) De ce fait,  il n’y a pas de hasard, mais des rencontres. La vie pour vivre a besoin de suivre une logique, un ordre. D’où la nécessité, loi des causes et es effets. Toutefois, pour être vivante, elle a besoin de nouveauté. D’où le hasard. La combinaison du hasard et de la nécessité fait que la vie est un processus constant de révolution, le hasard allant contre la nécessité et la nécessité contre le hasard. Ce qui n’est pas un hasard. La vie est guidée par un souffle qui va loin et qui se manifeste à travers ces révolutions. On en fait l’expérience à travers les rencontres, ces hasards qui ne sont pas des hasards.

V. Les raisons d’une impasse.
1) On reste souvent extérieur au sens en faisant de celui-ci, sans s’en rendre compte, une chose figée parce que plaquée d’avance une fois pour toutes sur la réalité. Résultat, pour se sortir de ce sens étouffant on opte pour le non-sens en se figeant dans une impasse réactive.
2) Il faut réveiller le sens en retournant à la racine de notre vie. Il n’y a pas rien. Nous ne venons pas de rien. Nous n’allons pas vers rien. Nous ne sommes pas rien. Nous ne sommes pas là pour rien. C’est ce que veut dire le sens. Celui-ci relève de l’Autre, c’est-à-dire de ce qui va plus loin que ce que nous connaissons. C’est ce que Jacques Monod n’a pas réussi à faire apparaître quand il a réduit la vie à n’être qu’un jeu, le jeu du hasard et de la nécessité. La vie est un jeu du hasard et de la nécessité parce qu’elle est plus qu’un jeu, plus que du hasard et plus que de la nécessité.
3) On n’a pas l’habitude de pratiquer un sens intense. Il faut aller vers ce sens intense et donc aller  vers le plus que qui fait tout le sens du sens  en étant ce qi nous donne une vraie direction et donc une vraie capacité de diriger.

VI. La réponse à cette impasse.
1)  Concrètement, on va vers ce plus que en revenant au sens vécu, c’est-à-dire au fait de vivre ce que l’on vit en se laissant informer de l’intérieur par ce que l’on vit.
2) Concrètement cela donne le respect des quatre niveaux de réalité et des quatre niveaux de sens que l’on rencontre dans ces quatre niveaux à savoir :
 1) le sens littéral, ce qui se fait, ce qui se dit, ici, maintenant,
 2) le sens  historique, le contexte, les antécédents,
 3) le sens  moral, la répercussion intime mais aussi collective,
 4)   le sens symbolique, le passage sur un autre plan d’existence, celui qui va loin.  

3) Vivons ces quatre plans. On découvre qui l’on est, ce que l’on est venu faire sur terre, à quoi on peut être utile et ainsi servir. Avoir une telle relation au sens crée une conscience véritable de l’existence. Trois choses permettent d’accéder à cette conscience : 1) la responsabilité, 2) la quête 3) l’intime.


 VII. La responsabilité.
1) Le sens se présente à nous d’abord de façon objective à travers les sept questions que nous posent les sept âges de la vie. 
1) Naissance : le traumatisme de la naissance. 2) Enfance : le début de la liberté. 3) Adolescence : que vais-je faire de ma vie ? 4) Âge adulte : que vais-je faire dans la vie ? 5) Maturité : que vais-je faire de la vie ? 6) Vieillesse ; qu’ai-je fait de ma vie ? 7) Mort : que vais-je faire de ma mort ?

2) Le sens se présente ensuite sous une forme subjective à travers sept réponses. 
1) La naissance. 2) L’autonomie. 3) Le choix. 4) L’engagement. 5) La responsabilité. 6) La conscience. 7) L’acceptation.

3) La vie devient un destin ou pas selon la puissance de la réponse que l’on apporte aux questions qu’elle pose. Le destin est l’accomplissement de la liberté non sa négation.

VIII. La quête.
1) Tout âge de la vie a trois sens :  Un sens extérieur. Un sens intérieur. Et un sens supérieur. D’où la quête. Quand on reste au sens extérieur on se sent prisonnier. Expérience douloureuse de l’insignifiance, de l’absurde, de l’insensé. Dépression, désespoir, désir de suicide.
2) Quand le sens extérieur peut déboucher sur un sens intérieur et supérieur impression de délivrance, énergie, souffle créateur, jubilation.
3) La quête fait de la vie une aventure. Elle pouse à sortir de l’extérieur en bousculant celui-ci afin qu’il soit intérieur et supérieur. D4où la transformation de l’existence en un parcours de symboles et de figures.

IX. L’intime.
1) Il est bon qu’il y ait un sens intérieur et supérieur. Mais s’il n’y a pas de l’intime, ce sens devient sec puis vide.
2) On a tendance à chercher le sens hors de l’intime sous la forme de la nécessité. C’est la raison pour laquelle ne le trouvant pas, tant la nécessité est étouffante,  on conclut au hasard et à l’absurde pour retrouver un peu d’air.
3) Partons de l’intime au lieu du sens plaqué. On comprend ce que veulent dire la direction, la signification  la sensation et la valeur. Quand tout est intime on sait où l’on va on est orienté. La vie parle. On la sent Elle a de la valeur. Mieux on a le sens de la vie. On est capable de la faire vivre. On a en ce sens du bon sens. On peut alors déchiffrer l’univers ainsi que l’histoire en voyant grâce à l’intime ce qui les fait vivre. La profondeur du sens de la vie en soi révèle la grandeur du sens de la vie hors de soi.

Conclusion.
1) Le sens est l’expérience la plus forte que l’on puisse faire dans la vie en étant cette relation au souffle créateur de l’existence qui nous emmène loin.
2) Application à l’entreprise. Le sens est capital pour l’entreprise, une entreprise ayant besoin de savoir qui elle est, où elle va, ce qu’elle veut, ce que signifient les événements auxquels elle est confrontée, les effets que cela a, la valeur que cela a. Pljs globalement une entreprise a besoin d’un souffle. Rien n’est plus passionnant que d’appliquer à la vie concrète l’expérience du lien avec le souffle, la responsabilité et la quête.