Expressions - Impressions - Nouveaux concepts - Croyances et Incertitudes d'un Monde qui change
dimanche 28 janvier 2024
Commentaires 104 L'hypothèse K
Un livre assez indispensable sur l'approche de la catastrophe écologique : quel est ou pourrait être le rôle de la science dans ce combat ? Un livre en deux parties : 1- déconstruction du mythe scientifique 2 - l'hypothèse K ou comment penser un nouveau rapport entre science et technique.
1- Déconstruction du mythe scientifique
# Tout d'abord Aurélien Barreau plante le décor : le drame écologique n'est ni un une crise climatique, ni un délitement social mais bien une catastrophe civilisationnelle . A la fois effondrement de la vie et perte de sens. Ni plus, ni moins. La science en atteste et le démontre de façon indiscutable aujourd'hui : les populations animales s'effondrent, les végétaux sont en grand stress, les fonds marins et leurs écosystèmes dévastés, les mégafeux se répandent dans le monde. Elle permet également de comprendre que le réchauffement climatique n'est qu'une petite partie du problème , une conséquence plutôt qu'une cause de notre système de transformation du réel en déchets. Se focaliser dessus n'est qu'un moyen de se rassurer car la crise est fondamentalement systémique. La physique permet ainsi de comprendre que les déchets de dioxyde de carbone émis sont si nombreux , qu'ils sont à l'échelle humaine, "définitivement présents".
# Le constat est scientifiquement établi (et presque plus contesté) : les énergies fossiles commençant à se raréfier , il y aura inévitablement décroissance (au sens économique) . Si cette décroissance imposée n'est pas associée à une volonté déterminée de réduire et réorienter la consommation, la catastrophe sera totale : écologique et sociale. Il n'est donc pas possible d'augmenter le PIB et d'en diminuer les méfaits sur l'environnement.
# Si la science permet de mesurer, prédire avec un certain degré de fiabilité cette catastrophe , elle ne constitue qu'une manière parmi d'autres de faire un monde. Ni les symphonies de Mozart, ni les poèmes de Villon ou la prose de Proust ne s'appuie sur elle. Elle demeure muette quant à ce qui est désiré. Toute puissante quand il s'agit d'améliorer le fonctionnement, elle a beaucoup plus de mal quand i'l s'agit d'en changer le but et non plus seulement de gagner la partie. Elle est démunie quant à la bonne direction à choisir. Et attention car la dimension scientifique d'un objet lui confère dans nos sociétés une sorte de valeur magique . La science permet d'atténuer certaines conséquences d'innovations techniques (aujourd'hui l'IA) mais demeure muette quand il s'agit de penser l'effondrement de notre puissance d'être, indépendamment de tout usage délictueux ou mal intentionné. L'efficacité de notre civilisation à effacer l'altérité est sans équivalent.
Tout détruire et tout raser, exterminer les espèces, brûler les forets et préparer les guerres ns constituent pas une erreur scientifique. Il fait modifier le carcan axiologique voire ontologique. La science n'est pas coupable de tous nos maux mais a partie liée avec une vaste entreprise de chosification.Le recours systématisé à l'argument d'autorité scientifique est dramatique car l'essentiel des problèmes que nous traversons ne sont pas scientifiques. La science est "instrumentalisée" , a ses accointances avec la classe dominante , est aux commandes et se profile une société technocratique sans visée et sans désir, sans intention et sans projet. La question : comment infléchir la science pour la rendre vertueuse?
# Nous sommes malades du logos : superbe logos qui a ouvert les portes de la rationalité. Mais aussi terrible logos qui a desséché et binarité les modes et les mondes de l'Etre à l'autre. La modernité occidentale se situe au coeur d'une alliance de fait entre science et technique . A l'évidence le développement tumoral de la technique constitue un des moteurs les plus dévastateurs de la catastrophe en cours, ce vers quoi nous nous tournons sans la moindre interrogation pour résoudre la catastrophe en cours. Si la science est axiologiquement neutre , elles se trouve ontologiquement engagée.
#Depuis des déceenies tous les champs cognitifs ou presque se revendiquent comme scientifiques. C'est le gage de sérieux, comme si tout se réduisait à elle . A quand le littérature ou la musique scientifique? Comme si la vérité, qui vient de la mémoire et non de la rectitude se réduisait à elle. Mais s'il s'agit de comparer des conséquence de la catastrophe en terme de privations. Ne peut -on opposer la liberté de disposer d'eau potable, de disposer d' un air respirable d'une partie de l'humanité à celui de jouir de luxes et d'addictions d'une autre partie.
# Quelque chose a été manqué : l'extraordinaire puissance révolutionnaire de la science (le mot vient de Copernic) fut travestie et délaissée. La désimpérialiser, lui redonner sa puissance révolutionnaire, la changer d'axe., pour lui faire redéfinir le monde. Le rôle essentiel de la science consiste "à inventer des êtres nouveaux "Bruno Latour.
2 - l'hypothèse K ou comment penser un nouveau rapport entre science et technique.
#L'occident n'a pas oublié la transcendance. Il a fait pire, il a transcendantalisé son immanence.
#Si prométhée est triste, plus que la colère de Zeus, que la bêtise des humains, c'est de n'avoir pas compris la dynamique propre de son joyau : d'avoir cru que l'outil n'était qu'un outil, d'avoir négligé l'autonomie de la technique .
#Si nous ne vivons pas sour la domination des Terminator, ne sommes pas les esclaves de ski net, une certaine indépendance technique aux conséquences délatrices s'est lentement déployée. Le pullulement technique est devenu l'un des facteurs essentiels de l'effondrement des conditions d'habitabilité, En un sens , nous sommes devenus les hôtes consentant d'un processus qui nous dépasse largement. Des machines construisent des machines, des programmes conçoivent des programmes.
# Nous sommes partiellement devenus les esclaves - au moins les serviteurs - d'un processus expressément parasitaire.
# L'hypothèse K : un développement littéralement cancéreux de la production technique . Mutation, métastases , prolifération, les cellules malignes vivent leur propre mécanisme de sélection.Elles échappent à l'homéostasie comme à la sénescence. Une sorte de méta Nacer, qu'il s'agit d'affronter.
Penser le développement technique comme un processus métastatique : le prométhome.
Il est évident qu'il n'est ni utile , ni souhaitable de détruire les machines.
L'oncologie nous apprend que face à un ennemi de cette taille il n'existe aucune solution simple et unique.Il ne suffit pas de traiter les effets. Tout autre chose est nécessaire. Ol s'agit de reconsidérer notre finitude , nous ne sommes pas Dieu. Décroitre n'est pas mourir. Habiter poétiquement le monde.
La science attend d'être pensée et non plus utilisée.
lundi 1 février 2021
L'inattendu d'Edgard Morin
′′J 'ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l'inattendu. L 'arrivée de Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C 'est-à-dire que d'un côté suscite l'imagination créative et suscite des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.
mardi 8 octobre 2019
Lexique 219 : Dictature ?
mercredi 18 septembre 2019
Et si Branly était un terrain d'inspiration pour réinventer notre modèle ?
lundi 26 octobre 2015
Commentaires 29: A quoi rêvent les algorithmes ?
Dans tous les domaines finance,santé, transports, tourisme, et même l'amour ils sont partout présents à travers ce que l'on appelle le big data, c'est à dire le tracking puis l'analyse de toutes nos données comportementales.
Les algorithmes sont ces boites à calcul qui enlèvent les spams des boites mails, hiérarchisent l'info sur Google, font des recommandations ou nous adressent des publicités.
Ils ne font pas cela tout seul, ils ont été programmé et l'analyse de cette programmation nous permet de lire un véritable mode d'organisation du monde. A tel point qu'il propose une taxinomie de ces mondes en 4 familles différentes, chacune destinée à classer l'information numérique :
- La famille de la popularité : avec les mesures d'audience qui dénombrent les clics des internautes et ordonnent la popularité des sites; la vision la plus traditionnelle, proche des mesures des médias ou de la politique
- La famille du "pagerank" : le mode de calcul de classement de l'information sur google ; mesure méritocratique qui prétend isoler les excellents des moins bons à partir du jugement des autres
- La famille de la réputation : correspond aux mesures de réputation qui se sont développées avec les médias sociaux et les sites de notation;cela donne des statistiques du benchmark dans lequel les internautes internautes évoluent pour se rendre visibles, se vendre..
- La famille des mesures prédictives : destinées à personnaliser les informations présentées à l'utilisateur,elles déploient des méthodes statistiques pour calculer les traces de navigation des internautes et prévoir leur comportement.
La thèse de cardon est chacun de ses mondes est bien différent, à sa vision propre et qu'on peut les politiser pour savoir quel monde nous voulons : est ce que l'on préfère voir ce que tout le monde voit ? ce que les experts ont jugé de plus important? ce que voient nos amis ? ce qui correspond à nos pratiques passées ?
Ces choix fait sans nous habituellement sont effectivement discutables parce qu'ils proposent des visions différentes de la société.
A un moment ou s'opère également un mouvement de société de la verticale à l'horizontale c'est à dire au passage d'une production de l'info par les médias à une production plus horizontale par les réseaux ces différentes visions doivent plus que jamais susciter des débats et permettre des choix à ce personnage résuscité par Dominique Cardon : le citoyen .
mercredi 5 novembre 2014
Trouver les mots pertinents pour apprivoiser le monde qui vient
jeudi 10 avril 2014
Accélération 2 : Quelques fondements conceptuels
Commentaires sur le livre de Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand, auteur de Accélération La Découverte 2011.
jeudi 27 mars 2014
Accélération 1: ou comment définir notre monde par une transformation du temps
Commentaires sur le livre de Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand, auteur de Accélération La Découverte 2011.
Notre société a de nombreux points communs avec la ville u tempique de Kairos : "nous n'avons pas le temps alors même que nous en gagnons chaque jour".
Ce paradoxe est au coeur de la logique d'accélération décrite par Rosa.
Sa thèse est la modernisation n'est pas seulement un processus multidimensionnel dans le temps, mais qu'elle désigne aussi et avant tout une transformation structurellement et culturellement très significative des structures et des horizons temporels et que le concept d'accélération sociale est le plus adéquat pour comprendre la voie de cette transformation.
La dimension temporelle est donc au centre de son étude et en fait toute l'originalité , une tentative de renouvellement de la théorie critique.
## Il distingue 3 approches successives du temps :
- celle des sociétés fortement hiérarchisées, pré moderne, divisées en corporation où domine un temps cyclique composés de processus et d'états récurrents.
- celle d'un temps linéaire qui remplace le cercle du temps par une ligne irréversible, venant du passé et se dirigeant, en passant par le présent vers l'avenir; c'est la conception moderne
- celui d'aujourd'hui, de la modernité avancée qui serait un temps linéaire à l'avenir ouvert
##Selon l'auteur les acteurs élaborent toujours simultanément 3 horizons temporels différents, en reprenant constamment la réflexion sur leurs relations mutuelles qu'ils doivent sans cesse réintégrer dans leur vie quotidienne :
- le temps du quotidien, celui des routines,des rythmes récurrents, de l'alternance entre travail et loisir, veille et sommeil et les problèmes liés à la synchronisation, la vitesse, la durée des actions..
"Plus le degré de routine et d'habitude diminue dans la modernité tardive, plus le temps devient un problème"
- le temps de leur vie, celui de l'ensemble de leur existence; la question de comment voulons nous passer notre temps se pose également à ce niveau : à quel âge je vais travailler? , vais je avoir des enfants avant la fin de mes études? à quel âge la retraite..
- le temps de leur époque qui vient enchâsser les deux 1iers, "de mon temps c'était différent"
l'association de ces trois plans suit toujours des modèles narratifs
(ndlc : il peut d'ailleurs être intéressant de travailler en coaching les lignes de cohérence sur chacun de ces 3 plans)
## Le deux dimensions de la crise du temps : depuis environ 1750 , bien avant le début de la Révolution industrielle paraissent des témoignages de désarroi exprimant le sentiment d'une gigantesque accélération du temps et de l'histoire; cela va se renforcer avec l'apparition du train .
En parallèle s'est développée une analyse diamétralement opposée à partir de l'expérience d'une cristallisation culturelle et structurelle de sa propre époque perçue comme immobile ,dans laquelle rien d'essentiel ne se transforme, ou rien de neuf ne peut se produire.
Les deux perspectives se rassemblent aujourd'hui dans la métaphore de l'immobilité fulgurante de Paul Virillo, signifiante d'une époque dans laquelle le déchainement de l'histoire événementielle masque à grand peine l'immobilité des idées et des structures profondes.
## Le problème : Le temps se présente dans nos sociétés sous une forme très paradoxale : l'introduction de techniques de plus en plus raffinées de planification et d'organisation du temps , permet d'économiser de plus en plus de temps sans pour autant venir à bout de sa rareté.
##L'accélération est considérée comme une transformation bénigne ou maligne en fonction de ces conséquences : l'accélération de processus orientée vers un but est en soit souhaitable ; le danger réside dans le risque dé désynchronisation de processus, de systèmes et de perspectives suite à l'accélération
- les perpectives et modèles systémiques et institutionnels peuvent diverger de celles des acteurs par exemple provoquant une désynchronisation de ces deus structures temporelles
- une non coincidence croissante entre les " dimensions temporelles des acteurs perdant ainsi leur capacité à intégrer par le récit leur existence personnelle dans un passé riche de référents et un futur porteur de sens, destiné à leur fournir si ce n'est une orientation au moins une stabilité.
- les systèmes fonctionnels et des sous systèmes sociaux peuvent être désynchronisés entre eux: l'économie, la science iraient trop vite par exemple pour une gestion politique et une régulation juridique de changement sociaux .
##Le processus actuel d'accélération se présente comme un processus sans précédent de synchronisation globale où le temps prend une valeur beaucoup plus importante que l'espace
- l'internet, sans lieu est un symbole éclatant de cet âge de la mondialisation
- la finance est à la fois un processus d'accélération des échanges qui ne permet plus de resynchronisation entre perspective des acteurs et perspective du système et ne sont plus par conséquent maitrisés ni politiquement, ni juridiquement.
- les individus et les états sont devenus trop lents pour la vitesse de transaction de la modernité mondialisée : la culture, la politique ne peuvent plus suivre la cadence.
##Son hypothèse centrale est que l'accélération sociale déjà présente dans la modernité franchit , dans la modernité tardive un point critique au delà duquel il est impossible de maintenir l'ambition de préserver la synchronisation et l'intégration sociales.
Il en résulte une transformation qualitative fondamentale des formes de gestion de la société qui implique le renoncement à l'ambition d'autonomie individuelle et collective et par conséquent au projet de modernité .
mardi 5 novembre 2013
Le nouvel esprit du capitalisme (2)
Ce gros livre paru en 1999 chez Gallimard et ressorti l'année dernière en poche chez Tel; gros par son poids bien sur, on frise les 1000 pages mais surtout pas son contenu, son retentissement dans la sociologie et la pensée critique.
15 ans après sa publication, on mesure peut être encore mieux la pertinence de la grille de lecture et les intuitions du modèle proposé par Luc Boltanski et Eve Chiapello.
Suite du modèle, tel que proposé de façon quasi axiomatique en fin d'ouvrage :
2 Le étapes du changement de l'esprit du capitalisme
- La critique en régime d'accord sur les épreuves importantes :
-> on peut distinguer 3 types d'épreuves dans les années 60/70 : le partage de la valeur ajoutée c'est à dire les épreuves dont dépendait la relation salaire/profit ( nature des tâches, rémunération, types de contrats..); les épreuves qui légitimaient les asymétries en terme de pouvoir ou de hiérarchie (autorité du mandarin en milieu scolaire); les épreuves sur lesquelles reposaient la sélection sociale (épreuves scolaires, recrutements professionnels)
->La critique dévoile ce qui dans ces épreuves transgresse la justice
- La tension des épreuves instituées sous effet de la critique
->après une période plus ou moins longue de conflits au cours desquels se déploient des séquences de critique et de justification , les épreuves finissent par être plus fortement contrôlées, épurées et mises en conformité avec les modèle de justice en vigueur
-> A mesure que les épreuves sont épurées le modèle social devient un peu plus juste
-> Les "Grands " se trouvent toujours confrontés à une tension : en tant que parti lié avec les épreuves instituées ils se montrent volontiers conservateurs, mais étant à la recherche permanente de nouveaux chemins de profit , ils ne peuvent s'empêcher "d'ouvrir la boite de Pandore" ou se trouvent enfermées les forces qui avaient du être maîtrisées pour que l'état du monde soit moins contestable.
->Les "Grands" sont prêts à critiquer les règles, régulations, moralisme comme autant d'entraves à l'accomplissement des grandes choses auxquelles ils se sentent appeler.
- Les déplacements et le détournement des épreuves instituées
-> Certains réussissent , tout à coup, on ne sait pas comment
-> Ces déplacements ne sont que la manifestation de la dynamique du capitalisme
-> L'accumulation des déplacements contribue à défaire les épreuves instituées qui se trouvent contournées et inutiles car elles permettent de moins en moins d'instaurer les liens qu'elles permettaient avant.
->Il faut se garder de voir dans les déplacements le résultat d'une stratégie d'ensemble élaborée dans des instances secrètes et appliquées d'en haut.
- Les déplacements trouvent leurs premiers éléments de légitimité en jouant sur les différentiels entre les forces critiques
->La critique n'est ni univoque , ni immuable , elle a une pluralité de fait et il est possible que des déplacements du capitalisme puissent répondre à certaines demandes tout en contournant les épreuves
- La neutralisation de la critique des épreuves instituées sous l'effet des déplacements
-> les déplacements du capitalisme et les changements qui les accompagnent contribuent à neutraliser certaines critiques en satisfaisant certaines exigences
-> la critique est elle moins mobile que le capitalisme .Les instances critiques n'ont pas l'initiative du déplacement.Elles ont des centres de calcul faibles.Leur mode d'action est direct par le refus du travail ou la grève , ce qui leur donne une certaine inertie.
- Les effets destructeurs des déplacements et la mise en danger du capitalisme lui m^me
->Un capitalisme sans contrôle a de fortes chances d'être à l'origines de plusieurs types de désastres : inégalités, chômage, maladies suscitées par le travail, environnement..
-> sous trait à tout contrôle le capitalisme ne connait d'autre critère que l'intérêt particulier des plus forts et n'a aucune raison de prendre en compte l'intérêt général.
->Une telle évolution marquée par la disjonction entre croissance des profits à l'avantage d'un nombre restreint et accumulation de difficultés pour le plus grand nombre comporte un risque pour le capitalisme : désengagement des personnes
->Sans la participation active du plus grand nombre comme travailleur,consommateur , investisseur , le processus d'accumulation ne peut s poursuivre.
->Second type de risque provient du désajustement entre le capitalisme et l'état par les déplacements : le capitalisme a besoin de l'état , car c'est lui qui garantit un certain nombre de droits comme celui à la propriété.
->La paupérisation entraînée par des déplacements constitue un autre facteur de risque par une diminution de la consommation
->Un capitalisme qui ne s'accompagne pas d'une élévation du niveau de vie du plus grand nombre perd de sa crédibilité.
- Le rôle de la critique dans l'identification des dangers
->ce sont les mouvements critiques qui informent le capitalisme de ce qui le menace
->le fait que le capitalisme entende a critique ne veut cependant pas dire qu'il réponde concrètement en changeant de modes d'action
- La relance de la critique
->Par ses déplacements le capitalisme se redéploie en s'affranchissant de la critique. L'avantage obtenu est un gain de temps, non une victoire définitive
->La reprise de la critique se fait souvent depuis une position anachronique : en jugeant le présent à l'aune d'idéaux du passé; la critique prend la forme d'une défense conservatrice des épreuves instituées que les mouvements sociaux antérieurs avaient contribué à rendre plus justes.
- La construction de nouveaux dispositifs de justice
La reprise de la critique conduit à la formation de nouveaux points d'appui normatifs avec lesquels le capitalisme doit composer
Ce compromis s'affirme dans l'expression d'une nouvelle forme d'esprit qui enferme comme les précédents des exigences de justice
Pour que les nouveaux dispositifs de justice se mettent en place, une force extérieure est nécessaire, celle du droit.
- La Formation des cités
->Les cités sont des métaphysiques politiques , une forme de vie est à un moment donné identifiée et montée en généralité de façon à servir de support à une définition du Bien commun.
Une Cité a des chances de se mettre en place quand un groupe d'acteurs prenant appui sur un monde stable de dispositifs et d'objets voit sa puissance s'affermir,en sorte que ses membres se sentent en mesure de revendiquer une reconnaissance propre et de se targuer d'une contribution spécifique au bien commun.
->Ils peuvent alors chercher à élaborer pour eux mêmes et à faire reconnaître par les autres, une valeur, une grandeur qui définissent en propre la façon dont ils ont prise sur le monde.
->En un sens la formation d'une cité peut être vue autant comme une opération de légitimation d'un nouveau monde et des nouvelles formes d'inégalité ou d'exploitation sur lequel il repose, que comme une entreprise visant à rendre ce monde plus juste en diminuant le niveau d'exploitation qu'il tolère
Dans la période actuelle la constitution d'une cité par projets prend en charge la légitimation des épreuves efficaces dans un monde connexionniste et des formes nouvelles de réussite ou d'échec propres à ce monde. Ainsi les nouvelles épreuves se trouveraient validées en toute généralité tout en étant soumises à des contraintes, ce qui légitimerait le niveau d'exploitation.
mercredi 23 octobre 2013
Le nouvel esprit du capitalisme (1)
15 ans après sa publication, on mesure peut être encore mieux la pertinence de la grille de lecture et les intuitions du modèle proposé par Luc Boltanski et Eve Chiapello.
Dès le prologue les auteurs nous expliquent que le projet est né au début 1995 d'un trouble commun suscité par la coexistence d'une dégradation de la situation économique et sociale d'un nombre croissant de personnes et d'un capitalisme en pleine expansion profondément réaménagé.
L'objectif que ce sont fixé les auteurs n'est pas tant de dénoncer ou proposer des solutions pour amender la situation que de comprendre l'affaiblissement de la critique et son corollaire c'est à dire le fatalisme dominant, que les changements actuels soient présentés comme des mutations inévitables mais à terme bénéfiques ou comme le résultat de contraintes systémiques aux résultats toujours plus désastreux.
L'objet est donc : les changements idéologiques qui ont accompagné les transformations récentes du capitalisme.
Une définition minimale du capitalisme : une exigence d'accumulation illimitée du capital par des moyens pacifiques.
Voici le modèle, tel que proposé de façon quasi axiomatique en fin d'ouvrage :
1L'axiomatique du modèle de changement :
11Le capitalisme a besoin d'un esprit pour engager les personnes qui sont nécessaires à la production et à la marche des affaires.
->ces personnes ne peuvent en effet mises et maintenues au travail de force
->la liberté est ontologique au capitalisme et suppose la liberté de travailler
12 L'esprit du capitalisme pour être mobilisateur doit comporter une dimension morale
->il doit offrir la possibilité aux personnes d'avoir recours à une notion de justice et à une certaine sécurité
->Le capitalisme ne pouvant trouver son fondement moral dans la logique du processus d'accumulation, doit emprunter à des forces de justification qui lui sont extérieures (nommées cités) les principes de légitimité qui lui font défaut
13 Le capitalisme pour se perpétuer a besoin à la fois de stimuler et de freiner l'insatiabilité
->il est le lieu d'une tension permanente entre la stimulation du désir d'accumulation et sa limitation par des normes correspondant aux formes que prend le désir quand il est enchâssé dans d'autres ordres de grandeur.
14L'esprit du capitalisme ne peut être ramené à une idéologie au sens d'une illusion sans effet sur les événements du monde
->Il doit dans une certaine mesure donner ce qu'il promet
->Il est sans arrêt mis à l'épreuve, l'invoquant comme un idéal, dénoncent ce qui dans la réalité échappe à la règle.
->La critique exerce des effets réels car pour résister dans l'épreuve la justification du capitalisme doit pouvoir prendre appui sur des dispositifs (règles, conventions) dont le droit est l'une des expressions
15 Le capitalisme a une tendance perpétuelle à se transformer
La recherche de nouveaux chemins de profits est une force puissante de transformation, soit qu'il s'agisse de surmonter les effets de saturation des marchés par la création de nouveaux produits ou services, soit qu'il s'agisse de restaurer des marges érodées par la concurrence en gagnant pour un certain temps un avantage sur les autres compétiteurs.
16 L'opérateur principal de création et de transformation de l'esprit du capitalisme est la critique (the voice)
->Si la critique n'est pas l'agent de changement principal, en revanche son rôle est central dans la construction de l'esprit qui , sous des formes différentes, à différentes époques, accompagne le capitalisme.
->Elle fait pression sur les épreuves identifiées de façon à les rendre plus justes en éliminant les forces parasites.
->Parce qu'elle contribue à former cet esprit, la critique est nécessaire à l'engagement des personnes dans le processus de fabrication du profit,elle est un de ses instruments de sa capacité à durer ; une alternative : soit ignorer la critique inutile, soit la récupérer.
17 Sous certaines conditions la critique peut être elle m^me un des facteurs de changement du capitalisme (et pas seulement son esprit)
18 La critique puise son énergie à des sources d'indignation.
->4 sources principale : l'exigence de libération, l'inauthenticité des personnes et des biens, l'égoïsme, la souffrance
vendredi 20 septembre 2013
Bullshit jobs ou la bureaucratisation plutôt que la libération de l'économie par les technologies
David Graeber, professeur d'anthropologie à la London School of Economics a publié en pleine trêve estivale, un article très décapant dans le trimestriel Strike, intitulé : "A propos du phénomène des jobs à la con ".
De quoi s'agit il ?
Son point de départ est la vision futuriste de libération du travail que Keynes développa dans les années 30 : plus l'économie, la technique allaient se développer, plus leurs progrès allaient devenir tangibles et plus l'homme serait libéré du travail .
Il pensait même que l'on pourrait envisager une semaine de 15 heures et que la répartition du travail deviendrait un enjeu majeur pour la société.
Hors le constat de Graeber est que pratiquement un siècle plus tard, le progrès nous a essentiellement donner des raisons supplémentaires de travailler dans des métiers que même ceux qui les occupent trouvent inutiles et alors que parallèlement le chômage de masse s'est installé.
Ce qu'il dénonce c'est bien sur le développement de tous ces métiers inutiles et plus particulièrement les nuisances morales et spirituelles pour la société de leur développement.
Ce qui l'insurge c'est que personne n'en parle.
Quels sont ces bullshit jobs ?
Il les décèle dans le développement du secteur des services, des fonctions support ou services aux entreprises ( rh, qualité, management, finance , communication, qualité,..) et plus largement tous les emplois du bureau de l'employé au manager.
Aux réponses évasives également que font la plupart de ses salariés quand on leur demande de décrire leur job, de définir son utilité.
La question qu'il pose est pour beaucoup déroutante : que se passerait il si la plupart de ses jobs disparaissaient ?
Et de répondre que la plupart des gens reconnaissent cette inutilité et que :"c'est comme si on inventait des emplois sans intérêts juste pour nous tenir occupés.Et c'est ici que réside tout le mystère.Dans un système capitaliste,c'est précisément ce qui n'est pas censé arrivé."
Décapant non ?















