mercredi 16 septembre 2009

Temps de crise 16 : La limousine en bas de la Tour

Il n'y pas d'image en tête de ce post car la photo n'existe pas ( ou du moins je ne l'ai pas trouvé)
Cette image est pourtant connue de tous ceux qui arpentent chaque matin l'esplanade de la Défense pour se rendre à leur bureau dans une des tours à proximité : c'est celle de la voiture,  en bas de la tour.
Vu ou plutôt décrit comme cela la chose paraît banale : une voiture garée en bas d'une tour.
Il faut simplement la remettre dans son contexte : une tour,  un environnement piéton  exclusivement autour, pas de parking apparent ils sont sous la tour; des centaines de piétons qui s'affairent autour des portes et sas de sécurité et une seule voiture , juste un peu décalée par rapport à l'entrée mais parfaitement visible de tous.
La voiture est plutôt haut de gamme , française ou étrangère en fonction du pays  d'origine de la société par la tour , souvent occupée par un homme portant costume et cravate , il semble attendre.
Que nous raconte cette image vue de tous et présente nulle part ? Que nous raconte t-elle de l'homme attendu ? De son absence de la voiture  et donc de sa présence supposée dans la tour? Pourquoi sur signifier cette présence et cette possibilité de partir vite à tout moment ? Je laisse à chacun le soin de faire sa propre analyse .
Un chauffeur à qui je posais un jour la question me répondit que c'était simplement pour rattraper plus vite l'avenue Charles de Gaulle.

jeudi 10 septembre 2009

Astuces et stratagèmes (7) : Troubler l'eau pour faire remonter le poisson

Quintus Fabius Maximus, homme politique et militaire romain appelé le Temporisateur , excellait à gagner des batailles sans les livrer mais en poussant l'adversaire à fuir : il faisait camper son armée près des positions ennemies , puis déplaçait ses arrières avec ostentation donnant à l'ennemi l'impression d'accumuler de nouvelles troupes.
(d'après Chevaucher son Tigre -Giorgio Nardone-Le Seuil 2008)

mardi 8 septembre 2009

Google modèle managérial ?

Tout nouveau modèle connaît une par d'innovation managériale nous avons déjà abordé ce point à partir d'une chronique sur l'excellent livre de Gary  Hamel, la fin du management.
Et pour Google ,principal succès de la web économie qu'en est-il exactement ?
En dehors de l'ambiance très cool, des baby foot et autres coins repos, du 20% de temps personnel ,existe t-il une vraie différence dans la vision et les pratiques de management.
Voici quelques propos de "personnalités googliennes" sur le sujet, à vous de vous faire votre opinion.

Quelles sont les clés de succès de Google sur 10 ans :
  • penser différemment chaque marché
  • faire des partenariats stratégiques avec de grands acteurs ( ex : yahoo lorsqu'il ne s'intéressait pas au search)
  • l'utilité du produit comme point de départ de tout pas le business
  • se focuser sur l'utilisateur , son besoin.
Quelles sont les principales  valeurs de l'entreprise : 
  • accorder le pardon à celui qui se trompe (plutôt qu'une permission à celui qui veut faire)
  • mettre fin à la culture de la peur de faire des choses car le coût le plus important pour l'entreprise n'est pas de se tromper mais de rater des opportunités.
  • tester en interne tous les produits développés
  • avoir du plaisir à faire ce que l'on fait.
  • le soin apporté au recrutement de personnalités (plutôt que de compétences requises pour un poste)
La vision du business à 10 ans :
  • généralisation du cloud computing
  • montée en puissance de la collaboration créative avec de nouveaux modes de production
  • nouveaux modes de recherche : vocal, image
  • traduction automatique
  • traitement personnalisé des données.

lundi 7 septembre 2009

Lexique 22 : Percevoir le changement


C'est que, d'ordinaire,nous regardons bien le changement, mais nous ne l'apercevons pas . Nous parlons du changement mais nous n'y pesons pas . Nous disons que le changement existe , que tout change, que le changement est la loi même des choses : oui nous le disons et nous le répétons mais ce ns sont là que des mots et nous raisonnons et philosophons comme si le changement n'existait pas.

Henri Bergson in La perception du changement-conférence d'Oxford 26 et 27 mai 1911.

jeudi 3 septembre 2009

Astuces et stratagèmes (6) : Troubler l'eau pour faire remonter le poisson



Une femme se plaignait de son mari, qui préférait toujours sortir avec des amis et la laisser seule à la maison. Après des mois de lamentation ,de suppliques et de disputes un soir que son mari est sur le point de sortir ,la femme l'accompagne à la porte et avec un sourire très doux lui lance : "Amuse toi bien mon chéri!"Le mari qui jusqu'à cet instant était fier de n'avoir pas cédé aux suppliques de sa femme se demanda : "Pourquoi m'a t-elle dit cela ?" Le doute s'insinue en lui , le taraude et l'empêche de s'amuser. A la fin incapable de résister d'avantage il rentre chez lui ou sa femme l'accueille toujours souriante: "Comment si tôt tu ne t'es pas amusé ? " Dès lors sortir avec les amis ne sera jamais plus aussi amusant , puisque le doute l'accompagnera.
(d'après Chevaucher son Tigre -Giorgio Nardone-Le Seuil 2008)

mardi 1 septembre 2009

Les transformations silencieuses



Nouvelles réflexions de François Jullien  sur les différences entre pensée occidentale (grecque) et pensée chinoise .Nouvelles réflexions qui s'inscrivent dans un cycle "chantiers"avec des thèmes plus contemporains comme ce lui du changement et de son processus.
D'entrée il présente une hypothèse très parlante pour tous les praticiens du changement : si le changement est difficile à appréhender pour les occidentaux c'est qu'il est difficile à penser en tant que tel par la pensée occidentale. Plus exactement c'est qu'il correspond à une faille de la pensée grecque ,qui peut s'expliquer par le mode  de construction originel de chacune de ces pensées. 
Pour aller vite si la pensée chinoise valorise le non agir dan la transformation progressive des choses, dans la durée, dans la globalité de leur manifestation pour saisir le moment opportun, celui où l'action est possible; la pensée grecque valorise la transformation par l'action dans l 'ici et maintenant et renvoie au sujet. Elle est focalisée par la recherche de l'être et sa quête de la vérité : difficile pour elle de considérer ce concept central pour décrire la transformation , celui de la transition .

La pensée de la transition :
 Ce qui n'est pas encore cette  chose nouvelle qui sera le produit de la transformation,ni tout a fait cette chose ancienne qui a déjà commencé à se transformer.
Il donne de très beaux exemples comme celui du voyage en train : quand nous voyageons de Paris en Bretagne et que nous cherchons cet endroit ou tout bascule ,le moment ou nous sommes en Bretagne. Existe-t- il vraiment ? comment penser cette transition?

La transition c’est l’indéterminable par excellence . Alors que le logos des grecs est définition, il découpe des limites entre les genres et les propriétés pour y reconnaître de l’être,La transition par définition nous empêche de dire jusqu’ou va telle propriété ou qualité , ou commence l’autre. La transition défait. La transition, comme celle de la glace devenant eau,  est  précisément le stade ou entre désidentification et réidentification ,il n’est plus d’identité qu’on puisse sup-poser. La pensée chinoise ne cherche pas de 3ième terme car ‘elle n’aborde pas le réel en terme d’être.

Les figures de modification et de continuation :

La modification intervient de  : l’hiver au printemps ou de l’été à l’automne quand le froid s’inverse et tend vers le chaud ou le chaud vers le froid.

La continuation : du printemps à l’été , de l’autômne à l’hiver quand le chaud devient plus chaud ou le froid plus froid

Pas de réponse exact à ce que son ses figures, elles existent, elles opèrent.La transformation en est la part continûment invisible aussi bien dans sa dimension antérieure de gestation que dans celle postérieure de propagation.


Pour un complet renversement : 

La transition est imperceptible mais elle conduit sous nos yeux au complet renversement. 

Si toute révolution est suivie d’une contre révolution, la transformation silencieuse elle s’installe.

François JULLIEN"Les transformations silencieuses"Grasset, 2009.

lundi 31 août 2009

Lexique 21 : Le créateur


Le créateur , voilà un autre parmi les mêmes, prévisibles,et donc incapables de percevoir l'inattendu, caché , puisqu'il apporte ici un ailleurs et maintenant l'intempestif.
Michel Serres in "Ecrivains,savants et philosophes faîtes le tour du monde" Les Essais du Pommier 2009

vendredi 28 août 2009

Et si on essayait ...(2)

Difficile de résister au plaisir de retranscrire cet article du Monde du 22 août signé Hervé Kempf.

En 2004, une surprise attendait l'agronome néerlandais Chris Reij : " Cette année-là, je suis revenu dans des régions du Niger que je n'avais pas vues depuis dix ans. Et partout, du côté de Maradi, à l'est du pays, comme dans la région de Zinder et dans celle de Tahoua, je voyais des arbres en nombre surprenant, dans tous les champs."

On croyait pourtant savoir que, depuis des décennies, le déboisement se poursuit au Niger, un des pays les plus pauvres du monde. "Avec des collègues de Niamey, on a cherché à vérifier le phénomène en faisant faire des photos aériennes et en les comparant avec des photos anciennes. Puis on a décroché quelques budgets de recherche pour étudier ce qui se passait." Toutes les études confirmèrent le processus qui avait échappé à l'attention des spécialistes : "Depuis le milieu des années 1980, résume Chris Reij, les paysans qui vivent dans les parties les plus peuplées du Niger ont commencé à protéger et à entretenir les jeunes arbres poussant sur leurs champs. Cela s'est produit sur au moins 3 millions d'hectares, ce qui est une échelle spectaculaire, unique pour le Sahel."

Un des aspects les plus étonnants de ce mouvement est qu'il s'est opéré spontanément, même si, ici et là, des projets de développement ont su repérer le processus et l'encourager.

Au début des années 1980, le centre sud du Niger, qui avait été une savane arborée trente ans auparavant, était devenu une plaine désertique balayée par le vent en raison de l'intense défrichement et de la demande croissante de bois de feu. De plus, Etat et ONG encourageaient les paysans à enlever les souches d'arbres pour permettre l'utilisation des charrues et des semoirs. Agents du gouvernement et paysans croyaient, à tort, que les arbres indigènes poussaient extrêmement lentement. La dégradation s'est accentuée durant les sécheresses de 1973-1975, puis de 1984.

Mais dans plusieurs endroits, cette spirale du pire s'est inversée. Ainsi autour d'Aguié, une ville d'une dizaine de milliers d'habitants proche de Maradi, métropole située à 700 km à l'est de Niamey. Quand on prend la route, au début de la saison des pluies, on est frappé de voir exulter la végétation : elle a parfaitement profité de la grande pluie des derniers jours, les pousses de mil sortent grandes, parfaitement alignées sur des hectomètres de champs vallonnés et parsemés d'arbres touffus. Et partout, l'on observe des arbres au milieu des champs, pas très grands ni très branchus, mais bien présents.

Le village de Dan Saga, à 15 kilomètres d'Aguié, est un des lieux où la régénération naturelle assistée (RNA) - ou sasabe zamani, en langue haoussa - est pratiquée avec le plus d'assiduité."Dan Saga veut dire "touffu, trop d'arbres"", raconte Ali Neino, paysan d'une trentaine d'années. Au début des années 1930, Dan Saga était presque une forêt, il y avait des lions, des animaux sauvages. Mais au fil du temps, la population a augmenté et elle a défriché pour faire des champs. De plus, les sécheresses ont ravagé les forêts et les animaux.

En 1982, presque tous les arbres avaient disparu. Dans ces années-là, on constatait que le vent emportait le sol. Mais certains ont observé que chez les paysans qui ne débroussaillaient pas leur champ, cela allait beaucoup mieux. Petit à petit, tout le monde a commencé à les imiter, et les arbres sont revenus. C'était un changement radical : car dans le Sahel, les paysans ont le plus souvent l'habitude, après la récolte de septembre-octobre, de nettoyer leurs parcelles en brûlant toutes les broussailles qui repoussent spontanément. Les cendres sont censées enrichir la terre. En réalité, la mise à nu du sol favorise l'érosion éolienne.

Dans le champ d'Ali Neino, on voit des dizaines d'arbres, assez jeunes et frêles, des tremnia et des sabara, qu'il a laissé pousser. "Quand j'étais à l'école, dit Ali, dans les années 1980, il n'y avait aucun arbre ici. Maintenant, il y a en 200 à l'hectare. Je fais du mil, du sorgho et du niebé - un haricot -, en rotation, avec le sésame et l'arachide associés au mil." Les arbres sont élagués, pour limiter l'ombre, qui pourrait nuire aux cultures, et surtout fournir du bois. Le sasabe zamani procure de nombreux bénéfices : "Cela fournit beaucoup de bois pour les cases, cela donne aussi des fruits, du fourrage pour les animaux et des médicaments, par exemple l'écorce du kiriya contre la diarrhée, les racines et les feuilles de sabara." Son ami Ali Mico complète : "Les arbres freinent le vent et quand les feuilles se décomposent, elles font de la fumure qui enrichit le sol."

Quelle est l'origine exacte du sasabe zamani ? Nul ne peut le dire. C'est une aventure collective à multiples héros. Ici, un vieux paysan sera reconnu comme ayant initié le procédé. Là, un agent technique particulièrement motivé aura lancé la pratique, découverte dans un journal à propos du Cameroun. Dans tel autre village, le sasabe zamani était pratiqué depuis quelques années, quand des envoyés d'un projet de développement sont venus aider à améliorer la technique. Dans diverses régions, suivant des voies diverses, la pratique s'est peu à peu généralisée.

Elle ne va cependant pas sans heurts. D'abord, elle implique un travail supplémentaire. "Le sasabe zamani ne présente pas un intérêt immédiat, note Albert Thierry, agent du service de l'environnement à Dan Issa, près de la frontière nigériane. Et ça demande plus de travail : il faut marquer les jeunes pousses, veiller à ce qu'elles ne soient pas détruites. Parfois il faut faire des haies pour protéger telle espèce digne d'intérêt." Surtout, le vol du bois dans les champs est un problème récurrent, qui décourage les agriculteurs. "Des paysans ou des femmes de villages voisins qui n'ont pas d'arbres peuvent venir voler le bois", dit Idi Daouda. Car le bois, essentiel pour la cuisson des repas, est une préoccupation constante des populations du Niger.


jeudi 27 août 2009

Astuces et stratagèmes (5) : Partir plus tard pour arriver plus tôt



Durant la bataille d'Alésia ,Jules César réussit non seulement à évincer le piège tendu par Vercingétorix ,qui avait réussi à réunir tous les différents chefs et leurs hordes mais encore à en tirer avantage.Quand il se trouva devant la cité, au lieu d'attaquer Jules César s'arrèta feignant de craindre l'ennemi. Les chefs de tribu gauloises piégés par ce qui semblait être une manifestation de faiblesse désobéirent aux ordres et attaquèrent les légions qui en réalité étaient toutes prêtes à riposter. C'est ainsi que les lignes gauloises furent décimées et la cité conquise.
(d'après Chevaucher son Tigre -Giorgio Nardone-Le Seuil 2008)

mardi 25 août 2009

Et si on essayait ...(1)


Très belle série d'articles toute la semaine dans le Monde sur le thème "Et si on essayait" répertoriant un ensemble de projets quelque peu utopistes et qui parfois réussissent : 1/Avoir un agriculteur près de chez soi c'est à dire cultiver la terre autrement afin que les habitants puissent bénéficier de fruits et légumes sains 2/Créer des monnaies ou comment des monnaies complémentaires se multiplient et renouvellent la finance 3/Recréer la nature ou comment restaurer la nature dans un site pour maintenir l'équilibre écologique 4/Construire une ville sur mesure ou comment une ville des Pays bas a donné carte blanche à des architectes pour bâtir un écoquartier tenant compte des besoins des habitants 5/Reboiser le désert  ou comment dans le Niger qui semblait condamné  par la désertification , les paysans ont laissé repousser les arbres. 6/Tous salariés , tous patrons,la formule des sociétés coopératives.
La suite dans le Monde du 18 au 23 août 2009.