mardi 21 janvier 2014

La déconnexion des élites


Un article du Monde de Laure Bélot fin décembre le soulignait : jamais peut être la déconnexion entre les élites et les plus jeunes générations , dîtes digital native, n'aura été aussi grande.
J'aimerai ajouter aussi grande et en défaveur de ces élites dont on attend si ce n'est qu'elles impulsent des changements de fond ,au moins qu'elles accompagnent les mutations que nous traversons .

Depuis 15 ans les élites ont en effet du mal à penser la mutation digitale : si le numérique a été assez vite pris comme un changement complet des outils de communication , il a été plus difficile d'y voir une nouvelle révolution économico - industrielle et encore moins les conséquences sur la société toute entière , que ce soit en matière de rapport au savoir, à la démocratie, à la politique, aux valeurs …

 En gros tout ce que nous avait appris la médiologie de Régis Debray depuis une vingtaine d'année : l'outil de création symbolique d'une époque est fondateur pour toute la société de cette époque.
L'essentiel était posé, ne restait plus qu'aux élites qu'à structurer la pensée autour de ces mutations, comme cela avait été fait à d'autres époques ,celle de Gutemberg ou des Lumières..

3 nuances de taille vont  simplement empêcher les élites de rattraper leur retard et les placer dans la position difficile du cycliste en fin de peloton, essayant de ne pas être décroché , alors qu'il devrait mener
1ière nuance : le pouvoir d'agir est en bas "c'est le bas qui pousse, estime Jean Marc Lech, cette société déborde toutes les élites sans aucune culpabilité".
En Marketing on dit depuis une dizaine d''année que c'est le consommateur qui a le pouvoir et qui décide des produits qu'il veut acheter, des canaux d'achat..
Donc massivement et mondialement l'outil engendre de nouveaux comportements, de nouvelles pratiques économiques et sociétales : les internautes achètent ou vendent sur le Boncoin.fr, pratiquent le covoiturage sur Blablacar, se logent sur Airbnb, pratiquent le crowdfounding pour fiancer la restauration d'un film culte, développent des liens horizontaux, partagent des données…
Et donc massivement tout cela nécessite un accompagnement , un encadrement juridique, réglementaire permettant de distinguer les bons des mauvais comportements..

2ième nuance : la mutation est toujours en cours et même peut être encore à ses débuts, c'est une difficulté majeure pur des élites habituées à penser en forme de plan, de durée, d'échéance. Difficile de dire où l'on en est de l'efficience de cette mutation : a -telle développé  10 ,30 ou 60 % de sa capacité.
L'époque se vit en mode bêta permanent, ce qui convient difficilement à des élites en position de visionner une issue à la crise, de penser des objets dans leur ensemble afin de pouvoir les classifier, légiférer..

3ième nuance : la mutation est protéiforme  et touche autant notre rapport au savoir, qu'au travail ,qu'à la politique ; elle est donc culturelle , c'est à dire le produit d'une nouvelle culture , développée par ces nouvelles générations et dont il est parfois difficile de penser qu'elles seules sauront peut être après les avoir vécus, penser , légiférer les nombreux changements engendrés.

mardi 14 janvier 2014

Le Capital au XXIième siècle (2)

Quelles sont les principales conclusions de ce livre.
1/ il faut se méfier des déterminismes économiques et  l'histoire de la répartition des richesses est une histoire profondément politique.
La réduction des inégalités dans les années 1910-30 et 50-60 est avant out le produit des guerres et des politiques mises en place à leur suite.
Leur retournement dans les années 70-8O doit beaucoup aux changements politiques en matière fiscale et financière.

2/La dynamique de répartition des richesses met en jeu de puissants mécanismes poussant alternativement dans le sens de la convergence et de la divergence et il n'existe aucun processus naturel et spontané pour éviter que les tendances déstabilisatrices et inégalitaires l'emportent durablement

La principale force de convergence est le processus de diffusion des connaissances et d'investissement  dans les qualifications et la formation.
Le processus de l'offre et de la demande peut agir mais dans des proportions moindres.

Il existe plusieurs croyances optimistes sur d'autres forces de convergence qui malheureusement fonctionnent comme des illusions et ne résistent pas à l'analyse :
- on pourrait penser que le part du capital diminue au profit du travail au fur et à mesure que la production se technicise et demande plus de capital (montée du capital humain);
Il n'en est rien car le capital semble aussi indispensable au XXI , qu'il ne l'était précédemment pour financer, moderniser l'outil de production.
- l'allongement de la durée de vie conduirait mécaniquement au remplacement de la guerre des classes par la guerre des âges.
Faux également car les inégalités patrimoniales sont à titre principal des inégalités à l'intérieur de chaque groupe d'âge.

Les forces de divergence ou d'accroissement des inégalités :
- l'absence d'investissement dans la formation pour permettre à de nouveaux groupes sociaux de bénéficier de la croissance, ou les conduire à se faire déclasser par de nouveaux venus
- le processus de décrochage des plus hautes rémunérations qui peut être massif même si aujourd'hui très localisé
- le processus d'accumulation et de concentration des patrimoines dans un monde à croissance faible

3/ La force de divergence fondamentale  r > g

L'évolution du rapport capital/revenu du travail en Europe.
Il est entrain de redevenir à peu près le m^me qu'à la veille de la 1ière guerre mondiale : autour de 5 à 6 années de revenus (contre seulement deux fois dans les années 50)
D'où le  phénomène observé :
dans les sociétés à croissance très faible, les patrimoines issus du passé prennent une importance disproportionnée car il suffit d'un très faible taux d'épargne pour accroitre continuellement et substantiellement l'ampleur du stock
D'où : r >g ou r désigne le rendement moyen du capital et g le taux de croissance (l'accroissement annuel du revenu et de la production)
- Lorsque r >g de façon significative et cela a été le cas tout le XIX jusqu'en 1914 et que cela a de grandes chances de redevenir la norme chez nous, cela implique que les patrimoines issus du passés progressent plus vite que le rythme de production des revenus.
Il est presque inévitable que les patrimoines hérités dominent largement les patrimoines constitués par le travail et que la concentration du capital atteigne des niveaux élevés.
Cela peut être renforcé par d'autres forces : par exemple si le taux de rendement moyen s'élève en fonction de l'importance du capital

4/Une solution certes difficile à mettre en place serait la création d'un impôt mondial et progressif sur le capital.



mardi 7 janvier 2014

Expressions (22) : Les Gars


Celle ci je n'en suis pas vraiment sur : si je l'ai pas mal entendu ces derniers temps , je me demande simplement si elle n'est pas "surexploitée" dans l'ouest de la France , ancienne terre des marins.
Mais plusieurs utilisations récentes m'invitent à vous la présenter.
Le paradoxe étant, que comme sur la photo, elle est aussi bien utilisée par les hommes que par les femmes: l'indifférenciation des sexes aurait  gagné un nouveau territoire .
Quel est ce nouveau terrain ?
Un terrain que l'on valorise en s'encourageant mutuellement  (allez les gars!) devant la tâche à accomplir (va falloir y aller les gars ! ) ou en se congratulant après "l'exploit accompli" ("super les gars".
Esquissons une hypothèse,  celle du projet collectif , le quelque chose de construit, fabriqué à plusieurs ,engendrant ,et c'est peut être la la nouveauté, le plaisir, la chaleur humaine , la satisfaction du collectif , pour ne pas dire la fraternité.
Evidemment elles sont loin les images de 36, de la fraternité des travailleurs, où les gars étaient tous porteurs de grands sentiments  magnifiés par Duvivier .
D'ailleurs à ma génération nous avons été plutôt biberonné par Pierre Richard et ses p'tits gars, aux sentiments moins nobles, plus roublards et plus drôles aussi (il faut le reconnaître).

Non cela nous rapproche  plutôt de Mafesoli et son évolution des valeurs exposée dans Apocalypse, chroniqué ici en 2009. Maffesoli y défend un renversement à venir des valeurs issues des Lumières et notamment la montée en puissance du collectif, du partage.
Alors les gars serait il finalement un marqueur du collaboratif ?

mardi 31 décembre 2013

Bonne année 2014 avec Ben


Excellent année 2014 à toutes et a tous dans un monde qui change.

samedi 28 décembre 2013

Dictionnaire d'icônes de quoi ?






Google, Volume 1 has every word in the dictionary, in order, replaced by images. King Zog’s Felix Heyes and Ben West used the Oxford English Pocket Dictionary and its 21,110 words as the basis for this book of images.
The words and definitions have disappeared, replaced by each word’s first result from Google Images – the most ubiquitous and comprehensive visual identification tool on the Internet, that supposedly offers (as its founding principle) the most relevant and stimulating images to our written queries. 
Google, Volume 1 takes its name from the verb to google, officially entered into the Oxford Dictionary in June 2006, to describe information retrieval via the Internet in the broader sense.

Extrait du site de l'éditeur commercialisant  ce gros -beau livre pour les fêtes.
A priori une forme de dictionnaire barbare proposant pour chaque lettre et même chaque mot d'un récent et classique dictionnaire de mots : juste des images associées proposées par Google image.
Rien que cela : les lettres de l'alphabet et une succession d'images, de nature différente (affiche, film, pub, fiche..) , sélectionnées uniquement par leur ordre d'apparition sur le moteur de recherche.
Une véritable collection d'icônes mais d'icônes de quoi là est toute la question ?
Que cela nous raconte t-il sur notre époque ? toujours plus d'horizontalité, de réduction des concepts , de simplification des significations, de medley dans les taxinomies.

jeudi 14 novembre 2013

Le Capital au XXIième siècle (1)


Le sérieux des études et la pédagogie des explications sont certainement les deux grandes qualités de ce livre, en dehors de la pertinence de sa démonstration ,que je laisse à l'appréciation de chacun.
Le sujet est immense puisqu'il s'agit de comprendre les mécanismes de répartition des richesses et leur évolution en Europe et aux USA, jusqu'à lInde et la Chine , de les comprendre mais aussi de les mesurer par 15 ans de Recherche avec toute une équipe de correspondants.

Les questions de départ :  les principales questions qui provoquent très souvent des débats animés ,des affrontements même plutôt que des échanges d'arguments faute précisément d'argumentation .
"La dynamique d'accumulation du capital privé conduit elles inévitablement , comme le croyait Marx à une concentration toujours plus forte de l richesse et du pouvoir ?"
"Ou bien les forces équilibrantes de la croissance, de la concurrence et du progrès technique conduisent elles spontanément à une réduction des inégalités dans les phases avancées de développement, comme l'a pensé Kuznets au XX°siècle?"
La question centrale étant : "Que sait -on réellement de la l'évolution de la répartition des revenus et des patrimoines depuis le XVIII°siècle, et quelles leçons peut on en tirer pour le XXI°siècle ?"

Ricardo,Marx et Kuznets , précurseurs pas toujours heureux de ces  questions :
Ricardo,économiste du début du XIX va s'intéresser à l'évolution du prix de la terre et au niveau de la rente foncière. Il définit le principe de rareté. Sa thèse est que la Loi de l'offre et de la demande devrait conduire à un hausse continue du prix de la terre et des loyers versés . Ils devraient donc à terme recevoir une part de plus en plus importante du revenu national , au point ou cela deviendrait destructeur pour le reste de la population
Un seul remède augmenter sans cesse l'impôt sur la rente foncière pour rééquilibrer.
L'issue a été différente car si la rente foncière est restée à un bon niveau pendant des années, elle a fini par diminuer à mesure que le poids de l'agriculture baissait dans l'économie et la valeur des terres également en conséquence.
En écrivant en 1810 Ricardo ne pouvait prévoir l'ampleur du progrès technique et la croissance industrielle qui aurait lieu au XIX.

Marx, publie en 1867, déjà une autre époque portée sur la révolution industrielle et plus sur l'agriculture. Le fait marquant est la misère du prolétariat industriel.Des années 1800 aux années 1860 les salaires stagnent à des niveaux très faibles et la période 1870-1914 marquera un rattrapage pour une stabilisation des inégalités à un niveau élevé.
La thèse principale de Marx dans le capital est le principe infini d'accumulation du capital avec une issue apocalyptique : soit on assiste à une baisse tendancielle du taux de rendement du capital (ce qui tue le moteur et pousse les capitalistes à s'entre déchirer), soit la part du capital dans le revenu national s'accroit indéfiniment (ce qui pousse les prolétaires à la révolte).
Il a une vraie intuition : dès lors que le taux de croissance de la population et le de la productivité sont faibles, les patrimoines prennent une importance considérable, potentiellement  démesurée et déstabilisatrice pour les sociétés;

Pour Kuznets au XX°, les inégalités de revenus sont spontanément appelées à diminuer dans les phases avancées du développement capitaliste .Proposée en 1955, il s'agit d'une théorie des  30 Glorieuses.
Cette théorie s'appuyant sur le 1ière mesure du genre aux USA a eu un énorme retentissement jusque dans les années 1980-90 dans le monde.
Son analyse porte sur l'impôt sur le revenu,la part des déciles supérieurs dans le revenu national américain.
Il constate une forte réduction entre 1918 et 1948: concrètement les 10% les plus riches pèsent 45à 50 % du revenu national dans les années 1910-20 pour passer à 35-40% à la fin des années 40.
La réduction est nette.
Sauf que cette réduction est constatée dans l'ensemble des pays riches entre 1914 et 1945 et est avant tout le produit des deux guerres mondiales et des violents chocs économiques et politiques qu'elles ont entrainé. Pas grand chose à voir donc avec un processus paisible de rééquilibrage.

mardi 5 novembre 2013

Le nouvel esprit du capitalisme (2)


Ce gros livre paru en 1999 chez Gallimard et ressorti l'année dernière en poche chez Tel; gros par son poids bien sur, on frise les 1000 pages mais surtout pas son contenu, son retentissement dans la sociologie et la pensée critique.
 15 ans après sa publication, on mesure peut être encore mieux la pertinence de la grille de lecture et les intuitions du modèle proposé par Luc Boltanski et Eve Chiapello.



Suite du modèle, tel que proposé de façon quasi axiomatique en fin d'ouvrage :
2 Le étapes du changement de l'esprit du capitalisme 
- La critique en régime d'accord sur les épreuves importantes :
-> on peut distinguer 3 types d'épreuves dans les années 60/70 : le partage de la valeur ajoutée c'est à dire les épreuves dont dépendait la relation salaire/profit ( nature des tâches, rémunération, types de contrats..); les épreuves qui légitimaient les  asymétries en terme de pouvoir ou de hiérarchie (autorité du mandarin en milieu scolaire); les épreuves sur lesquelles reposaient la sélection sociale (épreuves scolaires, recrutements professionnels)
->La critique dévoile ce qui dans ces épreuves transgresse la justice

- La tension des épreuves instituées sous effet de la critique
->après une période plus ou moins longue de conflits au cours desquels se déploient des séquences de critique et de justification , les épreuves finissent par être plus fortement contrôlées, épurées et mises en conformité avec les modèle de justice en vigueur
-> A mesure que les épreuves sont épurées le modèle social devient un peu plus juste
-> Les "Grands " se trouvent toujours confrontés à une tension : en tant que parti lié avec les épreuves instituées ils se montrent volontiers conservateurs, mais étant à la recherche permanente de nouveaux chemins de profit , ils ne peuvent s'empêcher "d'ouvrir la boite de Pandore" ou se trouvent enfermées les forces qui avaient du être maîtrisées pour que l'état du monde soit moins contestable.
->Les "Grands" sont prêts à critiquer les règles, régulations, moralisme comme autant d'entraves à l'accomplissement des grandes choses auxquelles ils se sentent appeler.

- Les déplacements et le détournement des épreuves instituées
-> Certains réussissent , tout à coup, on ne sait pas comment
-> Ces déplacements ne sont que la manifestation de la dynamique du capitalisme
-> L'accumulation des déplacements contribue à défaire les épreuves instituées qui se trouvent contournées et inutiles car elles permettent de moins en moins d'instaurer les liens qu'elles permettaient avant.
->Il faut se garder de voir dans les déplacements le résultat d'une stratégie d'ensemble élaborée dans des instances secrètes et appliquées d'en haut.

- Les déplacements trouvent leurs premiers éléments de légitimité en jouant sur les différentiels entre les forces critiques
->La critique n'est ni univoque , ni immuable , elle a une pluralité de fait et il est possible que des déplacements du capitalisme puissent répondre à certaines demandes tout en contournant les épreuves

- La neutralisation de la critique des épreuves instituées sous l'effet des déplacements
-> les déplacements du capitalisme et les changements qui les accompagnent contribuent à neutraliser certaines critiques en satisfaisant certaines exigences
-> la critique est elle moins mobile que le capitalisme .Les instances critiques n'ont pas l'initiative du déplacement.Elles ont des centres de calcul faibles.Leur mode d'action est direct par le refus du travail ou la grève , ce qui leur donne une certaine inertie.

- Les effets destructeurs des déplacements et la mise en danger du capitalisme lui m^me
->Un capitalisme sans contrôle a de fortes chances d'être à l'origines de plusieurs types de désastres : inégalités, chômage, maladies suscitées par le travail, environnement..
-> sous trait à tout contrôle le capitalisme ne connait d'autre critère que l'intérêt particulier des plus forts et n'a aucune raison de prendre en compte l'intérêt général.
->Une telle évolution marquée par la disjonction entre croissance des profits à l'avantage d'un nombre restreint et accumulation de difficultés pour le plus grand nombre comporte un risque pour le capitalisme : désengagement des personnes
->Sans la participation active du plus grand nombre comme travailleur,consommateur , investisseur , le processus d'accumulation ne peut s poursuivre.
->Second type de risque provient du désajustement entre le capitalisme et l'état par les déplacements : le capitalisme a besoin de l'état , car c'est lui qui garantit un certain nombre de droits comme celui à la propriété.
->La paupérisation entraînée par des déplacements constitue un autre facteur de risque par une diminution de la consommation
->Un capitalisme qui ne s'accompagne pas d'une élévation du niveau de vie du plus grand nombre perd de sa crédibilité.

- Le rôle de la critique dans l'identification des dangers
->ce sont les mouvements critiques qui informent le capitalisme de ce qui le menace
->le fait que le capitalisme entende a critique ne veut cependant pas dire qu'il réponde concrètement en changeant de modes d'action

- La relance de la critique
->Par ses déplacements le capitalisme se redéploie en s'affranchissant de la critique. L'avantage obtenu est un gain de temps, non une victoire définitive
->La reprise de la critique se fait souvent depuis une position anachronique : en jugeant le présent à l'aune d'idéaux du passé; la critique prend la forme d'une défense conservatrice des épreuves instituées que les mouvements sociaux antérieurs avaient contribué à rendre plus justes.

- La construction de nouveaux dispositifs de justice
La reprise de la critique conduit  à la formation de nouveaux points d'appui normatifs  avec lesquels le capitalisme doit composer
Ce compromis s'affirme dans l'expression d'une nouvelle forme d'esprit qui enferme comme les précédents des exigences de justice
Pour que les nouveaux dispositifs de justice se mettent en place, une force extérieure est nécessaire, celle du droit.

- La Formation des cités
->Les cités sont des métaphysiques politiques , une forme de vie est à un moment donné identifiée et montée en généralité de façon à servir de support à une définition du Bien commun.
Une Cité a des chances de se mettre en place quand un groupe d'acteurs prenant appui sur un monde stable de dispositifs et d'objets voit sa puissance s'affermir,en sorte que ses membres se sentent en mesure de revendiquer une reconnaissance propre et de se targuer d'une contribution spécifique au bien commun.
->Ils peuvent alors chercher à élaborer pour eux mêmes et à faire reconnaître par les autres, une valeur, une grandeur qui définissent en propre la façon dont ils ont prise sur le monde.
->En un sens la formation d'une cité peut être vue autant comme une opération de légitimation d'un nouveau monde et des nouvelles formes d'inégalité ou d'exploitation sur lequel il repose, que comme une entreprise visant à rendre ce monde plus juste en diminuant le niveau d'exploitation qu'il tolère

Dans la période actuelle la constitution d'une cité par projets prend en charge la légitimation des épreuves efficaces dans un monde connexionniste et des formes nouvelles de réussite ou d'échec propres à ce monde. Ainsi les nouvelles  épreuves se trouveraient validées en toute généralité tout en étant soumises à des contraintes, ce qui légitimerait le niveau d'exploitation.

mercredi 30 octobre 2013

Lexique 120 : Les gens



-       Je peux changer !
-       Toi peut être mais tu ne changeras pas les gens.
Le Tueur du Montana.1953

mercredi 23 octobre 2013

Le nouvel esprit du capitalisme (1)

Ce gros livre paru en 1999 chez Gallimard et ressorti l'année dernière en poche chez Tel; gros par son poids bien sur, on frise les 1000 pages mais surtout pas son contenu, son retentissement dans la sociologie et la pensée critique.
 15 ans après sa publication, on mesure peut être encore mieux la pertinence de la grille de lecture et les intuitions du modèle proposé par Luc Boltanski et Eve Chiapello.

Dès le prologue les auteurs nous expliquent que le projet est né au début 1995 d'un trouble commun suscité par la coexistence d'une dégradation de la situation économique et sociale d'un nombre croissant de personnes et d'un capitalisme en pleine expansion profondément réaménagé.
L'objectif que ce sont fixé les auteurs n'est pas tant de dénoncer ou proposer des solutions pour amender  la situation que de comprendre l'affaiblissement de la critique et son corollaire c'est à dire le fatalisme dominant, que les changements actuels soient présentés comme des mutations inévitables mais à terme bénéfiques ou comme le résultat de contraintes systémiques aux résultats toujours plus désastreux.
L'objet est donc : les changements idéologiques qui ont accompagné les transformations récentes du capitalisme.
Une définition minimale du capitalisme : une exigence d'accumulation illimitée du capital par des moyens pacifiques.
Voici le modèle, tel que proposé de façon quasi axiomatique en fin d'ouvrage :
1L'axiomatique du modèle de changement :
11Le capitalisme a besoin d'un esprit pour engager les personnes qui sont nécessaires à la production et à la marche des affaires.
->ces personnes ne peuvent en effet mises et maintenues au travail de force
->la liberté est ontologique au capitalisme et suppose la liberté de travailler
12 L'esprit du capitalisme pour être mobilisateur doit comporter une dimension morale
->il doit offrir la possibilité aux personnes d'avoir recours à une notion de justice et à une certaine sécurité
->Le capitalisme ne pouvant trouver son fondement moral dans la logique du processus d'accumulation, doit emprunter à des forces de justification qui lui sont extérieures (nommées cités) les principes de légitimité qui lui font défaut
13 Le capitalisme pour se perpétuer a besoin à la fois de stimuler et de freiner l'insatiabilité
->il est le lieu d'une tension permanente entre la stimulation du désir d'accumulation et sa limitation par des normes correspondant aux formes que prend le désir quand il est enchâssé dans d'autres ordres de grandeur.
14L'esprit du capitalisme ne peut être ramené à une idéologie au sens d'une illusion sans effet sur les événements du monde
->Il doit dans une certaine mesure donner ce qu'il promet
->Il est sans arrêt mis à l'épreuve, l'invoquant comme un idéal, dénoncent ce qui dans la réalité échappe à la règle.
->La critique exerce des effets réels car pour résister dans l'épreuve la justification du capitalisme doit pouvoir prendre appui sur des dispositifs (règles, conventions)  dont le droit est l'une des expressions
15 Le capitalisme a une tendance perpétuelle à se transformer
La recherche de nouveaux chemins de profits est une force puissante de transformation, soit qu'il s'agisse de surmonter les effets de saturation des marchés par la création de nouveaux produits ou services, soit qu'il s'agisse de restaurer des marges érodées par la concurrence en gagnant pour un certain temps un avantage sur les autres compétiteurs.
16 L'opérateur principal de création et de transformation de l'esprit du capitalisme est la critique (the voice)
->Si la critique n'est pas l'agent de changement principal, en revanche son rôle est central dans la construction de l'esprit qui , sous des formes différentes, à différentes époques, accompagne le capitalisme.
->Elle fait pression sur les épreuves identifiées de façon à les rendre plus justes en éliminant les forces parasites.
->Parce qu'elle contribue à former cet esprit, la critique est nécessaire à l'engagement des personnes dans le processus de fabrication du profit,elle est un de ses instruments de sa capacité à durer ; une alternative : soit ignorer la critique inutile, soit la récupérer.
17 Sous certaines conditions la critique peut être elle m^me un des facteurs de changement du capitalisme (et pas seulement son esprit)
18 La critique puise son énergie à des sources d'indignation.
->4 sources principale : l'exigence de libération, l'inauthenticité des personnes et des biens, l'égoïsme, la souffrance


mercredi 16 octobre 2013

La lecture en silence de Saint Ambroise

« Quand il lisait, ses yeux étaient conduits à travers les pages, et son esprit en perçait le sens, mais la voix et la langue, en revanche, étaient en repos. Souvent en franchissant le seuil de sa porte, dont l’accès n’était jamais défendu, où l’on entrait sans être annoncé, nous le trouvions lisant silencieusement et jamais autrement, et nous restions assis plongés en un silence continu – qui, d’ailleurs, aurait osé être une gêne pour quelqu’un d’aussi absorbé ? »
Saint Augustin rapporte cette histoire que l'on peut dater de 384.
Elle décrit une personne lisant en silence et cela l'étonne grandement : l'écrit devient un langage spécifique et non plus la transcription de l'expression orale qu'il fut à l'origine.