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mercredi 28 octobre 2026

Commentaires 109 Homo occidentalis (1/3) : Vers une bascule anthropologique

 



En Substance. Pour Jérôme Fourquet, analyste de l’opinion, et Ruben Rabinovitch, psychanalyste, l’Occident a changé d’homme entre la fin des années 1950 et le début des années 1960. Un « ancien régime psychique », organisé autour du collectif, de l’interdit et du désir différé, a cédé la place à un « nouveau régime psychique » fondé sur l’autodétermination et le devoir de jouir. Ce premier commentaire présente les causes de cette bascule et la description théorique du nouveau régime. Il montre aussi pourquoi les auteurs y voient une mutation anthropologique, et pas seulement une évolution des mœurs.

L’ancien régime psychique : un ordre qui protégeait et qui écrasait

Pour comprendre la bascule, il faut d’abord mesurer ce qui a basculé. L’ancien régime psychique reposait sur un ordre symbolique paternel présent partout : dans la famille, à l’école, à l’église, dans la rue, dans l’étiquette et la mode, dans l’administration, jusque dans les carrières et l’économie. Le pater familias, au sommet de la hiérarchie familiale, répondait devant la société et devant la loi de l’intégrité matérielle et morale des siens. Chacun connaissait les attentes qui pesaient sur lui. Il en allait de son honneur de s’en acquitter, quitte à y sacrifier son bonheur personnel.

Cet ordre offrait sécurité, cohérence et stabilité. Il produisait des individus très structurés, capables d’efforts prolongés et d’un investissement massif dans le travail et les œuvres de l’esprit. Ils étaient capables d’abnégation pour bâtir des familles durables, et de renoncement narcissique au profit de l’intérêt collectif et des idéaux religieux ou patriotiques. Mais son coût psychique était très élevé. La marge de manœuvre pour sortir du rôle assigné était infime, sous peine d’être mis au ban de la société. La sécurité s’achetait au prix de l’autonomie, de la liberté de choisir et de désirer pour soi.

Les causes de la bascule

Les auteurs ne désignent pas une cause unique. Ils décrivent la convergence de plusieurs facteurs.

Une transmission interrompue. La génération qui a fait la guerre en a porté le poids, mais aussi le silence. La transmission des pères s’est rarement faite. Il en est né un climat de distance, de défiance et d’incompréhension entre générations. Les enfants de l’après-guerre ne se sont plus sentis tenus par les idéaux de leurs parents, et ceux-ci n’avaient plus la légitimité pour transmettre leur modèle.

Le baby-boom comme force sociale. Pour la première fois, une classe d’âge se constitue en groupe générationnel autonome. L’allongement de la scolarité, le décrochage religieux (particulièrement en France) et l’émergence du rock’n’roll y contribuent. Johnny Hallyday donne alors plus de 300 concerts en deux ans. Contrairement à la génération de l’après-1918, qui croyait que les guerres ne détruiraient plus, celle du baby-boom grandit dans un univers post-nucléaire et pessimiste.

Les contre-cultures. Le mouvement hippie, puis le punk, revendiquent une marginalité fondée sur le rejet des normes qui avaient dominé jusque-là : travail, mariage, procréation, transmission. L’école connaît au même moment une révolution pédagogique qui place l’enfant au centre et éloigne l’autorité du maître.

La société de consommation. En cherchant à satisfaire les moindres désirs du consommateur en le flattant, elle a nourri un narcissisme de masse. « Parce que vous le valez bien » et « Venez comme vous êtes » résument cette valorisation. L’individu traité en client roi dans ses relations marchandes finit par se comporter en client roi dans toutes ses relations.

Un libéralisme devenu intégral. C’est sans doute la thèse la plus forte du livre. Le libéralisme ne se limite plus à organiser la séparation des pouvoirs, les rapports entre travail et capital ou la place de l’État. Il embrasse et remodèle l’intégralité des structures collectives, jusqu’aux plus symboliques : la filiation et la transmission du nom. Il a accouché d’un droit nouveau, celui de se façonner soi-même. Un consensus des élites de gauche comme de droite s’est dégagé à partir des années 1990 pour mener cette politique active de libération, de privatisation et de désinstitutionnalisation. Le droit, les mentalités et les comportements se nourrissent ensuite mutuellement.

Les auteurs concluent par un paradoxe. Ce ne sont ni le communisme ni le fascisme qui ont réussi à créer un homme nouveau. Ce sont les sociétés libérales et capitalistes d’Amérique du Nord et d’Europe, dans le contexte singulier de l’après-guerre.

Le nouveau régime psychique : description théorique

Un transfert de souveraineté du collectif vers l’individu

Le cœur du nouveau régime est un déplacement historique de la souveraineté. Le collectif ne décide plus de la place de chacun : chacun s’autodétermine. Ce mouvement a eu des effets libérateurs indéniables. Il a permis un rééquilibrage entre affirmation de soi et devoir social, et il a fait reculer la rigidité de l’ancien ordre familial. Mais les auteurs insistent sur un point. L’ordre symbolique qui s’est défait n’a pas été remplacé par un autre. Ses fonctions sont passées à la charge des individus eux-mêmes. Il y a moins de contraintes et de coercition, mais davantage de responsabilité personnelle. L’individu doit lui-même s’inscrire dans la société et porter un cadre qui a perdu son caractère d’obligation. L’angoisse, l’isolement et le besoin d’être aidé en découlent. Des questions existentielles autrefois tranchées par la structure sociale se trouvent désormais psychologisées.

Du désir à la jouissance

Le livre emprunte à la psychanalyse une distinction décisive. Le désir naît d’un manque, d’une restriction et d’un report de la satisfaction. C’est précisément ce délai qui lui permet de devenir projet. La pulsion, elle, cherche une décharge, quel que soit l’objet. La jouissance, enfin, n’est pas le plaisir. Le bon vin procure du plaisir, l’alcoolisme asservit à une jouissance.

L’ancien régime était un régime du désir, donc de la jouissance restreinte. Le nouveau est un régime du devoir de jouir. Le surmoi n’interdit plus : il commande de jouir davantage, plus fort, plus vite. La culture, la publicité et l’idéologie relaient cette injonction, et les auteurs l’entendent aussi dans la parole des patients. S’y ajoute un mouvement d’égalisation des jouissances entre hommes et femmes, entre hétérosexuels et LGBT, entre riches et pauvres. Ce mouvement produit sans cesse de nouveaux droits individuels, sans point d’arrêt.

Le prix de cette liberté est double. D’une part, de nouvelles formes de solitude. D’autre part, un individu qui, autrefois asservi aux lois du collectif, court désormais le risque d’être asservi à lui-même. Là où la société limitait la jouissance, il revient à chacun de s’imposer sa propre limite.

Des liens solides aux liens liquides

La transformation se lit aussi dans la nature des liens. On passe de liens solides, stables et transmis à des liens fragiles, liquides, révocables. La solidarité entre générations s’efface. La « dette de vie » que chacun devait à ses parents se remboursait en la rendant à ses enfants. Cette chaîne est rompue pour une partie des jeunes générations, de plus en plus indifférentes à ce que quelque chose vienne après elles.

Le narcissisme de masse et le narcissisme de groupe

Le nouveau régime installe le moi au centre. Paradoxalement, il produit moins des individus sûrs d’eux que des narcissismes fragiles, qui doivent sans cesse être confirmés. D’où le second mouvement décrit par les auteurs : le narcissisme de groupe. Faute d’un narcissisme personnel solide, l’individu cherche à s’agréger à des semblables : supporters, gamers, fans, teufeurs, coureurs de marathon. Ces communautés ne sont pas organisées autour d’un idéal commun, mais autour du besoin de se ressembler et de fusionner. Elles accentuent l’archipellisation de la société, thème cher à Jérôme Fourquet.

La dissolution de la verticalité et la crise de la généalogie

Deux principes structurants de l’ancien régime sont particulièrement atteints.

Le principe de verticalité. Autrefois, une personne pouvait être contestée, mais pas la place qu’elle occupait. Un professeur sans charisme était respecté parce que sa fonction légitimait a priori son autorité. Ce principe ne structure plus ni les relations entre individus ni le corps social, et aucun autre principe organisateur ne l’a remplacé. Le discrédit ne vise plus seulement des personnes, mais les fonctions elles-mêmes : professeur, policier, patron, curé, élu. La légitimité à parler au nom du collectif s’est profondément érodée.

Le principe généalogique. La communauté politique était pensée comme une famille symbolique. Les auteurs relèvent le nombre de dirigeants sans enfants depuis vingt ans : Emmanuel Macron, Angela Merkel, Theresa May, Mark Rutte, Kamala Harris. Ils y voient la métaphore d’un pouvoir moins travaillé par la question de la postérité. L’endettement des États occidentaux relève de la même logique : une génération a vécu à crédit sur ses enfants et petits-enfants.

Une mutation qui s’amplifie de génération en génération

La bascule n’est pas un épisode, c’est un processus cumulatif. La génération déjà adulte au début des années 1960 y a été peu exposée. Les premiers boomers, alors adolescents, l’ont été bien davantage. Les boomers tardifs, nés après 1965, se sont structurés en même temps qu’elle. Leurs petits-enfants, nés à partir des années 2000, entrent aujourd’hui dans l’âge adulte en n’ayant connu que ce régime. Chaque génération grandit dans le cadre installé par la précédente et l’approfondit. Les choses ne « rentrent plus dans l’ordre » quand les jeunes deviennent adultes : le cycle qui voyait chaque génération reproduire l’identité de la précédente est révolu. Les auteurs situent un nouveau palier au tournant des années 2000.

Pour décrire la société qui en résulte, ils proposent une belle métaphore géologique : le chaos granitique. En Bretagne ou dans les Rocheuses, l’érosion transforme le granite en sable, l’« arène », d’où émergent des blocs qui ont résisté. De même, une vaste arène d’individus du nouveau régime entoure des blocs restés fidèles à l’ancien, aux contours plus ou moins solides, mais déjà fissurés. Cette coexistence alimente des tensions intergénérationnelles et des réactions de défense : le masculinisme, ou les tradwives qui revendiquent le retour de la femme au foyer. Les auteurs ajoutent un trait ironique. Donald Trump et Elon Musk, chantres d’une famille traditionnelle, sont en réalité des produits caricaturaux du nouveau régime psychique.

Le livre se termine sur une question ouverte. Que signifie encore être conservateur quand tout a changé ? Et être progressiste quand l’émancipation a été poussée à un niveau jamais atteint ?

Ce que cette thèse nous apprend, et ce qu’elle peut changer dans notre pratique

Cette grille de lecture est précieuse pour qui accompagne des dirigeants. Elle invite à cesser de lire les comportements des équipes comme des caprices individuels ou générationnels. Ce sont les effets d’un changement de régime, qui touche aussi les dirigeants eux-mêmes, souvent situés entre deux mondes.

Trois pistes s’en dégagent pour notre métier.

Reconstruire une autorité de légitimité. Le dirigeant de PME ne peut plus s’appuyer sur l’autorité que lui conférait sa fonction. Elle doit être gagnée et entretenue : par la clarté du cadre, la cohérence entre le discours et les actes, la capacité à poser une limite et à l’expliquer sans s’en excuser. C’est un vrai travail de posture, que le coaching peut accompagner.

Remettre du collectif et du tiers. Si l’individu porte seul ce que l’ordre symbolique portait autrefois, l’entreprise a un rôle à jouer pour l’en décharger en partie. Elle peut donner du sens partagé, des repères, des instances où les désaccords se règlent autrement que dans l’affrontement interpersonnel. L’entreprise est l’un des derniers lieux où se vit un collectif organisé, c’est une responsabilité autant qu’un atout.

Faire de la grille un outil de séminaire. L’opposition entre ancien et nouveau régime, et la métaphore du chaos granitique, peuvent nourrir un séminaire de direction. On peut demander à l’équipe où se situent l’entreprise, ses managers, ses clients et ses candidats. Quels blocs résistent, quelle part de l’organisation fonctionne déjà selon les codes du nouveau régime ? Les décisions de management et d’organisation gagnent à être pensées à partir de cette cartographie.


jeudi 22 octobre 2026

Commentaires 108 : Présidentielles 2027 : vers un changement de stratégie dans l'équilibre des finances publiques ?


 Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de la ministre du Travail, ancien directeur des relations sociales du MEDEF et de Schneider Electric, dirigeant d’un cabinet de conseil en relations sociales. Conférence APM du 14 octobre 2026.

La France n’a jamais autant prélevé d’impôts. Elle n’a jamais autant dépensé d’argent public. Et pourtant, les services publics se dégradent et le travail paie de moins en moins.

Où est passé l’argent ? Pour Antoine Foucher, la réponse n’est pas à chercher dans le gaspillage, mais dans cinquante ans de choix collectifs.

Première partie – Le diagnostic

1. Un travail toujours plus taxé

Sur 100 € que coûte un salarié, il lui en restait 69 en 1970 et 60 en 1990. Il ne lui en reste plus que 54 aujourd’hui, contre 64 en Allemagne.

L’écart entre ce que coûte le travail et ce qu’il rapporte n’a jamais été aussi grand. Quand un employeur dépense 1 000 € de plus, le salarié n’en voit qu’environ 540.

2. Ce n’est pas la baisse d’impôts qui a creusé la dette

Les dépenses publiques atteignent 57 % du PIB, les prélèvements obligatoires environ 45 %. La dette comble la différence.

Les baisses d’impôts récentes n’y changent rien : sur cinquante ans, les prélèvements n’ont cessé de monter, quelles que soient les majorités.

3. Où est allé l’argent

En cinquante ans, voici comment ont évolué les dépenses publiques, en points de PIB :

  • éducation : 0 ;
  • transports et aménagement du territoire : 0 ;
  • défense : en baisse, de plus de 3 % à 2 % du PIB ;
  • sécurité et justice : +0,3 ;
  • masse salariale publique : +0,6, pour 2 millions de fonctionnaires en plus ;
  • retraites : +6,5 ;
  • santé : +3,5, dont 2,5 pour les retraités ;
  • solidarité : +2 à +3.

Retraites et santé des retraités représentent 80 % de la hausse. Nous avons embauché toujours plus de fonctionnaires, en les payant toujours moins bien.

Reprenant une opposition chère à Pompidou, Antoine Foucher résume : nous sommes passés des dépenses d’une nation (l’école, la défense, les infrastructures) aux dépenses d’une société, c’est-à-dire des dépenses de guichet versées aux individus.

4. Les retraites : un choix autant qu’une fatalité

La hausse des retraites se répartit à peu près en trois tiers. Le premier, le vieillissement, était inévitable. Les deux autres sont des choix : douze ans de retraite de plus qu’en 1975, et un niveau de vie des retraités passé de 75 % à 100 % de celui des actifs.

Avec l’Espagne et l’Italie, la France est l’un des seuls pays au monde où les retraités vivent aussi bien que les actifs.

5. Une préférence française contre le travail

Tout le monde veut baisser les charges sur le travail, mais personne ne veut reporter l’effort ailleurs. Pas sur les retraites. Pas sur l’immobilier. Pas sur l’héritage, auquel 82 % des Français refusent toute hausse des droits.

Taxer le travail reste ce qui nous divise le moins. Résultat : en France, un euro sur deux perçu par les ménages, et un adulte sur deux, ne vivent pas du travail.

Dans le même temps, l’héritage prend le pas sur le travail. Il représentait 35 % des patrimoines dans les années 1970, 60 % aujourd’hui, et 75 % en 2045 à fiscalité inchangée.

6. La dette n’est plus indolore

La dette atteindra 120 % du PIB fin 2026. Le problème n’est pas son montant, car un État ne rembourse jamais : il réemprunte. Le problème, ce sont les intérêts.

Avec la remontée des taux, leur charge est passée d’environ 20 Md€ avant le Covid à près de 100 Md€. Trois points de PIB partent chaque année dans la dette, sans financer ni l’école, ni la défense, ni les retraites.

Deuxième partie – La facture

Antoine Foucher a chiffré ce qu’il faudrait financer pour redresser la productivité, réindustrialiser et faire que le travail paie de nouveau :

  • redevenir l’une des meilleures écoles du monde : 20 Md€ ;
  • former les adultes et lutter contre l’illettrisme : 5 Md€ ;
  • ramener les impôts de production au niveau allemand : 30 Md€ ;
  • rattraper la moyenne européenne en recherche : 15 Md€ ;
  • réussir la transition énergétique : 35 Md€ ;
  • accompagner le vieillissement : 15 Md€ ;
  • rendre au salarié 64 € sur 100 €, comme en Allemagne : 100 Md€.

Soit environ 220 Md€ par an. Il faut y ajouter 120 Md€ pour stabiliser la dette.

La facture totale avoisine donc 330 Md€ par an, soit 11 points de PIB, sans compter la défense ni la justice.

Troisième partie – Où sont les marges de manœuvre ?

1. Les pistes du débat public ne suffisent pas

  • Supprimer un échelon territorial : environ 10 Md€.
  • Supprimer 500 000 postes de fonctionnaires : 20 à 25 Md€.
  • Supprimer des comités : symbolique.
  • Réduire les aides aux entreprises : 10 à 20 Md€ au maximum.

Ces mesures sont peut-être utiles, mais elles ne sont pas à la bonne échelle.

2. Trois leviers à la bonne échelle

  1. Un pacte intergénérationnel, pour environ 200 Md€ à l’horizon 2035 : travailler trois ans de plus, et ramener le niveau de vie des retraités à 80 % de celui des actifs, comme ailleurs en Europe, en gelant les pensions pendant dix ans.
  2. Une TVA « circulaire », pour environ 50 Md€ : cinq points de plus, avec des taux allégés pour les produits de première nécessité et une taxation plus forte des produits importés hors d’Europe.
  3. Un plancher sur les grosses successions, pour 50 à 60 Md€ : un taux minimal de 20 % au-delà d’un million d’euros, hors biens professionnels.

On atteint environ 310 Md€. « Et vous voyez pourquoi on ne le fait pas » : chacun de ces leviers heurte une préférence majoritaire.

3. Trois issues possibles

  1. La guerre, qui impose de nouvelles priorités. Elle est évidemment inacceptable.
  2. La crise financière, que l’orateur juge la plus probable. Contrainte de solliciter la BCE, la France devrait alors accepter des conditions venues de Bruxelles et de Berlin.
  3. Un grand débat suivi d’un référendum, qu’il appelle de ses vœux : un projet de loi clair, débattu par la société civile plutôt que par les partis, puis tranché par les Français.

Ces propositions font débat. Dans la salle, certains ont jugé le référendum perdu d’avance dans une société d’individus. D’autres responsables estiment qu’une meilleure gestion suffirait, ou contestent l’effort demandé aux retraités et l’effet d’une hausse de TVA sur le pouvoir d’achat.

« Ce n’est pas le minimum qui est trop élevé, c’est l’écart qui est trop faible. »
Antoine Foucher

Conclusion

La France ne manque pas d’argent public : elle l’a affecté. En cinquante ans, elle a choisi les retraites, l’héritage et la solidarité plutôt que le travail, l’école et l’industrie.

2027 pourrait marquer un changement structurel. Soit par choix, à l’issue d’un vrai débat collectif. Soit sous la contrainte, si les marchés l’imposent.

Pour les dirigeants, quatre réflexes s’imposent :

  • Bâtir des scénarios 2027-2030 intégrant une hausse possible de la TVA, une nouvelle réforme des retraites et une évolution des charges.
  • Anticiper la transmission de l’entreprise, dans un cadre fiscal qui pourrait évoluer vite.
  • Optimiser dès maintenant la rémunération globale, pour que chaque euro dépensé profite davantage au salarié.
  • Prendre part au débat : Antoine Foucher invite explicitement les chefs d’entreprise à le porter dans leurs réseaux.

Les marges de manœuvre existent. Elles ne sont pas techniques, elles sont politiques.

vendredi 14 juin 2024

Commentaire 106 Bonus 4/3 : De l'esprit, concept de combat


 1 Il ne s'agit pas ici de l'âme mais de l'esprit . L''âme par son histoire est à jamais connotée : est-elle immortelle ? Elle a un rapport avec le vital et l'esprit avec le vivant. Proposition de faire de l'esprit un concept de combat pour lutter contre cette non vie en train de nous enserrer.                                                  L'esprit n'est pas un être car il faudrait alors situer ontologiquement ce niveau d'être en le détachant de ce monde .   Ni une force car il faudrait se demander de quel ailleurs elle vient.                                                                                                                                                        L'esprit n'est pas un souffle, un pneuma car il faudrait se demander d'où il procède, d'où il vient  .                        C'est une capacité, sans statut , ni nature propre. Sans exaltation, célébration ou domination excessive.                     Pas d'opposition de l'évolution présente à un âge d'or , pas de procès de l'objectivité technico scientifique , mais simplement le constat d'une inertie du sujet à travers la perte d'effort et d'exigence qui doit nous alerter.

Si de l'esprit ne s'oppose pas radicalement au monde, ni non plus ne s'identifie à lui, c'est pas un écart qu'il ouvre avec la clôture et la fonctionnalité du monde.

2 On ne conçoit pas de l'esprit en le distinguant et l'opposant du corps (comme chez Descartes) , de la nature (Valéry) ou du monde (christianisme) , mais par écart avec ce qui se clôt en corps, avec ce qui se borne en nature ou en monde. Il est impossible donc de le définir en différence sans qu'il se fige aussitôt en essence et en devienne suspect.

Il y a de l'esprit à l'oeuvre, dès lors que de l'enfermement s'ouvre, qu'un fonctionnement sed éclot, qu'un horizon se déborde, qu'une totalisation se fissure. De là l'esprit peut devenir un concept de combat pour résister à ce qui menace aujourd'hui dans le monde s'enfermant dans sa technicité , s'enlisant dans sa commodité, devenant un monde de procédures et de dispositifs se limitant au fonctionnel et, par là , au réactif: un monde du clic, des portails, des cases à cocher , d'algorithme et de robotique supprimant l'effort et l'initiative et ne laissant plus - par écart - de l'esprit circuler. 

Il y a l'esprit à l'oeuvre par dés-obstruction , dés-opacification , dé-matérialisation et dé-réification. Il y a de l'esprit à l'oeuvre quand apparait de l'entre , laissant s'espacer et passer , permettant à du réel , quel qu'il soit , d'entrer en essor et de s'activer. de l'esprit relève non pas de la propriété mais de la capacité. Il se pense non pas pas différence mais pas écart, d'où vient son déploiement.

L'esprit n'est que dé coïncidant , ce qui , en coïncidant , se fige, se ferme et se stérilise. Au lie de penser l'homme par différence avec l'animal, il s'agit de le penser comme ouvrant un écart par rapport à cette animalité.

Le monde semble menacé parce qu'il se laisse enchâsser dans sa coïncidence idéologique, enfermer dans sa technicité trop commode, emboiter dans sa fonctionnalité bon marché.

3 Un esprit lavé de l'idéalisme de son emploi théologique , banni de sa sacralisation dans l'Invisible qui le condamnait.De la  Religion qui  l'a sanctifié (le Saint Esprit) , de ce qui l'a moralisé (la chair contre l'esprit), de ce qui l'a théâtralisé (la tentation du désert), de ce qui l'a dramatisé... L'Eglise en s'appropriant et en dogmatisant l'Esprit , l'a réduit à notre crédulité.

La lettre tue, l'Esprit vivifie dit Paul. La formule est à retenir car l'Esprit en débordant, en se dégageant fait vivre, porte à l'essor trend alerte. il faut du tiers et de l'écart pour que le relation ne s'étouffe pas.

Le shen chinois désigne d'abord les esprits des ancêtres auxquels on sacrifie, l'au delà du sensible, le monde du divin et du numineux. Ce numineux ne se sépare pas de semonce, il accompagne le processus en cours; c'est une capacité à l'oeuvre. Il permet d'aller vite sans se presser, d'atteindre sans se déplacer; son efficience n'est pas magique , séparée ou réservée et ne cesse d'opérer dans tous les avènements du monde. 

Il ouvre la pensée de l'esprit à de la transcendance mais sans verser dans le dualisme. Ainsi un paysage est bien fait de physicalité mais est en même temps aspiré par une dimension d'esprit.

4 On veut aujourd'hui rendre tout chose plus proche de soi , en même temps qu'on prive le phénomène de son unicité du fait de sa reproductibilité : de l'esprit ne s'en dégage plus.

On souhaite par exemple valoriser les territoires, c'est à dire les soumettre à des critères de gestion et de rentabilité , de commodité pour les visiteurs dont on constate qu'ils mettent ces lieux sous cellophane, qu'ils ne respirent plus et ainsi n'inspirent plus. La fonctionnalité désormais prédomine : ce qu'il faut offrir à voir . Tout ce qui se présente sous les yeux est donné à consommer à nos contemporains. On n'y a plus à s'aventurer, à découvrir.On s'ennuie à vrai dire à visiter tout ce cadré , si bien concerté, coïncidant avec les clichés de l'éblouissant et du beau. On ne fait plus que passer en ces lieux le temps d'une visite.                    Ce qui tue l'esprit , du côté des choses c'est la fonctionnalité des installations, leur optimisation conçue en terme d'infrastructure. Dans ce monde de dispositifs , n'ouvrant plus d'écart , l'esprit ne peut plus circuler et même émerger.

5 Ce n'est pas tant que la disparition de pans entiers de notre savoir qui inquiète car il est légitime qu'avec le temps notre intérêt ait à muter selon d'autres modalités , sur de nouveaux canaux, d'autres lieux d'invention mais il est à se demander si l'humanité prise dans ses investissements de gestion, de rentabilité , de communication se plait encore à penser. Spéculer s'entend -il encore de façon non financière mais théorique ?  Même les livres de savoir veulent désormais divertir détournant l'esprit de lui même. Il n'y a plus d'attention que pour le voyant et l'affiché.

Militer pour l'esprit , en faire un concept de combat , ce n'est pas militer pour des valeurs mais se mobiliser pour que de l'esprit rende effectivement vivant ne se bornant pas au vital , non pas plus tard, mais à chaque instant.

De renverser l'état des choses nous n'avons pas la force; et dénoncer ne s'entend pas ; mais saurons nous au moins fissurer l'opacité qui monte, qui nous enferme implacablement dans ses parrains mais que nous ne voyons pas : ouvrir quelque interstice dans la saturation qui désormais fait monde - ou de l'esprit puisse se déployer ? 

Pourquoi ne pas en faire une cause nationale et mondiale, réunissant l'humanité face à son danger , comme on le tente de le faire pour l'autre menace concernant la planète? 

Cette alerte nous concerne tous . Au risque sinon de voir non seulement la terre bruler , mais aussi, par perte d'esprit , de son feu, nos vies se glacer.

mardi 11 juin 2024

Commentaire 106 Raviver de l'Esprit 3/3

 


# L'étau de la coïncidence :

1 Pour Platon le "lieu des idées", est un lieu idéal auquel on accède par la seule abstraction comme à la plaine de la vérité.  Le monde contemporain en a fait un lieu de marché avec une côte : l'idée européenne autrefois valorisée fait place aujourd'hui au care, au green ou aux bons sentiments.

La coïncidence d'un point de vue social et politique est ce fait légendaire qu'une idée dès lors qu'elle est collectivement assimilée n'est plus questionnée , ni même soupçonnée.Elle s'étale dès lors en  pseudo évidence et génère elle même une obédience.

En même temps que la présence personnelle se dilue , que le face à face se volatilise,  s'instaure un système de coïncidence idéologique qui lui aussi est sans visage.

Si on coche toutes les cases du moment , on peut être élu prix Nobel ,mais quand on ne les coche pas , quand on pense précisément que penser c'est sortir des cases, c'est décoincer...

Dès que l'on touche effectivement en pensant à la pensée , non pas à sa forme de slogan ou de cliché, on commence à entrer dans un commun de l'esprit, à l'opposé du grégaire et du collectif , et même , on a part à son éternité.

2 Ce sont les médias qui constituent à fabriquer la grande machine à coïncider de notre temps en limitant et bloquant d'autres possibilités de la pensée; en thématisant les catégories et en labellisant ce qui en fait partie ou non.

3 Les médias organisent le débat mais un pseudo-débat qui circonscrit le champ du débattable et non. la spectcularisation du débat conduit à sa peopolisation et donc à sa pauvreté. Les réseaux ne font que l'accentuer : pour faire de l'audience, il faut faire plaisir. On est passé de l'age du penseur à celui de l'influenceur.

# Sujet inerte / sujet alerte

1 La pensée moderne s'attache plus aux modes de subjectivation du sujet qu'au sujet lui même : connecté, communiquant , consommateur, le sujet est stimulé en permanence par son environnement de plus en plus digital. La connexion par le numérique s'est imposée comme une trainée de poudre et a changé radicalement le monde en à peine une génération. Le sujet devenu réactif en continu, ne peut plus s'en passer , il est assujetti. En situation de communication continue, qui se suffit à elle même, garder le contact prime désormais sur le contenu.Cela se prolonge dans le consommation, qui elle aussi est devenue continue.

Si le sujet se constitue originairement et de façon irréductible comme s'adressant à l'Autre par la parole, dès lors que se défait le sujet, se défait du même  coup ce rapport à l'autre.des son rapport à l'Autre.           Si l'on ne se parle plus , mais qu'on ne fait plus que communiquer avec les autres par dispositifs interposés, il s'ensuit que s'effaceront progressivement les derniers sujets que nous sommes.

C'est donc en s'extrayant du réseau que l'on peut reconquérir une position de sujet : par suite une capacité de juger, indépendante en son principe, par conséquent une autonomie éthique et politique.

L'enseignement religieux nous avait appris , le détachement vis à vis du monde avec ses règles et ses rites . Il y avait pour nous détacher du monde un Autre, Dieu, à statut d'absolu, vers qui nous re-tourner et nous convertir? Mais en se retirant , il n'est plus de refuge désiré pour scander la journée et réfléchir sur sa vie. 

3 Dans cette modernité la position du moi-sujet a perdu sa double assise dans la pensée : son assise dans la stabilité de l'Etre et son assise dans sa relation à Dieu. Le su-jet a son histoire dans la pensée :                     Pour les Grecs : il se construit en se fondant dans  l'Etre, il s'autorise une identité d'Etre.                               Pour les chrétiens : il se fonde en s'adressant à son Créateur, en se confiant à Lui (St Augustin) . Le sujet humain s'établit comme partenaire de Dieu dans la parole. Dieu lui révèle l'intérieur de son intérieur          Aujourd'hui en se retirant, Dieu, le sujet a perdu son soubassement. Il s'agit de repenser le sujet , non plus en se fondant dans l'Etre, ni en le recevant d'un Autre mais d'un point de vue proprement humain. En terme de capacité, au risque sinon de se voir enfouir dans le monde et disparaitre à jamais.

Le sujet contemporain ne veut plus être la dupe d'un engagement mobilisant comme si souvent par le passé: il ne veut plus payer le tribut d'un absolu, ni d'un report dans l'au-delà  et n'a plus guère en vue que l'immédiat en ce monde. D'où le discrédit dans lequel est tombé la notion d'effort. Sa vie est tant amortie qu'il n'est même plus capable d s'ennuyer , tant son portable en main es tlà pour l'en  dispenser. : il s'est éteint, inerte, prostré.

4L'esprit n'existe que de ce qu'il s'entraine : l'esprit n'est qu'activité.  De ce qu'il est hyperconnecté, le sujet en vient à se dés - intellectualiser, à se dé - conscientiser ; renonçant à toute construction d'une idéalité on se rabat sur la bienveillance et l'empathie. On panse et on arrête de penser. L'esprit ne consomme plus que de la proximité, du prêt à consommer. Si la parole est bien l'émergence du sujet, l'Esprit en est le relai, qui à la fois le déploie et le fortifie.

Peut-on imaginer , il y a seulement une génération , tous les rabattements née de la connexion généralisée et du Marché mondial ainsi que les paralysies de l'intellect et qui menacent aujourd'hui notre avenir de sujet?

De même que l'avénement de la photographie a forcé la peinture en Europe à sortir de sa coïncidence (la perspective, la ressemblance) et à se repenser, on peut se demander sir la mise au point d'une IA toujours plus perfectionnée , ne pourrait -elle pas provoquer de la part de ce sujet "fané" , un nouvel essor , qui ne peut être encore imaginé ?

C'est bien là la tâche de la philosophie désormais : comment justifier l'humain dans sa vocation., le promouvoir en sujet alerte face aux menaces qui l'entourent et qui ne sont pas qu'écologiques.

#La philosophie 

1Même s'il est hasardeux d'en annoncer la fin, on en voit bien l'épuisement et la mort de la philosophie est un thème contemporain. Ou bien on pense qu'elle doit mourir, comme le concept de Dieu ou de Vérité sont morts ou on la réinvente

2 La philosophie n'est plus la clé de voute qui fait tenir la pensée, c'est plutôt l'artiste qui tient ce rôle. dans un monde l'opinion le philosophe est condamné à donner la sienne comme les autres. C'est en se détachant  de ce régime de l'opinion, en décoincidant , que le philosophe s'ouvre une place, que l'esprit n'est plus affilié à une coïncidence, à une transcendance et s'ouvre une place, se découvre un destin propre.               

3 Philosopher c'est s'écarter.

4 C'est sans doute quand elle a commencé en s'enseignant de s'enfermer , quand elle a commencé doctrinalement de s'imposer qu'elle s'est du coup vidée d'esprit et condamnée à sa propre élimination.      Sa visée étant non de connaissance mais de réfléxion ou de questionnement.

La philosophie à qui on demande souvent dans les débats son opinion ne philosophe plus , elle doit se remettre au travail d'élaboration. C'est à dire produire des questions qui sont lentes à forger pour faire face à ce qui est effectivement à penser.

5 La tâche de la philosophie est froidement rigoureuse. Elle doit 1/ dépersonnaliser, se dépouiller de l'anodisent de l'anecdotique 2/ problématiser c'est à dire jeter devant soi, construire la question en possibles.3/modéliser pour élever à la généralité, dresser les cas en paradigme 4/axiomatiser en posant sur un plan logique l'ordre des raisons.5/dialectiser c'est à dire configurer du pensable, s'articuler en raisons.

samedi 25 mai 2024

Commentaire 106 Raviver de l'esprit 2/3

 


Parmi les pertes de notre contemporain liées aux transformations silencieuses 

# La perte de la présence : apparue brutalement avec l'épisode du Covid  et du confinement , même si elle apparaissait déjà dans nos vies au point d'y voir une nécessité , voire un progrès de l'Histoire. Perte sans doute la plus urgente à penser parce que abîmant si crûment l'humain, aggravant la non-vie , en même temps qu'elle parait compensée par tant d'avantages qui sont patents et par suite la recouvrent et la dissimulent : plus besoin de se déplacer, le numérique nous relie à tous et à tout.

Cette révolution de la présence ne fait qu'aller de pair avec d'autres migrations et renversements : migration des populations d'une région vers d'autres ou migrations projetées dans l'espace ou vers le capitalisme numérique ou la richesse vers les plus riches.

Le statut de la présence  en est bouleversé : d'intermittent , elle devient permanente , continue, ubiquiste et donc aussi désincarnée. Présence augmentée ou diminuée ? Si l'on peut télé-travailler , pourra t-on télé-vivre ? télé-consommer? télé-aimer?

2 Qu'est-ce qu'une perte ? Un constat : je constate que quelque chose m'a été ôté. Le terme s'étend de l'accidentel au structurel, du circonstanciel à l'existentiel. Elle se mesure comme se mesure la raréfaction des lecteurs dans le train ou du public dans les salles. Son caractère structurel fait que nous ne nous en relèverons pas sauf à s'insurger contre elle : elle procède de la mondialisation imposant le numérique comme produit phare du marché et va de pair avec une nouvelle ère du capitalisme. Elle se déploie ainsi du circonstanciel à l'existentiel.

Bien qu'intervenant au ras de l'histoire, elle nous fait toucher du métaphysique : car nous absentant d'emblée de nous -mêmes sans mêmes que nous l'éprouvions, elle nous prive de notre capacité la plus élémentaire d'expérience sans que nous l'apercevions.Nous ne percevons pas encore ce quelle dilapide d'essentiel concernant notre capacité de vie. 

Cette présence qui n'est plus effective , est une non-présence qui participe de la non-vie .

Car la vraie présence est renoncer et même un heurt : on tombe sur quelqu'un qui nous force à réagir. Désertent ainsi la présence ceux qui renoncent à ce que la présence les assaillent . t'ornant en rond dans le cercle coutumier , coïncidant de leurs pensées , ils demeurent incapables de toute percée hors d'eux mêmes pouvant seule les faire accéder à une présence les faisant effectivement rencontrer.

2 Qu'est-ce que la présence ? c'est la présence qui détache et fait ressortir du présent ; Sans elle le présent même nous échappe. Il est de l'ordre non de l'être, mais de l'événement . (d'ou plus il y a de télétravail, plus ill a d'événements) . Grand paradoxe de la philosophie : on ne peut vivre qu'au présent mais vivre au présent est impossible. Pout Saint Augustin : le présent est ce à quoi je suis attentif par opposition au passé, dont je me souviens et au futur que j'attends. Ainsi la meilleure façon de promouvoir dans nos vies un présent effectif est par avènement de la présence. Celle ci rompt avec le continuum indéfini de ma vie antérieure et me met en demeure d'affronter que de l'autre se présente à moi. Cet instant me rendra présent  en dépit de moi même. Ou  sinon cet autre n'est plus autre, il n'a plus sa qualité d'autre , je l'ai rendu semblable à moi et aliéné de lui même. Car l'actuel est don si l'on sait l'accueillir.

La présence n'est pas de l'ordre de la durée mais du surgissement; la permanence qui semble être une consolidation de la présence en est au contraire une déchéance.

 3 La télé-présence détruit l'effectif de la présence ,en tue ce qui en fait la force vive.Elle raye la venue en présence . Un clic suffit à la produire , la conscience n'a pas le temps nécessaire pour la réaliser. Sauf à se débrancher , elle peut se poursuivre en continu et s'éterniser. L'autre n'y est plus abordé, son altérité est gommée. Il ne surgit plus en tant qu'Autre, l'écran qui s'interpose l'a aménagé .

Grace au numérique ,on peut être beaucoup plus présent à tous et à tout : la présence virtuelle étend définitivement la présence jusqu'à la rendre universelle . En même temps, elle ne vous embarrasse plus , vous laissant libre de répondre ou pas et à tout moment de vous "débrancher."

Si on sent encore le dispositif technique, celui ci va s'estomper petit à petit jusqu'à disparaitre. La sensation de présence  nous habitera sans nous déranger: toute distance sera oubliée , toute médiation effacée. 

On ne considérera plus le réel que comme un cas particulier du virtuel.

Si l'on déplace la question de "l'être présent" à se "rendre présent", on comprend qu'on ne peut avoir accès à la présence qu'en se déplaçant. C'est la différence entre regarder un film sur écran chez soi ou aller au cinéma. Choisir la salle, son horaire, faire la queue mobilisent plus le désir , demandent un investissement. En faire l'expérience est à ce prix.

Il n'y a pas de présence sans qu'on ait décoincidé de soi-même pour aller à la rencontre.

La présence en même temps qu'elle singularise monopolise : je renonce à toute autre présence pour être présent ici. Je ferme mon portable , je rate des choses et c'est vrai . En cela elle apparait comme archaïque voire préhistorique mais elle se prévaut alors de ce qu'elle a d'exclusif . Le problème est de pouvoir accepter la perte : nous nous bourrons de de technique pour tenter d'en boucher la fissure. Nous ne savons plus mourir et c'est pourquoi nous ne savons plus vivre.

4 C'est dans la défense de l'effectivité de la présence contre la perte "contemporaine" ,  que se joue le destin de notre rapport à l'Autre, c'est à dire , au fond , ce qui est au principe de l'éthique.                   La présence n'est pas à confondre avec la proximité que l'on peut avoir sur l'écran ou dans le métavers. L'Autre se trouve enclos et figé. L'écart laisse penser à l'autre , à l'espérer et lui permet de pouvoir émerger. La présence effective sait ménager du lointain tandis que la télé-présence prétend supprimer tout lointain. 

L'entrée en présence de l'Autre qui, de même qu'elle ouvre pour moi du présent en interrompant ma morne continuité intérieure , est au départ de l'éthique en me forçant à dé-coincider de moi même. L'éthique ne peut plus simplement se penser en effet à partir d'un Moi autonome, maitre de lui même , comme l'a fait si longtemps la philosophie.Mais bien dans l'ouverture à l'autre, terme encore trop vague et qui est plus précisément cet événement de la rencontre. La présence relevant non pas de l'être mais de l'autre.

Le rabattement de la présence est le rabattement de la rencontre . Car le propre de la rencontre est d'abord qu'elle n'est jamais complètement prévisible dans son surgissement, même si j'ai pris soin de la préparer.    Or le numérique l'aménage si bien qu'elle est d'entrée aseptisée et amortie. La rencontre sur écran  doit d'abord être justifiée  , perdant ce qui fait sa capacité de survenir et de déranger.

Il n'est rien de plus fallacieux que le terme de présentiel fabriqué pour faire de la présence le simple pendant du distanciel, comme s'il s'agissait là de deux modalités équivalentes  donc interchangeables, répondant l'une à l'autre.

Ce que l'on peut retenir de sa facticité est qu'il faudra apprendre collectivement à la contenir dans sa niche en vue de la maitriser: à la tenir dans la société , non pas comme un substitut mais comme un pis aller. Ne pas se laisser prendre au piège de la conformité de plus en plus coïncidant de la pseudo présence numérique.

Le faciès est là sur l'écran mais le visage s'est effacé. Sera perdu du même coup la fête de la présence, en même temps que son affrontement.

Ainsi rencontre et présence sont-ils désormais des enjeux forts et même des concepts d combat pour le monde à venir. Car avec la perte de la présence , il n'y va rien de moins que de l'aliénation de l'humain. Il suffira d'un clic pour aménager l'autre, son altérité féconde s'étant éclipsée.aura disparu du monde , le regard de l'Autre débordant le monde et le fêlant d'infini.

vendredi 24 mai 2024

commentaires 105 Raviver de l'Esprit (1/3)

 



Nouvel opus du prolifique François Jullien (rien à côté de Michel Onfray) où il tente un diagnostic de l'époque sous l'angle particulier de la philosophie. Si tout un chacun s'émeut - à juste titre - sur le réchauffement climatique , c'est parce que ce phénomène  est spectaculaire : la terre se réchauffe et la vie pourrait se raréfier. Mais certains de ses effets sont non moins contestables et moins visibles.

# D'un clic  : tout aussitôt se réalise. L'homme n'aurait-il plus à faire effort. Cliquer c'est cocher mais c'est aussi zapper. C'est resté dans l'instantané le réactif. Ne plus patienter et ne plus persévérer : dès que cela ne m'attire plus je saute. En cliquant , on reste chez soi , on ne s'aventure plus. Dès lors qu'est-ce que je peux rencontrer du monde ? Cette commodité du clic a donc son envers. En plus le stress, ce mal généré par la technologie , c'est à dire l'opposé de la fatigue venant de l'effort intellectuel ou physique n'est jamais loin.

Par ce dispositif et son confort s'organise une paresse, on désapprend des choses, sans s'en rendre compte mais quoi ? Le spectacle en continue , on ne cesse plus de le regarder et cette profusion nous rend prisonnier. Ainsi ce gain se retourne en perte: à pouvoir indéfiniment choisir, one ne peut plus choisir.

La crise , terme le plus admis en Europe pour qualifier notre époque , marquée par l'idée religieuse jamais totalement évacuée , se vit très différemment en Chine. Si l'événement focalise, passionne  et fait saillie c'est parce que c'est sur lui que se braque l'attention. Alors que la transformation silencieuse procède elle d'une logique inverse : elle se déploie sans bruit et on en parle pas. Le réchauffement climatique est le grand événement sonore de notre époque mais quand en est-il d cela vie de l'esprit et de son abattement ?

S'aperçoit-on que les autres ressources de l'esprit pour des raisons analogues au climat , sont en train de s'atrophier et de se raréfier. Ce phénomène est à l'intérieur de nous mêmes, à notre esprit , ce pourquoi on est sans distance pour l'analyser. Pourtant les effets visibles s'accumulent : chute de la lecture, perte de la présence, étiolement du sujet... 

La question devient cruciale : peut -il y avoir vie proprement humaine sans que celle soit également vie de l'esprit ?

De là il incombe à la philosophie , après avoir critiqué la pensée métaphysique et religieuse qui l'a précédée et qui exaltait l'Esprit par rupture d'avec le monde , mais maintenant en retrait , de repenser ce qu'est la vie quand elle ne se borne pas au vital, quand être en vie n'est pas seulement ne pas être mort.

ou comment penser l'invisible de l'esprit sans qu'il renvoie à l'Invisible  ? Il faudra penser une vie dont le contraire n'est pas la mort, lais ce que Jullien nomme la non vie. Une vie alerte,  en essor, la vraie vie. Or ne sombrons nous pas, petit à petit, sous le régime du numérique, par transformation silencieuse dans la non-vie , sans même nous en rendre compte??

C'est la tâche du philosophe contemporain de répondre à ses questions, ne s'occupant plus seulement d'idéalité et de raison pure. Sa tâche n'est pas de commenter le présent (journaliste), ni de le jauger pour l'évaluer à se fins (politiciens), ni de le blâmer (moraliste) , il s'agit de se décaler pour ne pas s'accorder à la mesure du présent , ni de de s'en référer à l'idéalité du passé. Savoir suffisamment se décaler : se décoincider de ce présent pour retrouver une initiative , y trouver une prise pour y produire du commencement. En décoincidant de ce qui s'impose à nous du présent et qui bloque ce présent, de pouvoir y rouvrir des possibles qui donnent à y travailler et remettent ce présent en chantier. 


# L'adieu au Livre : le livre support de notre civilisation depuis un millénaire est en train de s'effondrer en une génération. Il est à la fois le produit d'un montage articulant des énoncés, relève d'un métier , requiert des savoir-faire et a l'ambition de forcer les limites du dicible , il porte le destin du monde.

En quelques décennies il est passé de l'âge de la commercialisation légitime à l'âge de la merchandisation forcée. Un livre n'est plus publié sur ses qualités intrinsèques mais conçu en fonction de la vente attendue qui fait sa justification. Le livre qui marche bien est celui qui trouve aussitôt sa place sur le marché , facile à traiter par les journalistes, coïncidant avec son époque car s'emboitant avec les thématiques  du jour : le care, le vert, la planète, la résilience... Sont  donc mis de côté les livres décoincidant vis à vis d'une attente et d'une attention déjà formée.

Un vrai livre celui qui donne à lire, à penser n'est plus de l'époque car les livres sont achetés souvent pour ne pas être lus. L'effort de lecture existe-il encore ? L'exigence vient aujourd'hui non plus renforcer mais discréditer le statut d'un livre. 

Pourquoi  la lecture est- elle en retrait , quelles qualité requises par elles sont elles en retrait : l'assiduité répondant à la patiente continuité de lire; l'attention pour épouser le "fil du texte"; être pensif : on lit intérieurement en ouvrant les yeux de l'esprit

Lire sur écran n'est pas la m^me chose qu'un livre : on n'entre pas dans l'épaisseur du livre; un clic est beaucoup plus volatile que de fermer et reposer un livre. L'écran veut capter d'emblée, il ne permet pas de relever la tête : le texte demande à être consommé , sitôt affiché.

C'est pour cette lecture pensive qu'il faut se battre pour développer l'esprit fait de patience et d'exigence.

dimanche 28 janvier 2024

Commentaires 104 L'hypothèse K

 

Un livre assez indispensable sur l'approche de la catastrophe écologique : quel est ou pourrait être le rôle de la science dans ce combat ? Un livre en deux parties : 1- déconstruction du mythe scientifique 2 - l'hypothèse K ou comment penser un nouveau rapport entre  science et technique.


1- Déconstruction du mythe scientifique

# Tout d'abord Aurélien Barreau plante le décor : le drame écologique n'est ni un une crise climatique, ni un délitement social mais bien une catastrophe civilisationnelle . A la fois effondrement de la vie et perte de sens. Ni plus, ni moins. La science en atteste et  le démontre de façon indiscutable aujourd'hui : les populations animales s'effondrent, les végétaux sont en grand stress, les fonds marins et leurs écosystèmes dévastés, les mégafeux se répandent dans le monde. Elle permet également de comprendre que le réchauffement climatique n'est qu'une petite partie du problème , une conséquence plutôt qu'une cause de notre système de transformation du réel en déchets. Se focaliser dessus n'est qu'un moyen de se rassurer car la crise est fondamentalement systémique. La physique permet ainsi de comprendre que les déchets de dioxyde de carbone émis sont si nombreux , qu'ils sont à l'échelle humaine, "définitivement présents".

# Le constat est scientifiquement établi (et presque plus contesté) : les énergies fossiles commençant à se raréfier , il y aura inévitablement décroissance (au sens économique) . Si cette décroissance imposée n'est pas associée à une volonté déterminée de réduire et réorienter la consommation, la catastrophe sera totale : écologique et sociale. Il n'est donc pas possible d'augmenter le PIB et d'en  diminuer les méfaits sur l'environnement. 

# Si la science permet de mesurer, prédire avec un certain degré de fiabilité cette catastrophe , elle ne constitue qu'une manière parmi d'autres de faire un monde. Ni les symphonies de Mozart, ni les poèmes de  Villon ou la prose de Proust ne s'appuie sur elle. Elle demeure muette quant à ce qui est désiré. Toute puissante quand il s'agit d'améliorer le fonctionnement, elle a beaucoup plus de mal quand i'l s'agit d'en changer le but et non plus seulement de gagner la partie. Elle est démunie quant à la bonne direction à choisir. Et attention car la dimension scientifique d'un objet lui confère dans nos sociétés une sorte de valeur magique . La science permet d'atténuer certaines conséquences d'innovations techniques (aujourd'hui l'IA) mais demeure muette quand il s'agit de penser l'effondrement de notre puissance d'être, indépendamment de tout usage délictueux ou mal intentionné. L'efficacité de notre civilisation à effacer l'altérité est sans équivalent.

Tout détruire et tout raser, exterminer les espèces, brûler les forets et préparer les guerres ns constituent pas une erreur scientifique. Il fait modifier le carcan axiologique voire ontologique. La science n'est pas coupable de tous nos maux mais a partie liée avec une vaste entreprise de chosification.Le recours systématisé à l'argument d'autorité scientifique est dramatique car l'essentiel des problèmes que nous traversons ne sont pas scientifiques. La science est "instrumentalisée" , a ses accointances avec la classe dominante , est aux commandes et se profile une société technocratique sans visée et sans désir, sans intention et sans projet. La question : comment infléchir la science pour la rendre vertueuse?

# Nous sommes malades du logos : superbe logos qui a ouvert les portes de la rationalité. Mais aussi terrible logos qui a desséché et binarité les modes et les mondes de l'Etre à l'autre. La modernité occidentale se situe au coeur d'une alliance de fait entre science et technique . A l'évidence le développement tumoral de la technique constitue un des moteurs les plus dévastateurs de la catastrophe en cours, ce vers quoi nous nous tournons sans la moindre interrogation pour résoudre la catastrophe en cours. Si la science est axiologiquement neutre , elles se trouve ontologiquement engagée. 

#Depuis des déceenies tous les champs cognitifs ou presque se revendiquent comme scientifiques. C'est le gage de sérieux, comme si tout se réduisait à elle . A quand le littérature ou la musique scientifique? Comme si la vérité, qui vient de la mémoire et non de la rectitude se réduisait à elle. Mais s'il s'agit de comparer des conséquence de la catastrophe en terme de privations. Ne peut -on opposer la liberté de disposer d'eau potable, de disposer d' un air respirable d'une partie de l'humanité à celui de jouir de luxes et d'addictions d'une autre partie.

# Quelque chose a été manqué : l'extraordinaire puissance révolutionnaire de la science (le mot vient de Copernic)  fut travestie et délaissée. La désimpérialiser, lui redonner sa puissance révolutionnaire, la changer d'axe., pour lui faire redéfinir le monde. Le rôle essentiel de la science consiste "à inventer des êtres nouveaux "Bruno Latour. 

2 - l'hypothèse K ou comment penser un nouveau rapport entre  science et technique.

#L'occident n'a pas oublié la transcendance. Il a fait pire, il a transcendantalisé son immanence. 

#Si prométhée est triste, plus que la colère de Zeus, que la bêtise des humains, c'est de n'avoir pas compris la dynamique propre de son joyau : d'avoir cru que l'outil n'était qu'un outil, d'avoir négligé l'autonomie de la technique .

#Si nous ne vivons pas sour la domination des Terminator, ne sommes pas les esclaves de ski net, une certaine indépendance technique aux conséquences délatrices s'est lentement déployée. Le pullulement  technique est devenu l'un des facteurs essentiels de l'effondrement des conditions d'habitabilité, En un sens , nous sommes devenus les hôtes consentant d'un processus qui nous dépasse largement. Des machines construisent des machines, des programmes conçoivent des programmes. 

# Nous sommes partiellement devenus les esclaves - au moins les serviteurs - d'un processus expressément parasitaire. 

# L'hypothèse K : un développement littéralement cancéreux de la production technique . Mutation, métastases , prolifération, les cellules malignes vivent leur propre mécanisme de sélection.Elles échappent à l'homéostasie comme à la sénescence. Une sorte de méta Nacer, qu'il s'agit d'affronter. 

Penser le développement technique comme un processus métastatique : le prométhome. 

Il est évident qu'il n'est ni utile , ni souhaitable de détruire les machines.

L'oncologie nous apprend que face à un ennemi de cette taille il n'existe aucune solution simple et unique.Il ne suffit pas de traiter les effets. Tout autre chose est nécessaire. Ol s'agit de reconsidérer notre finitude , nous ne sommes pas Dieu. Décroitre n'est pas mourir. Habiter poétiquement le monde.

La science attend d'être pensée et non plus utilisée.


jeudi 19 octobre 2023

Commentaires 103 Pourquoi la démocratie a besoin de la religion ?

 


Encore plus petit que le dernier livre de Peter Sloterdijk (72p) et d'une certaine façon complémentaire de son point de vue tous deux rendent hommage à Bruno Latour), Harmut Rosa défend la thèse que notre société démocratique pour continuer à fonctionner et à faire face à ses problèmes systémiques a besoin, non pas des institutions mais de la  pratique religieuse. Elle peut les aider sur le plan politique et spirituel.

#Notre société obligée sans cesse de croitre , d'accélérer, de se propulser en permanence, a perdu le sens du mouvement , elle est dans une situation de crise.

En parallèle la pratique religieuse ne fait que reculer au point où l'on peut s'interroger de savoir si l'Eglise n'est pas le reliquat d'une autre forme de société, d'une autre forme de relation au monde.

Les sociétés pré modernes couvraient les propres besoins et avaient un sens assez exact de ce qu'il fallait pour survivre. Mais avec le temps ,on constate qu'elles ne sont pas statiques : elles sont traversées d'innovation et de changements qui vont souvent de pair avec l'accélération de la croissance.

#La dépense croissante d'énergie : Les êtres humains ont besoin d'énergie pour générer de l'énergie. Pendant des millénaires, ils ont produit la quantité nécessaire pour atteindre leur but: survivre. Puis en intégrant des innovations successives en pratiques culturelles, ils ont progressivement appris à produire plus à partir de la même quantité d'énergie de départ (capture d'énergie)

Le problème de notre société est de dépenser toujours plus d'énergie pour maintenir l'état des choses existantes . C'est irrationnel! Il faut toujours faire plus de croissance, augmenter la production, innover en terme de produit ou de processus productif.

Le leitmotiv est : il faut de la croissance , mais que voulons nous faire croitre exactement? Face à la crise climatique, à l'érosion des sols, à l'épidémie de surpoids, à la récente pandémie, la croissance est-elle la meilleure réponse? 

La croissance ne produit que de la simple avidité , du vouloir plus et l'ensemble de l'édifice social ne tient plus sans elle car sans croissance on détruit des emplois, on baisse les recettes fiscales et on augmente la recette publique, on ne peut plus maintenir ni la retraite , ni l'assurance maladie. 

Par conséquent nous vivons dans un système où sans cesse nous devons aller plus vite, il faut accélérer. Nous devons produire plus, nous avons besoin de toujours plus d'énergie  pour maintenir l'état de choses existant. 

#L'épuisement des énergies : Nous les êtres humains, devons aller toujours plus vite ce qui implique une organisation sociale qui engendre systématiquement un rapport d'agression au monde. Chaque année nous devons faire un plus, les industries doivent produire un peu plus, ce qui engendre un rapport d'agressivité de notre environnement..

C'est vrai aussi en politique où l'agressivité croit de façon manifeste. Celui qui pense différemment n'est plus simplement regardé comme un interlocuteur mais comme un ennemi répugnant qu'il faut faire taire.

Cela se reflète enfin dans le phénomène de burn out ,l'épidémie de burn out , où il s'agit également d'une problématique d'énergie psychique . Nous avons créé un problème d'énergie pour le climat  et un problème d'énergie pour le psychisme : les deux s'épuisent .

#L'immobilité fulgurante : l'augmentation de la dépense d'énergie a été un des moteurs essentiels pour créer toutes les ressources dont nous disposons aujourd'hui ; en augmentant la force de production (Marx) une pacification de l'existence a été possible . Une illusion/promesse  également est née : en exploitant la nature nous réussirions à combler tous nos manques, nous serions sortis de la précarité et nous n'aurions plus besoin de nous battre au quotidien. Nous savons aujourd'hui que ce n'est pas vrai tout comme ce n'est pas avec le progrès scientifique que disparait l'ignorance.

Avec le réchauffement climatique la lAujourd'hui les gens se prennent mutuellement pour seutte concurrentielle et mondialisée va devenir de plus en plus aiguë. La concurrence va se durcir par l'amenuisement des ressources.

Parallèlement le non savoir augmente : plus la nourriture est abondants , plus on doute de ce qu'il contient de manger ou non (intolérances) , plus nous savons des choses  sur la grossesse plus la peur de l'accouchement augments, plus nous savons des choses dans tous les domaines, plus l'insatisfaction augmente et ce dans tous les domaines.

Nous ne sommes plus convaincus d'aller vers une vie bonne grâce à la croissance, d'aller vers un rapport épanoui au monde. La promesse ne tient pas.

Si le système de société moderne, la modernité a bien réussi c'est parce que les gens avaient le sentiment de travailler pour un avenir meilleur . C'était une conviction profonde, intergénérationnelle et interclasses.

Aujourd'hui, l'ambition est à la baisse et la conviction de la Silicon valley est plutôt de tout faire pour que la vie de la génération suivante ne soit pas beaucoup moins bonne que la notre.Les enfants sont convaincus qu'ils ne pourront tenir ce niveau de vie et l'intègrent déjà dans leur mode de vie 

"C'est un point crucial à mes yeux. Nous n'avons plus le sentiment d'aller vers un avenir prometteur , nous fuyons plutôt un gouffre qui se rapproche dangereusement par derrière."

L'immobilité fulgurante c'est de devoir courir plus vite chaque année pour ne pas tomber dans le gouffre qui nous rattrape de plus en plus vite notamment avec la crise du climat.

#Le besoin de religion : la démocratie ne fonctionne pas sous ma modalité de l'agressivité. Il ne suffit pas que ma voix s'exprime, encore faut il que des oreilles l'entendent. Aujourd'hui les gens se prennent mutuellement pour des idiots et cela devient pesant quand on veut tout miser sur la démocratie, crédo de notre société.

Max Weber définit la probité intellectuelle comme le fait d'entendre qu'il y a peut être chez mon interlocuteur des arguments qui me concernent, qui ont quelque chose à m'apporter. Pas seulement : "j'ai quelque chose à te dire " mais aussi "tu as quelque chose à me dire", "je veux me laisser atteindre par toi"

L'idée républicaine de la démocratie est que cette atteint réciproque engendre une transformation réciproque.

La démocratie a donc besoin d'in coeur quoi écoute , sinon elle ne fonctionne pas.(Salomon)

Ce sont justement les religions (ou organisation spirituelles) qui disposent de narrations, de réservoirs cognitifs, de rites, de pratiques et d'espace où un coeur peut s'exercer à cette écoutée peut être en faire l'expérience. 

La thèse fondamentale de rosa est : nous devons nous laisser appeler.

Notre disponibilité à l'appel est en crise et cela se traduit tout autant dans la crise de foi que dans celle de la démocratie . 

Comme le dit Bruno Latour : "le plus important est que nous arrêtions"

# La résonance comme vecteur de ma transformation : le lieu ou quelque chose de neuf advient.          Je ne sais pas du tout ce qui va advenir en étant appelé, ainsi commence un moment de résonance avec 4 composants déterminants :

- un moment qui vient me déranger, une transgression : pas un moment d'harmonie, cela ne peut pas être ce que j'ai toujours pensé ; cela signifie entendre un résolument autre , et cela peut tout à fait donner lieu à des frottements .

- resentir la connexion : ce que je fais entre en relation avec cet autre. ; quelque chose m'atteint m'appelle  et je réponds; je  constate qu'une connexion se crée du fait que je suis en mesure de réagir à ce que je reçois. L'attitude physique, l'orientation du regard changent , les yeux s'illuminent : nous réagissons à l'appel, nous en faisons quelque chose et nous sentons vivants à cet endroit là.

Le moment où je me sens vivant est exactement celui où je ne suis pas seulement appelé par quelque chose mais où je constate aussi que je peux faire quelque chose avec ce qui m'atteint, avec la voix , la musique que je rencontre.

- réagir de façon auto efficace à ce qui nous a touché : c'est le moment de la transformation. Je commence à voir le monde autrement ou à penser différemment. Le burnout est précisément l'état où je ne suis plus capable de résonance.

- il n'est pas possible de forcer ce moment : plus les gens montrent ostensiblement de l'enthousiasme, moins il y a eu de résonance. La résonance n'est pas un mode d'optimisation. 

La nativité chez Hannah Arendt : soudain une nouvelle idée à laquelle je n'avais pas pensé nait.

Conclusion : la religion dispose de tels espaces , elle aspire à les proposer. Elle dispose d'éléments qui peuvent nous rappeler qu'un autre rapport au monde que celui visant la croissance et l'exploitation est possible. Elle propose une autre conception du temps qu'un rapport économique . Un autre rapport à l'espace aussi : quand on rentre dans une Eglise, il n'y a rien , que l'on puisse s'approprier, acheter: la modalité de l'agression n'y trouve pas d'objet. 

Les meilleures interprétations religieuses sont fondées sur l'idée et la mise en présence de relations de résonance.

L'idée qui sous tend tous ces gestes et rites est toujours de nous permettre d'établir un lien, une relation de résonance avec le monde et avec un autre monde. Quelque chose me touche et libère en moi une force de transformation.

La Religion puise sa force intrinsèque dans le fait qu'elle offre une sorte de promesse de résonance verticale, dans le fait qu'elle dise : mon existence n'est pas fondée sur un univers muet, froid , hostile ou indifférent, mais sur une relation répondante.

La Bible, la foi , l'Eglise formulent cette promesse : il y quelqu'un qui a pensé à toi, qui t'a appelé toi, qui t'entend, même si l'on ne peut disposer de lui ici et maintenant.

La question de savoir si Dieu existe , s'il existe un épreuve , si la Bible explique le monde ne l'intéresse pas , ce qui l'intéresse c'est le type de relation au monde qui nait dans la pratique religieuse.


samedi 7 octobre 2023

Commentaire 102 Le remords de Prométhée

 

Très joli livre de Peter Sloterdijk qui retrouve le champ politique et des thèses assez proches de son ami Bruno Latour sur comment penser un futur  "post-anthropocénien". L'originalité du livre est dans sa méthode : revisiter un mythe fondateur de notre humanité, Prométhée , en faire l'analyse , pour en mieux le déconstruire et repenser notre "métabolisme avec la nature".

# Pour Sloterdijk, le mythe de Prométhée est ce que Bernard Stiegler appelait un "pharmakon", c'est à dire autant un remède qu'un poison. Remède car en découvrant le feu l'homme découvre comment maîtriser  l'énergie pour faire cuire ses aliments et forger des armes affutées (d'abord pour chasser et se défendre des bêtes puis des hommes). Poison de par le développement exponentielles de la puissance dégagée par l'association de ce  processus pyrotechnique aux forces  musculaires externe (humaines, animales ou mécaniques)

#A l' époque des chasseurs cueilleurs, ceux ci  sont encore trop faibles pour détruire la capacité de reproduction de leurs proies et les cycles de croissance de leur environnement végétatif : il existe alors une sorte de réciprocité entre l'homme et la nature. Ils ne comptent que sur leur puissance musculaire interne au moment de la découverte du feu.

#La découverte de l'extension de la chasse de la proie animale à la chasse de la proie humaine va constituer une première révolution : celle de l'instauration de l'esclavage en parallèle à la domestication des animaux. A la force musculaire interne à l'homme vient alors s'ajouter la force externe , celle de l'esclave ou de l'animal. Si bien que la somme des dépenses musculaires dans un système agro impérial résulte avant tout des prestations fournies par les esclaves. L'histoire des installations motrices mécaniques ne commencent pas avec les moulins à eau du Moyen Age mais avec l'esclavage.

#Se raconter sa propre histoire comme un processus de libération progressive fait partie des mythes de la modernité . Avec les machines qui convertissent ce qu'on appelait "la force vapeur" en énergie cinétique s'ouvre un nouvel horizon à partir du 17ème siècle.Dans les chambres de combustion, ce que l'on brule  n'est plus seulement le bois des forets ou la tourbe ou le charbon de bois mais le charbon puis le pétrole.

La foret souterraine de la terre devient l'objet d'une sylviculture hybride sans plantation  ni entretien durable de la forêt. Ainsi les civilisations modernes ne sont en réalité que les effets d'incendies de foret que les gens d'aujourd'hui allument dans les reliques de l'antiquité de la terre.

Un siècle plus tard le charbon était devenu l'agent primaire d'une industrie insatiable caractérisée par la métallurgie et à laquelle l'Angleterre devait sa position dominante au monde.

Chaque fois que l'on parlera désormais d'augmentation, de multiplication  et de croissance , l'énergétique jouera un rôle essentiel; est alors appelé réel ce qui contient de la force et le monde est représenté comme un grand chantier de forces agissantes. 

En alliance avec les progrès de la technique mécanique, la marchandise énergie (produite à partir du charbon minerai) deviendrait toujours meilleure marché que la marchandise main d'oeuvre, ce qui expliquerait pourquoi le métabolisme de l'homme avec la nature se décalerait toujours du côté de la machine.

Presque personne ne conçoit à l'époque que ce grand incendie allait avoir un autre effet que celui de l'épuisement des ressources, notamment la permanence de particules excédentaire de CO2 dont l'accumulation d'abord imperceptible s'était ultérieurement condensé en un phénomène appelé "changement climatique "

Une nouvelle formule entra alors en vigueur du métabolisme de l'homme avec la nature : pouvoir de commandement plus main d'oeuvre plus système de machines motrices plus vecteurs d'énergie fossile plus déchets ou émissions.

Prométhée est tout à coup contraint de comprendre qu'il a raison d'avoir honte.Il n'avait pas prévu que le feu qu'il avait rapporté  du char solaire sur la terre allait se transformer en un gigantesque incendierai consumerait le monde dans un nombre incalculable de foyers.

mardi 14 février 2023

Commentaires 101 : Le Temps des peurs


 J'ai souvent apprécié les livres de Michel Maffesoli même si je ne partage pas toujours les outrances des partis pris ou sous entendus politiques qu'il véhicule . A partir d'une solide culture sociologique  et philosophique , il s'est construit sa grille de lecture et s'avance , livre après livre dans une analyse de ce qui fait notre société contemporaine, tant dans son organisation de pensée , de pouvoir que dans ses contre- manifestations , ses signaux faibles que l'on entend de plus en plus depuis les gilets jaunes , le Covid.

Ici, il s'agit de partir des peurs qui ravinent de plus en plus l'ordre établi de notre société pour démonter  la "tyrannie médico-politique qui s'exerce derrière au moyen d'une stratégie de la peur". Il en vient tà parler de "totalitarisme doux" pour qualifier une politique qui vise à tout prix à éradiquer la maladie sans toujours prendre soin du malade, du moins de sa personne.

Il rapproche volontiers Esprit des Lumières et Terreur comme d'autres Weimar et Buchenwald pour signifier comment à partir du totalitarisme , le pouvoir voit du complotisme et tente de museler la liberté d'expression.

Mais ce qui l'intéresse vraiment c'est "ce qui est en train de cesser, ce qui est en train de naitre".Depuis longtemps , il l'annonce une renaissance est en cours . Elle marquerait la fin de l'ère moderne , celle du progressisme , d'abord ancré dans le religieux , puis dans un matérialisme de plus en plus individualisé qui marque son échec. Et l'arrivée d'un monde multipolaire, que ce soit en termes géopolitiques ou dans l'ordre de la socialité , appelant le retour du spirituel et l'avénement d'une harmonie conflictuelle rappelant que le bien et le mal , la vie et la mort , s'interpénètrent continuellement .

Notre période troublée rappellerait celle de l'an 1000, des grandes peurs millénaristes, celle du XVème siècle et de la guerre de 100 ans ou celle du XVIIème , toutes ces périodes intermédiaires, qui connurent épidémies , famines et guerres, un avant regretté et un après renaissant. 

"Ainsi le pouvoir a pu jouer sur la crainte de l'enfer et du purgatoire mais depuis la philosophie des Lumières, il s'est employé à sauver le monde à la place de Dieu."

"Les périodes de troubles sont des moments dans lesquels s'élaborent secrètement de grandes choses."


jeudi 9 juin 2022

Commentaire 100 : Le Déclin du Courage


 C'est durant l'hiver 1977-78 qu'Alexandre Soljénitsyne, alors réfugié depuis deux ans aux Etats Unis prononce ce discours à l'Université de Harvard. Un simple discours prononcé devant des étudiants pour clôturer l'année, une bombe en réalité qui allait marqueront distance définitive entre l'ancien prisonnier du Goulag et l'intelligentsia occidentale.

Une bombe car il annonce clairement mais fortement que l'occident dominant et triomphant, cherchant à exporter  son modèle à la planète entière repose, en réalité , sur une idéologie totalement dépassée, épuisée . Une sorte d'anti modèle reposant sur un humanisme sans limite, confondant le droit et la moral , ayant éliminé toute figure héroïque , toute notion de courage, toue place à la spiritualité pour une illusoire jouissance éternelle. 

Il prônerait une stabilité infinie de l'histoire, montrerait chaque jour son incapacité à se remettre en question à accueillir des nouveaux courants de pensée, des nouvelles cultures et serait dès lors bien incapable de relever les multiples défis du futur . Ainsi bien incapable de se réinventer , il courrait le risque d'imploser au prochain conflit.

Une bombe vous dis-je !

Une bombe inaudible à l'époque, qui explique assez bien comment et pourquoi les intellectuels, plutôt conservateurs (!) se sont détournés de lui.

Une bombe qui en explosant dans l'atmosphère près de 45 ans après, nous éclaire sur beaucoup de nos difficultés dans un monde devenu multipolaires avec de nouvelles puissances, de nouvelles idéologies et toujours notre difficulté à nous projeter sur une future période , nécessairement différente où la spiritualité devra prendre sa part pour que l'homme retrouve un peu de dignité et de capacité à vivre en harmonie avec la nature ; notre difficulté à le penser et aussi le manque de courage de le mettre en oeuvre.

Un petit livre mais un grand discours!

mardi 12 avril 2022

Commentaires 99 Jung vu par Frédéric Lenoir 3/3

 




Jung est un des plus grands penseurs du XXème siècle et on toujours un peu de mal , surtout en France à s'en apercevoir, ce pourquoi Frédéric Lenoir lui a consacré un livre à la fois clair, pédagogique et brillant.

Dans cette dernière partie Frédéric Lenoir tente d'exposer le processus d'individuation c'est à dire le coeur de la pensée jungnienne, sorte de clé pour la réalisation du Soi. Pour y parvenir il va proposer un cheminement que l'on peut synthétiser ainsi : passer de la persona au moi, apprivoiser son ombre,  intégrer son animus et son anima et harmoniser les contraires. Le tout est d'arriver au Soi représentant la partie divine en nous , située symboliquement en notre centre. Plus qu'un travail psychologique de développement personnel , le processus d'individuation est un cheminement spirituel.


# Le Soi : le processus est impulsé par le Soi qui est le centre organisateur d'où émane l'action régulatrice. Le moi étant l'élément complexe auquel se rapporte tous les contenus de conscience . Aussi le degré du développement du Soi dépend de la bonne volonté du Moi à en écouter les messages.

L'évolution du Soi se vit à travers une succession de mutations, de passages, d'épreuves, de confrontations entre le moi et le Soi.Le moi existe et le Soi est une entité à découvrir.

Il est le foyer d'où jaillissent archétypes et symboles. C'est le centre de la personnalité qui par définition ne cesse de changer. Il nait d'un besoin profond de sens ou de changement de sens en fonction des différentes étapes de la vie : de s'établir dans le monde dans une première partie de vie , puis de réévaluer ces valeurs de jeunesse dans une seconde partie (mi vie) pour intégrer des aspects moins développés de la personnalité.

Il est convaincu que l'organisme psychique a pour finalité de s'auto réaliser, d'aller vers la complétude. Relier le moi au Soi est une démarche personnelle délicate qui demande beaucoup d'énergie., obligeant sans cesse le moi à se dépasser à travers de nouvelles prises de conscience.

L'âme est un système en équilibre entre les deux pôles du moi et du Soi et son centre est le lieu de rencontre avec le divin. Ce processus est une façon d'expérimenter le divin à l'intérieur de nous. 

"Si un homme se connait soi même alors il connaitra Dieu " => L'unicité de sa personnalité, en unissant à la fois des mondes collectifs et individuels, conscients et inconscients, lui permettra d'accéder aux vérités essentielles.

#Les langages : au delà des mots c'est par l'intermédiaire d'autres outils de langage tels que les symboles , que le processus d'individuation peut se faire.

-Les symboles : il renvoie à une autre réalité que lui même, quelque chose de vague, d'inconnu .C'est une parole qui remonte des profondeurs du Soi avec une énergie puissante. Ils révèlent et unifient, activent une énergie primitive refoulée. Il existe des symboles éternels tels que la lune, le soleil, le cercle...Le symbole comporte une part de mystère.

- les archétypes : ce sont les thèmes qui reparaissent toujours dans les mythes, les contes ou la littérature. Ils font parti d'un d'un héritage individuel et collectif. Un archétype devient actif quand un certain manque dans la sphère consciente demande une compensation de la part de l'inconscient. dieu est un archétype

- Les mythes : au contraire des archétypes vides de représentation  et particulièrement difficiles à définir avec des mots , ces récits sont riches en images , en mots et en symboles, principalement  autour des dieux et des héros. Si l'archétype est la trame de l'histoire, le mythe en est le contenu.En dévoilant des éléments de l'ordre du primitif , le mythe nous fait plonger aux origines du monde et de l'humanité.Ils ont une fonction sociale de communication et de cohésion entre les individus.

L'utilisation des symboles permettait aux anciens de s'interroger sur leur destin et d'accéder à des vérités profondes cachées.Les dieux et les héros d'autrefois représentent les névrose d'aujourd'hui  et en ce sens le mythe recèle un effet thérapeutique indéniable. 

#Les médiateurs : tous ces éléments d langage permettant une forme de communication et du lien entre les individus surgissent à travers des médiateurs que sont : les synchroncités, les rêves, l'imagination active et les rituels. 

#Le cheminement : à l'origine la persona est pour Jung, "le système d'adaptation ou la manière à travers lesquels on communique avec le monde.

- De la persona au moi : La persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité mais ce que les autres et lui même pensent qu'il est . C'est un partenaire du moi idéal pour communiquer et établir des liens avec le monde extérieur e organiser des relations. En même temps que l'individu se croit obliger de jouer des rôles, ces derniers vont lui permettre de se rassurer et de se protéger des autres.                                  Quand la persona, partie visible de  la psyché reflète le moi profond de l'individu, tout va bien. En revanche quand la persona créée pour s'adapter à une situation n'a rien à voir avec la vraie personnalité, alors un déséquilibre se crée. C'est pour cela que la persona est supposée être représentative de la personnalité réelle.

-Apprivoiser son ombre : les rêves, l'imagination dévoilent certains aspects de notre personnalité qui restent tapis au fond de nous et que nous avons préféré ne pas voir : notre ombre. Elle représente la partie inférieure de notre personnalité, regroupant tous les éléments psychiques personnels et collectifs  qui , incompatibles avec la vie que nous avons consciemment choisie, n'ont pas été vécu et s'unissent dans l'inconscient. Apercevoir son ombre, c'est identifier ses défauts ou ses tendances inavouables, ceux que l'on voit très facilement chez les autres mais que l'on refuse de reconnaitre chez soi, nos mauvais compagnons. Le meilleur indice d'une tendance de l'ombre est la colère qui nous vient après une remontrance d'un proche suite à une de ces manifestations. Pour Jing nous ferions mieux de reconnaitre en l'autre notre propre ombre, de l'aimer à travers lui plutôt que de l'en accuser.

"Ce n'est pas en regardant dans la lumière qu'on devient lumineux mais en plongeant dans l'obscurité"

"Un homme qui n'a pas traversé l'enfer de ses passions, ne les a pas non plus surmontées."

- Intégrer animus et anima : sont des archétypes influents, régulateurs comportement de l'homme et de la femme; l'un est la personnification de la nature masculine dans l'inconscient et l'autre de la nature féminine.A l'instar de l'ombre cette double figure est un complexe psychique  qui se manifeste comme une compensation.Ils fonctionnent comme des ponts menant à des images de l'inconscient collectif . Ils représentent deux fonctions différentes de l'âme : l'aspect logos ( esprit, volonté, engagement, autorité, combativité, puissance, verbe et l'aspect éros (émotion, sentiment, tendresse, sensibilité, intuition)

- Harmoniser les contraires : pour Jung le moi se construit dans cette tension des opposés et tend à s'équilibrer énergiquement , sans qu'on en ait conscience; cette tension présente un grand intérêt puisqu'elle est génératrice d'une formidable énergie  psychique permettant de passer à l'action.                        La psychologie repose sur l'équilibre des contraires : dans une société saine , il est normal que les gens soient en désaccord, il est habituel que les gens soient en désaccord , car il est relativement rare qu'un accord général s'établisse immédiatement, instinctivement. mais ce n'est pas une fin en soi et l'accord est aussi important. "C'est seulement ici ,dans la vie terrestre où se heurtent les contraires, que le niveau général de conscience peut s'élever. Cela semble être la tache métaphysique d l'homme."                             Seul l'Amour peut permettre cette réconciliation. C'est dans l'amour que les contraires rentrent en connivence et en complémentarité, même si l'homme , en tant que partie, ne pourra jamais vraiment comprendre le tout. L'amour est pour lui le grand mystère  qui exprime tout, supporte tout, excuse tout, comprend tout, inclut tout. "Dieu est amour".