mercredi 23 septembre 2020

Citation 107: Jean Paul Kaufmann


"Je suis comme eux: s'il ne pleut pas je souffre. On partage les mêmes inquiétudes. la notion de durée a changé pour moi."
in Venise à double tour, Jean Paul Kauffmann, Folio, 2020.

mardi 22 septembre 2020

Commentaire 57 Rendre le monde disponible 2/2

#Rendre disponible ou laisser advenir ?Le conflit fondamental illustré par 6 étapes de vie
- La Naissance : la planification et la réalisation du désir d'enfant : le fait d'avoir ou non un enfant n'est plus un "destin". La qualité génétique dos biologique de l'enfant : de nombreuses méthodes d'investigation permettent de voir si l'enfant correspond à notre désir; l'angoisse de l'accouchement grandit au même rythme que l'indisponibilité" et les risques perçus éprouvés comme une impuissance.
Il en va de même des dispositifs de sécurité : plus il ya de caméras de surveillance , de système d'alarme, moins les individus se sentent en sécurité.Cela sape la confiance que l'on a en sa propre efficacité.
- L'Éducation : l'évolution de l'enfant est suivi par toute une série de paramètres , d'examens médicaux qui relèvent d'un programme de monitoring.
Il existe une pression  d'optimisation portant sur la quasi totalité des expressions de l'existence de l'enfant; toutes ces dimensions sont rendues mesurables afin de les optimiser.
Le développement des compétences par exemple de plus en plus mesurées par l"école alors qu'elles n'en sont pas le but final; l'éducation est un processus de transformation de l'enfant constant pour devenir une personne (ce qui passe par des compétences)
Les enseignes tiraillés au quotidien entre les exigences de disponibilité des autorités chargées de la formation, des résultats exprimés par les parents et le besoin de résonance des élèves sont parmi les professions où l'on compte le plus de burn out.
-La vie professionnelle : les jeunes adultes cherchent le plus souvent à prendre en main leur vie par le biais d'un plan de carrière et d'un projet familial. Pour l'un il s'agit d'articuler formation, expérience et recherche de travail. Pour l'autre c'est beaucoup plus difficile : on ne décide pas de quelle personne on va tomber amoureux. Pourtant de plus en plus de services ne ligne proposent des dating app pour contrôler, maîtriser la rencontre.
- La numérisation du rapport au monde : les techniques et processus numériques ont profondément transformé notre rapport au monde en rendant disponible la quasi totalité du monde accessible à notre conscience.
Le savoir nous est apporté par Google en quelques secondes.
Mais pas uniquement : les marchandises nous sont également accessibles, les gens qu'on aime sont visibles à tel point que la limite de disponibilité du monde n'est pas déterminée par la résistance du monde mais par les limites de notre attention et de notre bourse. 
Notre propre personne devient peut être le plus important point d'agression dans le rapport moderne avec le monde.
Si nous voulons étendre les frontières du monde ,il nous faut commencer par nous optimiser nous mêmes et c'est ce que nous faisons avec le mouvement "quantified self".
L'objectif étant de mesurer toutes les expressions de vie et de les rendre disponibles : tension, pour, perte de calories, nombre de pas, phases de sommeil...On peut ainsi les étudier, comparer et les ...optimiser car impossible de ne pas vouloir faire mieux le lendemain lorsque l'on vous mesure votre nombre de pas au podomètre.
On succombe à un illusion en croyant que l'on ne se laisse pas inciter à transformer son comportement en fonction des données une fois qu'elle sont devenues disponibles.
- Le tourisme : comme contrepoint d'une vie professionnelle et familiale menée sur le mode du désespoir de la gestion du quotidien et de ses to do list.
La promesse des vacances est donc d'aller à la rencontre du monde sans obligation à gérer et nous laissant "toucher "pr le monde
Le problème est que nous n'avons peu de temps , un budget limité et le désir d'obtenir "contractuellement" ce que nous avons envie d'y trouver sans bouleversement imprévu , ni déstabilisation : d'où là aussi un sujet de tension familial et interpersonnel.

- L'age des soins : le caractère éphémère de la vie et la déchéance des corps constituent la limite la plus ferme du programme d'extension d l'accès au monde de la modernité. Là échouent tous nos efforts .Pourtant nous résistons, innovons et bataillons.
Ainsi la relation à la maladie est une vraie relation d'agression et là où nous ne pouvons pas gagner, nous faisons l'effet de ratés.Plus on combat la maladie, plus on s'empêcherait de vivre avec

- La mort :l'agonie est quelque chose que l'on cherche de plus en plus à contrôler ; on ne laisse plus la vie s'en aller de la personne, c'est à dire mourir;

#La dimension structurelle du conflit fondamental : 
Le mode de stabilisation dynamique de la société impose en permanence une extension de notre accès au monde et du même coup un  programme de mise à disposition illimité.

Nous rencontrons les choses sous le forme de ce qu'il faut savoir payer, dominer, acquérir, résoudre et nous avons l'application qui convient pour chacun de ces types de relation.
Mais cela veut aussi dire pour Adorno ou Rilke que nous ne faisons pas l'expérience des choses dans leur diversité phénoménale, nous ne les appréhendons que dans ce que nous avons rendu disponible en elles sur le plan conceptuel, technique , économique.
Il est nécessaire de réfléchir à la nature du désir.

#L'indisponibilité du désir et le désir indisponible
Si la modernité vise à rendre le monde disponible , cela vient avant tout à l'idée et à l'exigence de le rendre disponible pour notre libido. Nous n'en constatons pas moins que dans la manière dont nous menons notre vie nous ne sommes pas simplement guidés par notre désir ou nos envies.
Notre rapport au désir présente présente presque à l'état pur , toutes les caractéristiques d'une relation de résonance : il entre toujours et immédiatement en jeu lorsque nous sommes interpellés ou quand nous nous laissons affecter , nous y répondons physiquement, émotionnellement et mentalement, nous nous transformions en lui tandis que dans le même temps la structure du désir se modifie, se déplace.
La structure du désir se situe dans l'exigence de mettre à portée quelque chose qui ne l'est pas encore.
Le désir humain est avant out désir de relation : nous voulons atteindre ou rendre atteignable quelque chose qui ne l'est pas encore.
Le désir s'éteint lorsqu'il n'y a plus rien à découvrir sur ou avec le vis à vis que nous ma^trisons et contrôlons toutes ses propriétés, si nous en disposons totalement.
Une erreur fondamentale de la culture moderne tient au fait qu'elle transforme la nostalgie de l'atteignabilité  (toujours auverte quant au résultat) en exigence de disponibilité (certaine) et qu'elle a institutionnalisé cette revendication dans le programme  de l'extension de l'accès au monde;
Cette confusion trouve son expression la plus lourde dans la transposition d'un désir de relation fondamental chez l'être humain en un désir d'objet.
Un monde que l'on aurait rendu complètement disponible, serait pas seulement sans attrait mais aussi sans résonance ; il n'y aurait plus rien à désirer , le désir ne trouverait plus d'objet et pourtant notre besoin le plus fondamental d'un vis à vis responsif se trouverait insatisfait.
nombre d'indices suggèrent que la libido décline dans la société contemporaine si bien que certains parlent déjà d'une ère post émotionnelle et post sexuelle (Irène Berkel).
Mais des indices plus nombreux encore montrent que la frustration et la dépression augmentent en même temps que la déception qui s'exprime aussi politiquement , à l'égard du fait que la vie ne tient pas ses promesses, que la société moderne n'apporte pas ce que nous avions espéré: précisément ce que revendiquent les citoyens partout en colère, furieux avant tout.
Une critique de notre propre désir pourrait constituer une issue pour sortir du labyrinthe d'une société d'accroissement sans résonance.

#Le retour de l'indisponible sous forme de monstre :
Les processus de mise à disposition du monde ont un revers aussi puissant que paradoxal : à bien des égards, le monde de la vie dans la modernité tardive devient de plus en plus indisponible, opaque et incertain. Avec plus conséquence le retour de l'indisponibilité dans la vie concrète, mais sous une forme modifiée et angoissante comme une sorte de monstre que ce serait créé lui même.
Des choses dont nous avons pu disposer pendant des siècles se retrouvent brutalement hors d'atteinte : des serrures que nous ne pouvons plus ouvrir, des lumières que nous ne pouvons plus éteindre, des ordi au comportement totalement erratique, des mails qui n'arrivent jamais ou disparaissent, des tv qui s'allument tout seul...
La complexité technique n'est pas la seule à engendrer l'indisponibilité pratique, la complexité et la vitesse des processus sociaux provoquent elles aussi de l'indisponibilité.: le cours de la vie jusqu'alors prévisible, planifiante et au moins partiellement aménageable devient une course sur les vagues, aussi erratique qu'indisponible.
La disponibilité de principe transforme l'indisponibilité pratique en un montre inquiétant car les monstres sont des menaces qui nous guettent en permanence, mais que nous ne pouvons pas voir, ni rendre disponibles.
Des actes relevant du quotidien comme cuisiner, marcher, faire l'amour, chauffer, aérer le pièces, dont nous avons disposé en toute confiance pendant des siècles et qui étaient une source permanente de relation auto-efficace deviennent soudain des motifs d'incertitude et d'impuissance.
L'indisponibilité issue des processus d émise à disposition produit une aliénation radicale.Le programme moderne d'extension de l'accès au monde , qui a transformé ce dernier en un amoncellement de points d'agressions, produit donc de deux manières concomitantes la peur du mutisme du monde et de la perte du monde : là où tout est disponible d'une nouvelle manière, nous ne pouvons plus l'entendre parce qu'il n'est plus atteignable.

mardi 15 septembre 2020

Lexique 240 : La cuisine

"La cuisine italienne est résolument conservatrice. Elle le revendique.(...)La mondialisation ne l'a quasiment pas touchée.(...) Quand tout le monde veut changer les règles du jeu, les italiens revendiquent, eux , un idéal d'authenticité.
in Venise à double tour, Jean Paul Kauffmann, Folio, 2020.

lundi 14 septembre 2020

Dans la Pub 21

 


vendredi 11 septembre 2020

Commentaire 57 Rendre le monde disponible 1/2

La neige est littéralement la forme pour la manifestation de l'indisponible :nous ne pouvons pas entrainer sa chute  ou dicter sa venue, pas même la planifier à l'avance avec certitude.
Le drame du rapport moderne au monde se reflète dans notre rapport à la neige  comme dans une boule de cristal . L'élément culturel moteur est cette l'idée de rendre le monde disponible alors que la vitalité , le contact et l'expérience naissent de la rencontre avec l'indisponible.
La vie s'accomplit dans l'interaction entre ce qui est disponible et ce qui tout en restant indisponible pour nous , nous regarde pourtant.
Pourquoi les gens vont-ils au stade? continuent -ils à regarder des maths à la tv ? Parce qu'ils ne savant pas comment ça se finit.
L'hypothèse d'Harmut Rosa est que les membres de la modernité tardive vivent sur tous les plans -individuel, culturel, institutionnel et structurel  - la mise à disposition du monde , le monde nous fait faire face sous forme de point d'agression , c'est à dire d'objets qu'il s'agit de connaître,d'atteindre , de conquérir , de dominer ou d'utiliser et c'est précisément en cela que la vie ce qui constitue l'expérience de  la vitalité et de la rencontre - ce qui permet le résonance- , que la vie donc semble se dérober , ce qui  à son tour débouche sur la peur, la frustration, la colère et même le désespoir ,qui s'expriment ensuite entre autres  dans un comportement politique impuissant fondé sur l'agression.

# Le monde comme point d'agression : 
Pour les sujets de la modernité tardive le monde est purement et simplement devenu le point d'agression : tout ce qui apparait doit être connu, dominé, conquis, rendu utilisable .
Dans notre rapport au corps , tout ce que nos en percevons a tendance à être placé sous la pression de l'optimisation: poids, rides, tension, glycémie...
Dans notre vie , il s'agit d'escalader des montagnes, de réussir des examens, de progresser dans la carrière...
La vie quotidienne se concentre et épuise de plus en plus dans le traitement de to do lists exponentielles . N'en at-il pas toujours été ainsi ?
Cette normalisation d'un rapport agressif au monde est le résultat d'une formation sociale qui s'est développée sur tous siècles , formation qui se fonde structurellement , sur le principe d'une stabilisation dynamique , culturellement sur celui d'une augmentation continuelle de sa portée.
Depuis le XVIII° siècle s'accomplit à tous les niveaux de la vie institutionnelle de la modernité occidentale, une mutation structurelle à la suite de laquelle la structure institutionnelle fondamentale ne peut plus être maintenue que par une augmentation constante.
Une société est moderne si elle n'est en mesure de se stabiliser que de façon dynamique ,c'est à dire si elle a besoin pour maintenir son statut quo institutionnel de la croissance (économique), de l'accélération (technique) et de l'innovation (culturelle) constante.
Parce qu'elles ne peuvent se stabiliser que sur le mode de l'accroissement, les sociétés modernes sont structurellement et et institutionnellement contraintes rendre toujours plus de monde disponible, de la mettre à la portée par la technique , l'économie et la politique.
La peur du décrochage et la promesse de l'extension de notre accès au monde sont ainsi les deux faces principales qui guident nos vies.
Ce qui importe dans la vie c'est de rendre le monde atteignable.
Nous sommes contraints structurellement et poussés culturellement à faire du monde le point d'agression; il nous apparait comme ce qu'il convient  de savoir, d'explorer, atteindre, de s'approprier, de maîtriser et de contrôler.

# 4 dimensions de l'indisponibilité :
Ce n'est pas un processus homogène mais constitué de 4 dimensions :
- Rendre disponible = rendre visible , étendre notre connaissance à ce qui est là
- Rendre disponible = rendre atteignable ou accessible (lune en fusée)
- Rendre disponible = rendre  sous contrôle un fragment du monde (innovations techniques)
- Rendre disponible = rendre utilisable ou mettre en service, ce qui est là est transformé en matériau  (politique et promesses électorales)

# Le revers paradoxal : le recul énigmatique du monde :
Sa thèse est que non seulement ce programme de mise à disposition du monde ne fonctionne pas , mais il bascule en son contraire : le monde semble de plus en plus se dérober et se fermer à nous de façon mystérieuse.
Il se révèle à la fois menacé et menaçant et donc au bout du compte il apparait   indisponible.
La perte du monde serait la peur fondamentale et élémentaire et constitutive de la modernité.

# Le monde comme point de résonance :
L'accomplissement culturel de la modernité est précisément d'avoir perfectionné l'aptitude humaine à mettre le monde à distance et à y ouvrir un accès permettant de la manipuler.
Cette forme de relation au monde agressive et créatrice semble primordiale.
L'agression comme relation au monde devient problématique à partir du moment où elle se transforme en mode fondamental de toute manifestation de la vie parce qu'elle méconnait le fait que sujet et monde ne se présentent pas d'emblée comme deux entités indépendantes mais qu'ils émanent d'abord de leurs interactions et de leur attachement mutuel.
Le fondamental n'est pas de disposer des choses mais d'entrer en résonance avec elles ; un mode de relation avec 4 caractéristiques : 1/le moment du contact 2/ le moment de la réponse 3/ le moment de la transformation 4/le moment de l'indisponibilité.
Les effets de transformation d'une relation de résonance échappent constamment et inévitablement au contrôle et à la planification du sujet : on ne peut ni les calculer, ni les maîtriser.
Cette relation s'inscrit donc dans un rapport de tension fondamental avec la logique sociale de l'augmentation et de l'optimisation incessante.
La modernité est portée, poussée à rendre le monde à tout point de vue calculable, maitrisable, prévisible et disponible .
La résonance elle ne se laisse pas rendre disponible : la réside la grande source d'agacement , sa contradiction fondamentale , ce qui produit des variantes toujours nouvelles, des citoyens en colère.

mercredi 9 septembre 2020

Lexique 239 : L'injustice

"Mais il est vrai que je n'arrive toujours pas à croire que l'on parviendra un jour à changer le cours des choses. Vaincre l'injustice, supprimer la misère, établir l'égalité entre tous... Il faudrait changer le hommes d'abord pour qu'ils renoncent à dominer, à profiter des autres , à faire souffrir...Et cela, je ne crois pas que que ce soit possible ."
in Dans l'ombre du brasier, Hervé Le Corre, Rivages/Noir 2020.

jeudi 3 septembre 2020

Commentaires 56 Réparons le monde

Un très beau livre qui traite de notre capacité à relever le défi climatique avec plusieurs approches pas forcément très nouvelles mais bien ficelées pour proposer un socle de juridique, philosophique et narratif nécessaires à sa mise en oeuvre.
Un concept central : la réparation du monde ou comment apprendre à habiter la terre en cohabitant avec les autres et en sortant de la logique destructrice.
Son point de départ : un constat plus que partagé d'un  monde abîmé, en plein désordre , les êtres divisés entre eux et en eux mêmes.
Le risque majeur : aggraver ces désordres en se résignant à une dérégulation contenue dans notre modèle de développement actuel ou en s'appuyant sur une idéologie s'abstrayant de la démocratie.

#Le concept de réparation du monde issu de la kabbale, de Issac Louria, signifie que c'est à partir des étincelles de lumière répandues ça et là dans l'univers , dans les âmes des humains, dans les animaux, dans les choses, que nous pouvons reconstituer les vases qui se sont immédiatement brisés après la création.Ces vases qui ont recueilli et réfléchi la lumière divine n'ont pas supporté son intensité.Notre responsabilité est de rechercher ces morceaux éclatés pour y retrouver la vérité qui nous est accessible seulement de manière imaginaire.
Toute crise qu'elle soit personnelle ou collective est toujours l'expérience de la rupture de l'unité.
Réparer le monde ne veut pas dire recoller les morceaux mais plutôt examiner attentivement chacun des éléments qui le composent pour en apprécier la valeur propre .
Réparer le monde n'est pas faire advenir soudainement une autre réalité mais savoir que, si des changements sont nécessaires ils se mettront vraiment en place plus tard.

J'ai sélectionné 4 thèmes qui m'ont semblé particulièrement intéressants :

#La cause animale aujourd'hui : les violences infligées aux animaux ne suscitent pas seulement des pbs moraux mais aussi d'injustice : nous nous sommes octroyés une souveraineté absolue sur des êtres sensibles dont les besoins éthologiques et la subjectivité devrait limiter notre droit de les exploiter comme bon nous semble.
Nous utilisons des stratégies de défense psychologique comme le déni, le clivage, la rationalisation afin de nous protéger des sentiments négatifs que la maltraitante animale  et la dégradation de la planète suscitent en nous.
La question animale est stratégique : elle nous oblige à examiner de manière critique les catégories ontologiques que servent à penser les différences entre les humains et le animaux et sont au fondement de notre éthique et de notre droit.
Au lieu de faire de la cause animale un ilot éthique , il importe qu'elle est indissociable d'une interrogation globale sur notre habitation de la Terre  et qu'elle est même le chapitre central d'un projet visant à opérer une transition globale vers un modèle de développement écologiquement soutenable et plus juste.
Déterminer les règles de cohabitation en très humains et animaux qui ne soient pas au seul bénéfice des premiers.
La prise en considération de notre finitude , la conscience de la communauté due destin nous unissant aux autres vivants change aussi le régime de notre affectivité, c'est à dire nos évaluations, nos émotions, nos désirs et nos comportements.
Ainsi la cause animale s'inscrit dans un vaste mouvement qui se caractérise par la réhabilitation de la vulnérabilité, la prise en compte de notre finitude et des limites planétaires et pas l'ouverture à l'altérité qui est la reconnaissance de la positivité de la différence.

#L'éthique des vertus
Le dernier volet du combat en faveur de la cause animale consiste à encourager l'acquisition de traits moraux  qui conduisent les individus à percevoir le respect envers les autres êtres vivants  comme une composante du respect d'eux mêmes .
La conscience d partager la Terre avec les autres vivants et d'avoir une communauté de destin avec les animaux qui comme nous sont vulnérables devient une évidence quand nous nous percevons comme des êtres charnels et engendrés. Nous ressentons alors le lien profond nous unissant aux autres faits de chair et de sang.
Les changements de style de vie qui s'ensuivent ne sont pas vécus comme des sacrifices mais ils s'imposent d'eux mêmes et engendrent un sentiment d'accomplissement de soi.ainsi le fait de s'abstenir de chair animale ou de réduire drastiquement sa consommation d produits animaliers va  de pair avec la recherche stimulante d'alternatives végétales et avec le plaisir de cuisiner.
L'animalisme est aussi un humanisme !

L'expérience de la transcendance : en ressentant mon appartenance au monde commun  qui m'accueille à ma naissance et me survivra à ma propre mort, j'élargis la sphère de ma considération et intègre au coeur de mon bien être  l'intérêt des autres humains et non-humains.

#Ecologie et démocratie
L'écologie est un défi pour la politique et la démocratie car elle impose de tenir compte à la fois des normes écologiques et de la souveraineté du sujet.
Les normes seules sont incapables d'induire les comportements requis pour opérer la transition environnementale.Il convient donc de s'intéresser à ce qui fait que les personnes reconnaissent le bien-fondé des normes environnementales  et éprouvent du plaisir à agir écologiquement responsables.
La capacité à admirer la nature se nourrit de cette connaissance de soi qui change le regard que l'on porte sur les autres formes de vie.
Les styles de vie et les affects sont les conséquences et non les causes d'une transformation du sujet lé à un processus d'individuation qui ne concerne pas seulement le choix des biens mais implique aussi un rapport au tout.
Le lien entre humilité et la capacité des individus à éprouver de la gratitude , à s'émerveiller de la beauté de la nature et des autres vivants est manifeste : le rappel à sa condition terrestre dispose à la compassion envers les autres vivants, alors que le sentiment d'être le roi justifie l'arrogance et l'humiliation.
La considération (#respect) suppose non seulement la connaissance de soi et de sa place mais aussi une juste estime de soi et ce que les Anciens appellent la magnanimité.Elle suppose également une expérience de l'incommensurable par rapport à laquelle le sujet éprouve sa finitude et perçoit sa juste place dans le monde.

#Elaborer un récit de coopération pour réussir la transformation
Si la prise de conscience de la nécessité de la transformation écologique est de plus ennuyant plus forte comment explique le décalage entre la théorie et la pratique ?
Il faut d'abord reconnaitre que la transition écologique n'a jamais été présentée comme un projet global  de reconstruction sociale et politique pouvant susciter l'espérance des individus  et donner du sens à leur existence.
La plupart du temps elle apparait comme un fardeau et non comme une entreprise de réparation du monde à laquelle chacun pourrait prendre part. Seuls les efforts et les sacrifices immédiats qu'il demande sont perçus , ce qui ne motive guère les personnes à changer leurs habitudes de consommation et leurs pratiques .
La prise en compte du défi climatique nécessite d'articuler trois dimensions de l'écologie : l'écologie environnementale  qui s'attache à la dégradation des ressources, l'écologie sociale qui pose le problème de l'organisation du travail et l'écologie mentale qui renvoie le sujet à son expérience vécue.
N'étant pas suffisamment équipés sur le plan psychique pour faire face au changement , supporter les pertes et commuer la peur de l'effondrement en une résolution à agir de manière concrète et concertée , nous avons privilégié les comportements court-termites et  l'égoïsme , négligeant les ressources de la coopération et ne nous donnant pas les moyens d'innover.
L'ignorance n'est pas la cause principale de cette incapacité et les connaissances ne suffisent pas non plus à générer les changements individuels. et collectifs qui sont nécessaires.
Le processus de transformation de soi comprend deux volets :
- le 1er qui conditionne autonomie morale et émancipation suppose que chaque individu prenne de la distance à l'égard des représentations de la vie réussie qu'il a reçue et qui parfois aliènent.Il s'agit d'accéder au pouvoir d'affirmer ce à quoi il tient.
- Le second volet renvoie à l'élargissement  de la sphère de sa considération morale qui implique que l'horizon de ses pensées et de ses actes soit le monde commun et pas seulement son bien être, celui de ses proches ou même la prospérité de son pays.

mardi 1 septembre 2020

Citation 106 : J.M.G Le Clézio


"La guerre n'avait pas changé grand chose dans ses habitudes. Pour les petits enfants, c'est plus difficile."
in Chanson bretonne, J.M.G Le Clézio, Gallimard, 2020.

dimanche 30 août 2020

Dans la pub 20



vendredi 31 juillet 2020

Bel été à tous !


Comme chaque année le Blog du changement s'arrête pour une période de vacance. Bel été à tous et
Rdv le 2 septembre !

mardi 28 juillet 2020

Citation 105 : J.M.G Le Clézio


"Venir du sud jusqu'au Finistère, c'était non seulement changer de géographie et de climat, mais changer de monde."
in Chanson bretonne, J.M.G Le Clézio, Gallimard, 2020.

mardi 21 juillet 2020

Citation 104 : Richard Powers

"Car vous avez cinq arbres  au Paradis
qui ne changent pas,
ni en été ni en hiver,
et leurs feuilles ne tombent pas,
Celui qui les connait
ne goûtera pas à la mort."
L'arbre monde, Richard Powers Editions 10-18 

jeudi 16 juillet 2020

Lexique 238 : Le monde


"Le monde change vite, les enfants d'aujourd'hui viennent aussi à La Torche mais ils voient autre chose. Ils glissent comme des oiseaux sur des longues vagues, à cheval sur leur planche de surf, il y a même des cerfs-volants géants qui les baladent au dessus des remous qu'on disait jadis mortels. C'est bien, il convient d'oublier les champs de bataille , d'ignorer les restes des forteresses bâties par les esclaves russes et polonais. Moi je ne le pourrai pas."
in Chanson bretonne, J.M.G Le Clézio, Gallimard, 2020.

lundi 13 juillet 2020

Citation 103 : Richard Powers

"Ce qu'elle préfère ce sont les histoires où les gens se changent en arbres".
L'arbre monde, Richard Powers Editions 10-18 

vendredi 10 juillet 2020

Lexique 237 : Langue bretonne

"Pourtant tout cela fut le symptôme du changement et non pas la cause. La vraie cause de l'abandon de la langue bretonne, ce sont les Bretons qui en portent eux mêmes la responsabilité.Cela fut à cette époque comme un vent violent qui balayé la Bretagne et a bouleversé de fond en comble les institutions confondant, l'attrait pour la modernité avec la honte des origines, identifiant l'héritage ancestral à la criante de l'arriération, redoutant la pauvreté abjecte dans laquelle, depuis des siècles, les ruraux avaient parfois survécu, et que l'Etat , craignant les failles identitaires, avait maintenue."
in Chanson bretonne, J.M.G Le Clézio, Gallimard, 2020.

mardi 7 juillet 2020

Citation 102 : Lucrèce


"Car ce qui est là tout prêt , si nous n'avons rien connu avant de plus suave, nous plait avant tout et nous parait un acquis solide; et plus tard, presque toujours, la découverte d'une chose meilleure le perd et change nos sentiments à l'égard de toutes ces découvertes premières.                                     Ainsi commença le dégoût pour les glands; ainsi furent abandonnées les jonchées d'herbes qui servaient de couches , avec quelques feuillages."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

vendredi 3 juillet 2020

C19 : Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise

Je viens de m'apercevoir que je n'avais pas relayé ,ce très bel article de Bruno Latour, qui fut une sorte "d'article de chevet du confinement". Voilà qui est fait.


Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, « sur le front », que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tout cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

La première leçon du coronavirus est aussi la plus stupéfiante : la preuve est faite, en effet, qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails, « à cause », disait-on, « de la globalisation ». Or, c’est justement son caractère globalisé qui rend si fragile ce fameux développement, susceptible au contraire de freiner puis de s’arrêter d’un coup.

En effet, il n’y a pas que les multinationales ou les accords commerciaux ou internet ou les tour operators pour globaliser la planète : chaque entité de cette même planète possède une façon bien à elle d’accrocher ensemble les autres éléments qui composent, à un moment donné, le collectif. Cela est vrai du CO2 qui réchauffe l’atmosphère globale par sa diffusion dans l’air ; des oiseaux migrateurs qui transportent de nouvelles formes de grippe ; mais cela est vrai aussi, nous le réapprenons douloureusement, du coronavirus dont la capacité à relier « tous les humains » passe par le truchement apparemment inoffensif de nos divers crachotis. A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là !

Cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage.

D’où cette découverte incroyable : il y avait bien dans le système économique mondial, caché de tous, un signal d’alarme rouge vif avec une bonne grosse poignée d’acier trempée que les chefs d’État, chacun à son tour, pouvaient tirer d’un coup pour stopper « le train du progrès » dans un grand crissement de freins. Si la demande de virer de bord à 90 degrés pour atterrir sur terre paraissait encore en janvier une douce illusion, elle devient beaucoup plus réaliste : tout automobiliste sait que pour avoir une chance de donner un grand coup de volant salvateur sans aller dans le décor, il vaut mieux avoir d’abord ralenti…

Malheureusement, cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage. Les globalisateurs, ceux qui depuis le mitan du XXe siècle ont inventé l’idée de s’échapper des contraintes planétaires, eux aussi, y voient une chance formidable de rompre encore plus radicalement avec ce qui reste d’obstacles à leur fuite hors du monde. L’occasion est trop belle, pour eux, de se défaire du reste de l’État-providence, du filet de sécurité des plus pauvres, de ce qui demeure encore des réglementations contre la pollution, et, plus cyniquement, de se débarrasser de tous ces gens surnuméraires qui encombrent la planète[1].

N’oublions pas, en effet, que l’on doit faire l’hypothèse que ces globalisateurs sont conscients de la mutation écologique et que tous leurs efforts, depuis cinquante ans, consistent en même temps à nier l’importance du changement climatique, mais aussi à échapper à ses conséquences en constituant des bastions fortifiés de privilèges qui doivent rester inaccessibles à tous ceux qu’il va bien falloir laisser en plan. Le grand rêve moderniste du partage universel des « fruits du progrès », ils ne sont pas assez naïfs pour y croire, mais, ce qui est nouveau, ils sont assez francs pour ne même pas en donner l’illusion. Ce sont eux qui s’expriment chaque jour sur Fox News et qui gouvernent tous les États climato-sceptiques de la planète de Moscou à Brasilia et de New Delhi à Washington en passant par Londres.

Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause.

Ce qui rend la situation actuelle tellement dangereuse, ce n’est pas seulement les morts qui s’accumulent chaque jour davantage, c’est la suspension générale d’un système économique qui donne donc à ceux qui veulent aller beaucoup plus loin dans la fuite hors du monde planétaire, une occasion merveilleuse de « tout remettre en cause ». Il ne faut pas oublier que ce qui rend les globalisateurs tellement dangereux, c’est qu’ils savent forcément qu’ils ont perdu, que le déni de la mutation climatique ne peut pas durer indéfiniment, qu’il n’y a plus aucune chance de réconcilier leur « développement » avec les diverses enveloppes de la planète dans laquelle il faudra bien finir par insérer l’économie. C’est ce qui les rend prêts à tout tenter pour extraire une dernière fois les conditions qui vont leur permettre de durer un peu plus longtemps et de se mettre à l’abri eux et leurs enfants. « L’arrêt de monde », ce coup de frein, cette pause imprévue, leur donne une occasion de fuir plus vite et plus loin qu’ils ne l’auraient jamais imaginé[2]. Les révolutionnaires, pour le moment, ce sont eux.

C’est là que nous devons agir. Si l’occasion s’ouvre à eux, elle s’ouvre à nous aussi. Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Par exemple, l’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prêtes à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors-sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

Nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation.

De fil en aiguille, si nous commençons, chacun pour notre compte, à poser de telles questions sur tous les aspects de notre système de production, nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation – aussi efficaces, millions que nous sommes, que le fameux coronavirus dans sa façon bien à lui de globaliser la planète. Ce que le virus obtient par d’humbles crachotis de bouches en bouches – la suspension de l’économie mondiale –, nous commençons à l’imaginer par nos petits gestes insignifiants mis, eux aussi, bout à bout : à savoir la suspension du système de production. En nous posant ce genre de questions, chacun d’entre nous se met à imaginer des gestes barrières mais pas seulement contre le virus : contre chaque élément d’un mode de production dont nous ne souhaitons pas la reprise.

C’est qu’il ne s’agit plus de reprendre ou d’infléchir un système de production, mais de sortir de la production comme principe unique de rapport au monde. Il ne s’agit pas de révolution, mais de dissolution, pixel après pixel. Comme le montre Pierre Charbonnier, après cent ans de socialisme limité à la seule redistribution des bienfaits de l’économie, il serait peut-être temps d’inventer un socialisme qui conteste la production elle-même. C’est que l’injustice ne se limite pas à la seule  redistribution des fruits du progrès, mais à la façon même de faire fructifier la planète. Ce qui ne veut pas dire décroître ou vivre d’amour ou d’eau fraîche, mais apprendre à sélectionner chaque segment de ce fameux système prétendument irréversible, de mettre en cause chacune des connections soi-disant indispensables, et d’éprouver de proche en proche ce qui est désirable et ce qui a cessé de l’être.

D’où l’importance capitale d’utiliser ce temps de confinement imposé pour décrire, d’abord chacun pour soi, puis en groupe, ce à quoi nous sommes attachés ; ce dont nous sommes prêts à nous libérer ; les chaînes que nous sommes prêts à reconstituer et celles que, par notre comportement, nous sommes décidés à interrompre[3]. Les globalisateurs, eux, semblent avoir une idée très précise de ce qu’ils veulent voir renaître après la reprise : la même chose en pire, industries pétrolières et bateaux de croisière géants en prime. C’est à nous de leur opposer un contre-inventaire. Si en un mois ou deux, des milliards d’humains sont capables, sur un coup de sifflet, d’apprendre la nouvelle « distance sociale », de s’éloigner pour être plus solidaires, de rester chez soi pour ne pas encombrer les hôpitaux, on imagine assez bien la puissance de transformation de ces nouveaux gestes-barrières dressés contre la reprise à l’identique, ou pire, contre un nouveau coup de butoir de ceux qui veulent échapper pour de bon à l’attraction terrestre.

Un outil pour aider au discernement

Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire. Il sera d’autant plus utile qu’il portera sur une expérience personnelle directement vécue. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion qui vous viendrait à l’esprit, mais de décrire une situation et peut-être de la prolonger par une petite enquête. C’est seulement par la suite, si vous vous donnez les moyens de combiner les réponses pour composer le paysage créé par la superposition des descriptions, que vous déboucherez sur une expression politique incarnée et concrète — mais pas avant.

Attention : ceci n’est pas un questionnaire, il ne s’agit pas d’un sondage. C’est une aide à l’auto-description*.
Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privés par la crise actuelle et qui vous donnent la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. 
Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout. Répondez aux questions suivantes :
Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?
Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)
Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?
Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?
Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)
Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?
(Trouvez ensuite un moyen pour comparer votre description avec celles d’autres participants. La compilation puis la superposition des réponses devraient dessiner peu à peu un paysage composé de lignes de conflits, d’alliances, de controverses et d’oppositions.)


[1] Voir l’article sur les lobbyistes déchaînés aux Etats-Unis par Matt Stoller, « The coronavirus relief bill could turn into a corporate coup if we aren’t careful », The Guardian, 24.03.20.
[2] Danowski, Deborah, de Castro, Eduardo Viveiros, « L’arrêt de monde », in De l’univers clos au monde infini (textes réunis et présentés). Ed. Hache, Emilie. Paris, Editions Dehors, 2014. 221-339.
[3] L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développés depuis par le consortium Où atterrir http://www.bruno-latour.fr/fr/node/841.html

*L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développés depuis par un groupe d’artistes et de chercheurs.

PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE, PROFESSEUR ÉMÉRITE AU MÉDIALAB DE SCIENCES PO

mardi 30 juin 2020

Citation 101 : Lucrèce

"C'est ainsi que le temps qui roule change les moments des choses."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

mardi 23 juin 2020

Citation 100 / Lucrèce


"Et de jour en jour, la nourriture et la vie première changèrent, comme leur montraient par de nouvelles pratiques et par le feu, ceux qui l'emportaient par leur génie et la valeur de leur coeur. Et commencèrent à fonder des villes et à y placer une citadelle, protection et refuge à leur attention, les rois, et à diviser les troupeaux et les champs pour les donner à chacun selon sa beauté, ses forces et son génie.Car la beauté était très en valeur et la force prévalait."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

mardi 16 juin 2020

Citation 99 : Lucrèce


Et d'autres changent, en même temps que le temps change, les chants rauques , comme les races anciennes des corneilles et les troupeaux de corbeaux lorsque, dit-on, ils appellent l'eau de la pluie, et entre temps annoncent les vents et la tempête.
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

mardi 9 juin 2020

Citation 98 : Lucrèce

"Si grand est le pouvoir des lettres par le seul changement  de leur ordre."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

lundi 8 juin 2020

Lexique 236 : Contagion

"Le monde regorge de germes potentiellement pathogènes.Pour lutter contre les épidémies, les changements nécessaires sont civilisationnels"
Jean François Guégan , Dr de la recherche INRA 

mardi 2 juin 2020

Citation 97 Lucrèce


"En effet tout ce qui change et sort de ses limites , sur le champ c'est la mort de ce qu'il était avant "
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

jeudi 28 mai 2020

Lexique 235 : Génération

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire (changer) le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Albert Camus

mardi 26 mai 2020

Lexique 234 : Vieillir

"Vieillir ce n'est pas grave, c'est juste changer de vêtement." Lucette Destouches

mardi 19 mai 2020

Lexique 233 : l'englobant

"Une civilisation, la notre, en train de changer subrepticement d'englobant.Nous avions vécu sous la cloche de l'Histoire; nous vivrons sous celle de la Nature. "
in Le Siècle Vert, Tracts Gallimard 2020

mardi 12 mai 2020

Lexique 232 : la nature des choses

"Ne prétends pas changer la  nature des choses ". Epictète

mardi 5 mai 2020

Citation 96 : Régis Debray

"Un spectre hante l'Occident : l'effondrement du système Terre.Toutes les puissances du monde ancien cherchent à conjurer ou contenir l'inquiétude montante. C'est peut être là un moment  charnière entre deux âges de notre culture. Le siècle change sous nos yeux de couleur, d'urgences et d'horizon."
in Le Siècle Vert, Tracts Gallimard 2020

mardi 28 avril 2020

Expression 48 : confinement et dé confinement




Citation 95 Frédéric Begbeider


"Vous verrez, Manon, on change...Il arrive un jour où l'on remplace le désir de tortues incrustées de diamants par un besoin de génuflexion"
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

Histoires de changement 41 : Junichiro Tanizaki

"Les occidentaux toujours à l'affut du progrès s'agitent sans cesse à la poursuite d'un état meilleur sue le présent.Toujours à la recherche d'une clarté plus vive, il s se sont évertués à passer de la bougie à la lampe à pétrole, du pétrole au bec de gaz, du gaz à l'éclairage électrique, à traquer le moindre recoin, l'ultime refuge de l'ombre."

lundi 27 avril 2020

temps de crise 27 : Résilience et C19

Boris Cyrulnik : “Après la crise du coronavirus, la culture de la performance sera critiquée”

Comment analysez vous la crise actuelle, pensez-vous qu’il s’agit d’une épreuve enrichissante pour les entreprises en matière de résilience ?

Définissons d’abord la résilience : il s’agit de la capacité à vivre, à réussir et à se développer en dépit de l’adversité. La résilience, c’est la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme, et elle s’applique aussi aux entreprises. Après un choc, une crise, certaines sont traumatisées, mais se relèvent. Le trauma peut être collectif et individuel et concerner tant l’entreprise que les individus qui la composent.
La crise actuelle n’est qu’une épreuve parmi d’autres pour les entreprises, qui connaissent régulièrement des vagues de licenciement, des rachats, des fusions, des bad buzz, des problèmes financiers… Mais cette période devrait changer énormément de choses dans notre société. C’est pourquoi la plupart des organisations vont donc surmonter ce cap et faire preuve de résilience. Pour déclencher un processus de résilience, elles doivent s’adapter, revoir leur copie. Car si elles répètent le même processus qu’avant la crise, elles risquent de disparaître.

La crise du coronavirus va-t-elle changer le fonctionnement des entreprises ?

Des épreuves comme celle que nous vivons actuellement, il y en a régulièrement depuis des siècles. À chaque fois, cela nous oblige à changer de manière de vivre, donc de consommer, d’échanger, de produire et de travailler.
Si l’on ne change pas de manière de vivre, on remet en place les conditions de la catastrophe : un mode de consommation et des transports internationaux qui répandent un virus aux quatre coins du globe et de la France, des entreprises inadaptées au confinement et à la distanciation sociale, des modes de production trop dépendants de l’importation/exportation et de la délocalisation.
Statistiquement, la plupart des entreprises reprennent malgré les blessures et les échecs. Dans quelques mois, il y aura sans doute énormément de faillites, de petites entreprises qui ne pourront pas redémarrer, qui vont licencier, qui auront des dettes… Pour éviter cela, les autres seront obligées de s’adapter. Elles devraient probablement relocaliser leur production, réduire la part des importations dans ce processus, diversifier leurs activités, réorganiser les circuits de distribution en les ramenant à une échelle européenne plutôt que mondiale.
Les entreprises reverront aussi forcément leur organisation du travail : télétravail, horaires flexibles, autonomie des collaborateurs… tout ce qui aura été expérimenté pendant la crise avec plus ou moins de succès. Le télétravail avait déjà commencé à se développer avant la crise, mais il sera désormais incontournable, impératif. Il faudra aussi réorganiser les lieux de rencontre, ainsi que permettre une plus grande agilité dans le temps de travail.

Le confinement va-t-il changer également notre rapport au travail ?

Globalement, notre culture de la consommation, de l’éducation, du travail, vont inutilement vite. Il y a eu ces dernières décennies une sorte d’emballement global dans notre société ; un emballement qui a d’ailleurs provoqué l’épidémie de coronavirus, de par le boom des transports et de la consommation.
Pendant ce confinement, nombreux sont ceux qui découvrent qu’il est possible de travailler tout en prenant son temps. Avant cette période, j’avais par exemple des réunions, des cours et des conférences pratiquement tous les jours. Et soudain, je me suis retrouvé confiné, avec la possibilité d’aller à mon rythme, de travailler, de lire, puis de recommencer à travailler… Nous vivions jusqu’ici dans une culture du sprint. Nous étions toujours dans une course : vite se préparer le matin, vite sauter dans un train ou une voiture, vite travailler, vite manger… Sans avoir le temps de réfléchir, de rêver et de vivre l’instant présent. Maintenant, nous redécouvrons le silence, et nous réalisons que ce “sprint” n’était pas forcément nécessaire. Nous nous rapprochons aussi de nos familles, de nos collègues. Alors que nous sommes tous séparés par la distance, nous renforçons ou créons de nouveaux liens.
Nous prenons ainsi conscience de l’importance du lien social et de la solidarité, à tous les niveaux, notamment entre collègues. Nous constatons que la bienveillance est plus efficace que la quête de productivité. Demain, nous allons freiner sur tous les plans : nous consommerons moins mais mieux, nous réduirons le rythme de travail de nos enfants à l’école, et en entreprise, nous reverrons aussi nos priorités. La culture de la performance sera critiquée. Cette période va donc changer les relations dans l’entreprise, les cadences, le management, mais aussi notre rapport au travail.
Les relations humaines l’emporteront sur la recherche de la réussite professionnelle, l’addiction au travail et le surmenage. Et de cette période de confinement, émergera peut-être une nouvelle manière de vivre ensemble. Un maillage de future résilience pourra alors se tisser, dans la société, et dans les entreprises.

Les managers ont-ils un rôle à jouer dans la sécurisation des salariés actuellement ?

Les managers, qui jusqu’ici avaient pour fonction d’organiser un travail à flux tendu, des cadences et des rentabilités, devraient probablement changer de manière de travailler et de gérer leurs équipes. Ils seront davantage bienveillants et leur laisseront davantage de libertés.
En effet, pour tendre vers la résilience et renaître après une crise, une entreprise doit créer un nouveau schéma de développement. Pour cela, il faut que les collaborateurs eux-mêmes entrent dans le processus de résilience. Il appartient donc aux managers, mais aussi aux RH, de soutenir les salariés pendant cette épreuve et au-delà. Ils doivent pouvoir se sentir soutenus, afin de résister à cette situation difficile, et d’accepter ensuite de prendre un nouveau départ. Il s’agit d’organiser des réunions d’explication, des discussions pour faire en sorte que les collaborateurs ne se sentent pas seuls et puissent mettre des mots sur leur traumatisme, voire leur souffrance.
En parallèle, le management doit aussi organiser une réflexion collective sur les problèmes qui se sont posés durant la crise, sur les échecs ou les erreurs potentielles. Il pourra ensuite initier avec la direction un processus de résilience (collective et individuelle) et amorcer un nouveau développement.
Ce confinement est une véritable situation d’agression psychologique. Pendant cette période, nous forgeons tous nos propres facteurs de résilience. Mais nous ne sommes pas tous égaux devant la résilience. Ceux qui avant la crise avaient acquis des facteurs de protection (confort matériel, culturel, affectif et familial) vont faire un effort mais surmonteront l’épreuve et pourront facilement déclencher un processus de résilience. D’autres sont plus fragiles, plus vulnérables, car ils ont acquis moins de ressources internes par le passé. Ils risquent de ruminer, d’être réellement traumatisés et de foncer droit dans le mur. Pour leur permettre de se relever, il leur faut des tuteurs de résilience.
Pour surmonter le confinement, laisser le trauma derrière soi et atteindre la résilience, les liens humains et les interactions sociales sont essentielles. Les conversations échangées avec des proches, mais aussi des collègues ou le manager sont indispensables, pour peu que l’on se sente écouté, compris et estimé. C’est ce qui apporte la sécurité psychologique nécessaire pour sortir plus fort d’une épreuve et s’adapter suite à un traumatisme. Les enfants développent la résilience grâce à leurs parents, ou en tout cas grâce au sentiment d’être important aux yeux d’une autre personne. En ce sens, le rôle des dirigeants, des managers et des RH est de faire savoir à chaque collaborateur qu’il est important, de lui montrer qu’on le prend en considération et qu’on lui fait confiance. Ils doivent soutenir et accompagner leurs équipes, rompre la solitude de chaque salarié, et entretenir le lien ; dès maintenant.

Comment voyez-vous l’après coronavirus ? Pensez-vous que nous aurons appris quelque chose de cette période compliquée ?

Actuellement nous ne sommes pas encore dans la résilience, mais dans la résistance : nous affrontons un virus, nous avons peur pour nos proches, nous avons peur de perdre notre emploi, de voir notre entreprise couler…  Le mois dernier, nous étions un peu sidérés, hébétés, confus. Maintenant, nous organisons la résistance. Puis viendra le temps de changer de culture.
Il y aura probablement après la crise une augmentation du chômage, des faillites, et hélas, la solidarité que nous voyons actuellement se développer face au danger n’y résistera pas. Mais cette période ne pourra pas être oubliée, et notre culture (de la consommation, du loisir, de l’éducation, du travail) va changer.
Il faudra réfléchir à pourquoi cette crise est survenue, et ce que nous pourrons mettre en place pour être plus forts la prochaine fois. Certaines entreprises voudront sans doute revenir à la situation d’avant l’épidémie, à la culture du sprint, mais la performance ne sera plus une valeur phare. Il devrait y avoir après la crise des débats philosophiques passionnants sur le sujet.
Propos recueillis par Fabien Soyez pour Courrier Cadre.

mardi 21 avril 2020

Citation 94 :Frédéric Begbeider

"Les temps changent, lui avais-je répondu.Moi par exemple, jamais je n'aurai cru qu'un jour je m'intéresserais à mes points de retraite.  
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

dimanche 19 avril 2020

Cinéma 14 : Stanley Kubrick

"Les plus grand échecs artistiques ,quelles que soit la discipline, sont souvent liés à une recherche d'originalité à tout pris.L'innovation est de savoir aller de l'avant sans abandonner la forme d'art classique avec laquelle vous travaillez. Mais je pense que île vrai changement arrivera lorsque enfin l'on se libérera de la structure narrative."
Stanley Kubrick, entretien avec Michel Ciment, 1975, 1980, 1987.

samedi 18 avril 2020

Temps de crise 24 : C19 1ères et futures contagions

"Les 1ères contagions sont apparues au néolithique , vers 10000 à 8000 ans avant JC, en Mésopotamie, inférieure, lorsque l'on a construit les 1ères villes.On a ainsi offerts de nouveaux habitats aux animaux commensaux de l'homme.Pour nourrir les villes, il a fallu développer l'agriculture et élevage en capturant des animaux sauvages créant ainsi les conditions de proximité pour le passage vers l'humain de virus et de bactéries présents chez ces animaux ou abrités dans les sols ou les plantes et leurs systèmes racinaires.
La déforestation majeure favorise en zone périurbaine la création de gites pour les pico organismes présents dans l'eau. Des élevages de poulets ou de porcs y jouxtent des grans domaines forestiers tropicaux, rendant possible la transmission de l'animal à l'humain.
Cette épidémie est terrible, mais d'autres demain , pourraient être bien plus létales;Il s'agit d'un coup de semonce qui peut être une chance si nous savons réagir.
En revanche si nous ne changeons pas nos modes de vie et nos organisations, nous subirons de nouveaux épisodes, avec des monstres autrement plus violents que ce coronavirus."
Interview de Jean François Guégan par Claire Legros in Le Monde, samedi 18 avril 2020

mercredi 15 avril 2020

Commentaires 55 : Libres d'obéir

Si les nazis n'ont pas inventé le management, il existe depuis la nuit des temps et surtout depuis l'organisation du travail en usine fin XIXème , début XXème siècle, ils ont considérablement contribué à son évolution tant pratique que théorique et dans un sens beaucoup plus libéral, beaucoup plus moderne qu'attendu, au point où ses thèses principales seront appliquées jusque dans les années 70 par le modèle industriel rhénan et que l'on peut encore percevoir des traces jusqu'à aujourd'hui dans les entreprises digitales de la Silicon Valley.
En commun : leur volonté de s'affranchir d'un état et d'institutions jugées archaïques et vécues comme des freins par rapport à leur entreprise. Un besoin de main d'oeuvre nouvelle pour répondre à la très forte croissance. Une même perspective : maximiser la performance afin d'atteindre au plus vite les objectifs en laissant aux équipes le choix des moyens et en les "chouchoutant " pour qu'elles se donnent au maximum.Un ennemi également commun : le management de proximité , les petits chefs garants de règles et d'un ordre antérieur, vécus comme freins à la "révolution "en cours.
Ainsi la principale école de management allemande qui formera la quasi totalité de l'élite économique  allemande de l'après guerre fut elle créé par Reinhard Höhn, juriste de formation, archétype de l'intellectuel technocrate au service du 3ème Reich, qui termina la guerre comme Oberfuhrer dans la SS.
Ainsi le nazisme at-il aussi conçue une pensée théorique  du management dont le socle a influencé les pratiques modernes du management.