vendredi 10 juillet 2020

Lexique 237 : Langue bretonne

"Pourtant tout cela fut le symptôme du changement et non pas la cause. La vraie cause de l'abandon de la langue bretonne, ce sont les Bretons qui en portent eux mêmes la responsabilité.Cela fut à cette époque comme un vent violent qui balayé la Bretagne et a bouleversé de fond en comble les institutions confondant, l'attrait pour la modernité avec la honte des origines, identifiant l'héritage ancestral à la criante de l'arriération, redoutant la pauvreté abjecte dans laquelle, depuis des siècles, les ruraux avaient parfois survécu, et que l'Etat , craignant les failles identitaires, avait maintenue."
in Chanson bretonne, J.M.G Le Clézio, Gallimard, 2020.

mardi 7 juillet 2020

Citation 102 : Lucrèce


"Car ce qui est là tout prêt , si nous n'avons rien connu avant de plus suave, nous plait avant tout et nous parait un acquis solide; et plus tard, presque toujours, la découverte d'une chose meilleure le perd et change nos sentiments à l'égard de toutes ces découvertes premières.                                     Ainsi commença le dégoût pour les glands; ainsi furent abandonnées les jonchées d'herbes qui servaient de couches , avec quelques feuillages."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

vendredi 3 juillet 2020

C19 : Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise

Je viens de m'apercevoir que je n'avais pas relayé ,ce très bel article de Bruno Latour, qui fut une sorte "d'article de chevet du confinement". Voilà qui est fait.


Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, « sur le front », que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tout cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

La première leçon du coronavirus est aussi la plus stupéfiante : la preuve est faite, en effet, qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails, « à cause », disait-on, « de la globalisation ». Or, c’est justement son caractère globalisé qui rend si fragile ce fameux développement, susceptible au contraire de freiner puis de s’arrêter d’un coup.

En effet, il n’y a pas que les multinationales ou les accords commerciaux ou internet ou les tour operators pour globaliser la planète : chaque entité de cette même planète possède une façon bien à elle d’accrocher ensemble les autres éléments qui composent, à un moment donné, le collectif. Cela est vrai du CO2 qui réchauffe l’atmosphère globale par sa diffusion dans l’air ; des oiseaux migrateurs qui transportent de nouvelles formes de grippe ; mais cela est vrai aussi, nous le réapprenons douloureusement, du coronavirus dont la capacité à relier « tous les humains » passe par le truchement apparemment inoffensif de nos divers crachotis. A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là !

Cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage.

D’où cette découverte incroyable : il y avait bien dans le système économique mondial, caché de tous, un signal d’alarme rouge vif avec une bonne grosse poignée d’acier trempée que les chefs d’État, chacun à son tour, pouvaient tirer d’un coup pour stopper « le train du progrès » dans un grand crissement de freins. Si la demande de virer de bord à 90 degrés pour atterrir sur terre paraissait encore en janvier une douce illusion, elle devient beaucoup plus réaliste : tout automobiliste sait que pour avoir une chance de donner un grand coup de volant salvateur sans aller dans le décor, il vaut mieux avoir d’abord ralenti…

Malheureusement, cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage. Les globalisateurs, ceux qui depuis le mitan du XXe siècle ont inventé l’idée de s’échapper des contraintes planétaires, eux aussi, y voient une chance formidable de rompre encore plus radicalement avec ce qui reste d’obstacles à leur fuite hors du monde. L’occasion est trop belle, pour eux, de se défaire du reste de l’État-providence, du filet de sécurité des plus pauvres, de ce qui demeure encore des réglementations contre la pollution, et, plus cyniquement, de se débarrasser de tous ces gens surnuméraires qui encombrent la planète[1].

N’oublions pas, en effet, que l’on doit faire l’hypothèse que ces globalisateurs sont conscients de la mutation écologique et que tous leurs efforts, depuis cinquante ans, consistent en même temps à nier l’importance du changement climatique, mais aussi à échapper à ses conséquences en constituant des bastions fortifiés de privilèges qui doivent rester inaccessibles à tous ceux qu’il va bien falloir laisser en plan. Le grand rêve moderniste du partage universel des « fruits du progrès », ils ne sont pas assez naïfs pour y croire, mais, ce qui est nouveau, ils sont assez francs pour ne même pas en donner l’illusion. Ce sont eux qui s’expriment chaque jour sur Fox News et qui gouvernent tous les États climato-sceptiques de la planète de Moscou à Brasilia et de New Delhi à Washington en passant par Londres.

Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause.

Ce qui rend la situation actuelle tellement dangereuse, ce n’est pas seulement les morts qui s’accumulent chaque jour davantage, c’est la suspension générale d’un système économique qui donne donc à ceux qui veulent aller beaucoup plus loin dans la fuite hors du monde planétaire, une occasion merveilleuse de « tout remettre en cause ». Il ne faut pas oublier que ce qui rend les globalisateurs tellement dangereux, c’est qu’ils savent forcément qu’ils ont perdu, que le déni de la mutation climatique ne peut pas durer indéfiniment, qu’il n’y a plus aucune chance de réconcilier leur « développement » avec les diverses enveloppes de la planète dans laquelle il faudra bien finir par insérer l’économie. C’est ce qui les rend prêts à tout tenter pour extraire une dernière fois les conditions qui vont leur permettre de durer un peu plus longtemps et de se mettre à l’abri eux et leurs enfants. « L’arrêt de monde », ce coup de frein, cette pause imprévue, leur donne une occasion de fuir plus vite et plus loin qu’ils ne l’auraient jamais imaginé[2]. Les révolutionnaires, pour le moment, ce sont eux.

C’est là que nous devons agir. Si l’occasion s’ouvre à eux, elle s’ouvre à nous aussi. Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Par exemple, l’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prêtes à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors-sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

Nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation.

De fil en aiguille, si nous commençons, chacun pour notre compte, à poser de telles questions sur tous les aspects de notre système de production, nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation – aussi efficaces, millions que nous sommes, que le fameux coronavirus dans sa façon bien à lui de globaliser la planète. Ce que le virus obtient par d’humbles crachotis de bouches en bouches – la suspension de l’économie mondiale –, nous commençons à l’imaginer par nos petits gestes insignifiants mis, eux aussi, bout à bout : à savoir la suspension du système de production. En nous posant ce genre de questions, chacun d’entre nous se met à imaginer des gestes barrières mais pas seulement contre le virus : contre chaque élément d’un mode de production dont nous ne souhaitons pas la reprise.

C’est qu’il ne s’agit plus de reprendre ou d’infléchir un système de production, mais de sortir de la production comme principe unique de rapport au monde. Il ne s’agit pas de révolution, mais de dissolution, pixel après pixel. Comme le montre Pierre Charbonnier, après cent ans de socialisme limité à la seule redistribution des bienfaits de l’économie, il serait peut-être temps d’inventer un socialisme qui conteste la production elle-même. C’est que l’injustice ne se limite pas à la seule  redistribution des fruits du progrès, mais à la façon même de faire fructifier la planète. Ce qui ne veut pas dire décroître ou vivre d’amour ou d’eau fraîche, mais apprendre à sélectionner chaque segment de ce fameux système prétendument irréversible, de mettre en cause chacune des connections soi-disant indispensables, et d’éprouver de proche en proche ce qui est désirable et ce qui a cessé de l’être.

D’où l’importance capitale d’utiliser ce temps de confinement imposé pour décrire, d’abord chacun pour soi, puis en groupe, ce à quoi nous sommes attachés ; ce dont nous sommes prêts à nous libérer ; les chaînes que nous sommes prêts à reconstituer et celles que, par notre comportement, nous sommes décidés à interrompre[3]. Les globalisateurs, eux, semblent avoir une idée très précise de ce qu’ils veulent voir renaître après la reprise : la même chose en pire, industries pétrolières et bateaux de croisière géants en prime. C’est à nous de leur opposer un contre-inventaire. Si en un mois ou deux, des milliards d’humains sont capables, sur un coup de sifflet, d’apprendre la nouvelle « distance sociale », de s’éloigner pour être plus solidaires, de rester chez soi pour ne pas encombrer les hôpitaux, on imagine assez bien la puissance de transformation de ces nouveaux gestes-barrières dressés contre la reprise à l’identique, ou pire, contre un nouveau coup de butoir de ceux qui veulent échapper pour de bon à l’attraction terrestre.

Un outil pour aider au discernement

Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire. Il sera d’autant plus utile qu’il portera sur une expérience personnelle directement vécue. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion qui vous viendrait à l’esprit, mais de décrire une situation et peut-être de la prolonger par une petite enquête. C’est seulement par la suite, si vous vous donnez les moyens de combiner les réponses pour composer le paysage créé par la superposition des descriptions, que vous déboucherez sur une expression politique incarnée et concrète — mais pas avant.

Attention : ceci n’est pas un questionnaire, il ne s’agit pas d’un sondage. C’est une aide à l’auto-description*.
Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privés par la crise actuelle et qui vous donnent la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. 
Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout. Répondez aux questions suivantes :
Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?
Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)
Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?
Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?
Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)
Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?
(Trouvez ensuite un moyen pour comparer votre description avec celles d’autres participants. La compilation puis la superposition des réponses devraient dessiner peu à peu un paysage composé de lignes de conflits, d’alliances, de controverses et d’oppositions.)


[1] Voir l’article sur les lobbyistes déchaînés aux Etats-Unis par Matt Stoller, « The coronavirus relief bill could turn into a corporate coup if we aren’t careful », The Guardian, 24.03.20.
[2] Danowski, Deborah, de Castro, Eduardo Viveiros, « L’arrêt de monde », in De l’univers clos au monde infini (textes réunis et présentés). Ed. Hache, Emilie. Paris, Editions Dehors, 2014. 221-339.
[3] L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développés depuis par le consortium Où atterrir http://www.bruno-latour.fr/fr/node/841.html

*L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développés depuis par un groupe d’artistes et de chercheurs.

PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE, PROFESSEUR ÉMÉRITE AU MÉDIALAB DE SCIENCES PO

mardi 30 juin 2020

Citation 101 : Lucrèce

"C'est ainsi que le temps qui roule change les moments des choses."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

mardi 23 juin 2020

Citation 100 / Lucrèce


"Et de jour en jour, la nourriture et la vie première changèrent, comme leur montraient par de nouvelles pratiques et par le feu, ceux qui l'emportaient par leur génie et la valeur de leur coeur. Et commencèrent à fonder des villes et à y placer une citadelle, protection et refuge à leur attention, les rois, et à diviser les troupeaux et les champs pour les donner à chacun selon sa beauté, ses forces et son génie.Car la beauté était très en valeur et la force prévalait."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

mardi 16 juin 2020

Citation 99 : Lucrèce


Et d'autres changent, en même temps que le temps change, les chants rauques , comme les races anciennes des corneilles et les troupeaux de corbeaux lorsque, dit-on, ils appellent l'eau de la pluie, et entre temps annoncent les vents et la tempête.
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

mardi 9 juin 2020

Citation 98 : Lucrèce

"Si grand est le pouvoir des lettres par le seul changement  de leur ordre."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

lundi 8 juin 2020

Lexique 236 : Contagion

"Le monde regorge de germes potentiellement pathogènes.Pour lutter contre les épidémies, les changements nécessaires sont civilisationnels"
Jean François Guégan , Dr de la recherche INRA 

mardi 2 juin 2020

Citation 97 Lucrèce


"En effet tout ce qui change et sort de ses limites , sur le champ c'est la mort de ce qu'il était avant "
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

jeudi 28 mai 2020

Lexique 235 : Génération

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire (changer) le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Albert Camus

mardi 26 mai 2020

Lexique 234 : Vieillir

"Vieillir ce n'est pas grave, c'est juste changer de vêtement." Lucette Destouches

mardi 19 mai 2020

Lexique 233 : l'englobant

"Une civilisation, la notre, en train de changer subrepticement d'englobant.Nous avions vécu sous la cloche de l'Histoire; nous vivrons sous celle de la Nature. "
in Le Siècle Vert, Tracts Gallimard 2020

mardi 12 mai 2020

Lexique 232 : la nature des choses

"Ne prétends pas changer la  nature des choses ". Epictète

mardi 5 mai 2020

Citation 96 : Régis Debray

"Un spectre hante l'Occident : l'effondrement du système Terre.Toutes les puissances du monde ancien cherchent à conjurer ou contenir l'inquiétude montante. C'est peut être là un moment  charnière entre deux âges de notre culture. Le siècle change sous nos yeux de couleur, d'urgences et d'horizon."
in Le Siècle Vert, Tracts Gallimard 2020

mardi 28 avril 2020

Expression 48 : confinement et dé confinement




Citation 95 Frédéric Begbeider


"Vous verrez, Manon, on change...Il arrive un jour où l'on remplace le désir de tortues incrustées de diamants par un besoin de génuflexion"
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

Histoires de changement 41 : Junichiro Tanizaki

"Les occidentaux toujours à l'affut du progrès s'agitent sans cesse à la poursuite d'un état meilleur sue le présent.Toujours à la recherche d'une clarté plus vive, il s se sont évertués à passer de la bougie à la lampe à pétrole, du pétrole au bec de gaz, du gaz à l'éclairage électrique, à traquer le moindre recoin, l'ultime refuge de l'ombre."

lundi 27 avril 2020

temps de crise 27 : Résilience et C19

Boris Cyrulnik : “Après la crise du coronavirus, la culture de la performance sera critiquée”

Comment analysez vous la crise actuelle, pensez-vous qu’il s’agit d’une épreuve enrichissante pour les entreprises en matière de résilience ?

Définissons d’abord la résilience : il s’agit de la capacité à vivre, à réussir et à se développer en dépit de l’adversité. La résilience, c’est la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme, et elle s’applique aussi aux entreprises. Après un choc, une crise, certaines sont traumatisées, mais se relèvent. Le trauma peut être collectif et individuel et concerner tant l’entreprise que les individus qui la composent.
La crise actuelle n’est qu’une épreuve parmi d’autres pour les entreprises, qui connaissent régulièrement des vagues de licenciement, des rachats, des fusions, des bad buzz, des problèmes financiers… Mais cette période devrait changer énormément de choses dans notre société. C’est pourquoi la plupart des organisations vont donc surmonter ce cap et faire preuve de résilience. Pour déclencher un processus de résilience, elles doivent s’adapter, revoir leur copie. Car si elles répètent le même processus qu’avant la crise, elles risquent de disparaître.

La crise du coronavirus va-t-elle changer le fonctionnement des entreprises ?

Des épreuves comme celle que nous vivons actuellement, il y en a régulièrement depuis des siècles. À chaque fois, cela nous oblige à changer de manière de vivre, donc de consommer, d’échanger, de produire et de travailler.
Si l’on ne change pas de manière de vivre, on remet en place les conditions de la catastrophe : un mode de consommation et des transports internationaux qui répandent un virus aux quatre coins du globe et de la France, des entreprises inadaptées au confinement et à la distanciation sociale, des modes de production trop dépendants de l’importation/exportation et de la délocalisation.
Statistiquement, la plupart des entreprises reprennent malgré les blessures et les échecs. Dans quelques mois, il y aura sans doute énormément de faillites, de petites entreprises qui ne pourront pas redémarrer, qui vont licencier, qui auront des dettes… Pour éviter cela, les autres seront obligées de s’adapter. Elles devraient probablement relocaliser leur production, réduire la part des importations dans ce processus, diversifier leurs activités, réorganiser les circuits de distribution en les ramenant à une échelle européenne plutôt que mondiale.
Les entreprises reverront aussi forcément leur organisation du travail : télétravail, horaires flexibles, autonomie des collaborateurs… tout ce qui aura été expérimenté pendant la crise avec plus ou moins de succès. Le télétravail avait déjà commencé à se développer avant la crise, mais il sera désormais incontournable, impératif. Il faudra aussi réorganiser les lieux de rencontre, ainsi que permettre une plus grande agilité dans le temps de travail.

Le confinement va-t-il changer également notre rapport au travail ?

Globalement, notre culture de la consommation, de l’éducation, du travail, vont inutilement vite. Il y a eu ces dernières décennies une sorte d’emballement global dans notre société ; un emballement qui a d’ailleurs provoqué l’épidémie de coronavirus, de par le boom des transports et de la consommation.
Pendant ce confinement, nombreux sont ceux qui découvrent qu’il est possible de travailler tout en prenant son temps. Avant cette période, j’avais par exemple des réunions, des cours et des conférences pratiquement tous les jours. Et soudain, je me suis retrouvé confiné, avec la possibilité d’aller à mon rythme, de travailler, de lire, puis de recommencer à travailler… Nous vivions jusqu’ici dans une culture du sprint. Nous étions toujours dans une course : vite se préparer le matin, vite sauter dans un train ou une voiture, vite travailler, vite manger… Sans avoir le temps de réfléchir, de rêver et de vivre l’instant présent. Maintenant, nous redécouvrons le silence, et nous réalisons que ce “sprint” n’était pas forcément nécessaire. Nous nous rapprochons aussi de nos familles, de nos collègues. Alors que nous sommes tous séparés par la distance, nous renforçons ou créons de nouveaux liens.
Nous prenons ainsi conscience de l’importance du lien social et de la solidarité, à tous les niveaux, notamment entre collègues. Nous constatons que la bienveillance est plus efficace que la quête de productivité. Demain, nous allons freiner sur tous les plans : nous consommerons moins mais mieux, nous réduirons le rythme de travail de nos enfants à l’école, et en entreprise, nous reverrons aussi nos priorités. La culture de la performance sera critiquée. Cette période va donc changer les relations dans l’entreprise, les cadences, le management, mais aussi notre rapport au travail.
Les relations humaines l’emporteront sur la recherche de la réussite professionnelle, l’addiction au travail et le surmenage. Et de cette période de confinement, émergera peut-être une nouvelle manière de vivre ensemble. Un maillage de future résilience pourra alors se tisser, dans la société, et dans les entreprises.

Les managers ont-ils un rôle à jouer dans la sécurisation des salariés actuellement ?

Les managers, qui jusqu’ici avaient pour fonction d’organiser un travail à flux tendu, des cadences et des rentabilités, devraient probablement changer de manière de travailler et de gérer leurs équipes. Ils seront davantage bienveillants et leur laisseront davantage de libertés.
En effet, pour tendre vers la résilience et renaître après une crise, une entreprise doit créer un nouveau schéma de développement. Pour cela, il faut que les collaborateurs eux-mêmes entrent dans le processus de résilience. Il appartient donc aux managers, mais aussi aux RH, de soutenir les salariés pendant cette épreuve et au-delà. Ils doivent pouvoir se sentir soutenus, afin de résister à cette situation difficile, et d’accepter ensuite de prendre un nouveau départ. Il s’agit d’organiser des réunions d’explication, des discussions pour faire en sorte que les collaborateurs ne se sentent pas seuls et puissent mettre des mots sur leur traumatisme, voire leur souffrance.
En parallèle, le management doit aussi organiser une réflexion collective sur les problèmes qui se sont posés durant la crise, sur les échecs ou les erreurs potentielles. Il pourra ensuite initier avec la direction un processus de résilience (collective et individuelle) et amorcer un nouveau développement.
Ce confinement est une véritable situation d’agression psychologique. Pendant cette période, nous forgeons tous nos propres facteurs de résilience. Mais nous ne sommes pas tous égaux devant la résilience. Ceux qui avant la crise avaient acquis des facteurs de protection (confort matériel, culturel, affectif et familial) vont faire un effort mais surmonteront l’épreuve et pourront facilement déclencher un processus de résilience. D’autres sont plus fragiles, plus vulnérables, car ils ont acquis moins de ressources internes par le passé. Ils risquent de ruminer, d’être réellement traumatisés et de foncer droit dans le mur. Pour leur permettre de se relever, il leur faut des tuteurs de résilience.
Pour surmonter le confinement, laisser le trauma derrière soi et atteindre la résilience, les liens humains et les interactions sociales sont essentielles. Les conversations échangées avec des proches, mais aussi des collègues ou le manager sont indispensables, pour peu que l’on se sente écouté, compris et estimé. C’est ce qui apporte la sécurité psychologique nécessaire pour sortir plus fort d’une épreuve et s’adapter suite à un traumatisme. Les enfants développent la résilience grâce à leurs parents, ou en tout cas grâce au sentiment d’être important aux yeux d’une autre personne. En ce sens, le rôle des dirigeants, des managers et des RH est de faire savoir à chaque collaborateur qu’il est important, de lui montrer qu’on le prend en considération et qu’on lui fait confiance. Ils doivent soutenir et accompagner leurs équipes, rompre la solitude de chaque salarié, et entretenir le lien ; dès maintenant.

Comment voyez-vous l’après coronavirus ? Pensez-vous que nous aurons appris quelque chose de cette période compliquée ?

Actuellement nous ne sommes pas encore dans la résilience, mais dans la résistance : nous affrontons un virus, nous avons peur pour nos proches, nous avons peur de perdre notre emploi, de voir notre entreprise couler…  Le mois dernier, nous étions un peu sidérés, hébétés, confus. Maintenant, nous organisons la résistance. Puis viendra le temps de changer de culture.
Il y aura probablement après la crise une augmentation du chômage, des faillites, et hélas, la solidarité que nous voyons actuellement se développer face au danger n’y résistera pas. Mais cette période ne pourra pas être oubliée, et notre culture (de la consommation, du loisir, de l’éducation, du travail) va changer.
Il faudra réfléchir à pourquoi cette crise est survenue, et ce que nous pourrons mettre en place pour être plus forts la prochaine fois. Certaines entreprises voudront sans doute revenir à la situation d’avant l’épidémie, à la culture du sprint, mais la performance ne sera plus une valeur phare. Il devrait y avoir après la crise des débats philosophiques passionnants sur le sujet.
Propos recueillis par Fabien Soyez pour Courrier Cadre.

mardi 21 avril 2020

Citation 94 :Frédéric Begbeider

"Les temps changent, lui avais-je répondu.Moi par exemple, jamais je n'aurai cru qu'un jour je m'intéresserais à mes points de retraite.  
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

dimanche 19 avril 2020

Cinéma 14 : Stanley Kubrick

"Les plus grand échecs artistiques ,quelles que soit la discipline, sont souvent liés à une recherche d'originalité à tout pris.L'innovation est de savoir aller de l'avant sans abandonner la forme d'art classique avec laquelle vous travaillez. Mais je pense que île vrai changement arrivera lorsque enfin l'on se libérera de la structure narrative."
Stanley Kubrick, entretien avec Michel Ciment, 1975, 1980, 1987.

samedi 18 avril 2020

Temps de crise 24 : C19 1ères et futures contagions

"Les 1ères contagions sont apparues au néolithique , vers 10000 à 8000 ans avant JC, en Mésopotamie, inférieure, lorsque l'on a construit les 1ères villes.On a ainsi offerts de nouveaux habitats aux animaux commensaux de l'homme.Pour nourrir les villes, il a fallu développer l'agriculture et élevage en capturant des animaux sauvages créant ainsi les conditions de proximité pour le passage vers l'humain de virus et de bactéries présents chez ces animaux ou abrités dans les sols ou les plantes et leurs systèmes racinaires.
La déforestation majeure favorise en zone périurbaine la création de gites pour les pico organismes présents dans l'eau. Des élevages de poulets ou de porcs y jouxtent des grans domaines forestiers tropicaux, rendant possible la transmission de l'animal à l'humain.
Cette épidémie est terrible, mais d'autres demain , pourraient être bien plus létales;Il s'agit d'un coup de semonce qui peut être une chance si nous savons réagir.
En revanche si nous ne changeons pas nos modes de vie et nos organisations, nous subirons de nouveaux épisodes, avec des monstres autrement plus violents que ce coronavirus."
Interview de Jean François Guégan par Claire Legros in Le Monde, samedi 18 avril 2020

mercredi 15 avril 2020

Commentaires 55 : Libres d'obéir

Si les nazis n'ont pas inventé le management, il existe depuis la nuit des temps et surtout depuis l'organisation du travail en usine fin XIXème , début XXème siècle, ils ont considérablement contribué à son évolution tant pratique que théorique et dans un sens beaucoup plus libéral, beaucoup plus moderne qu'attendu, au point où ses thèses principales seront appliquées jusque dans les années 70 par le modèle industriel rhénan et que l'on peut encore percevoir des traces jusqu'à aujourd'hui dans les entreprises digitales de la Silicon Valley.
En commun : leur volonté de s'affranchir d'un état et d'institutions jugées archaïques et vécues comme des freins par rapport à leur entreprise. Un besoin de main d'oeuvre nouvelle pour répondre à la très forte croissance. Une même perspective : maximiser la performance afin d'atteindre au plus vite les objectifs en laissant aux équipes le choix des moyens et en les "chouchoutant " pour qu'elles se donnent au maximum.Un ennemi également commun : le management de proximité , les petits chefs garants de règles et d'un ordre antérieur, vécus comme freins à la "révolution "en cours.
Ainsi la principale école de management allemande qui formera la quasi totalité de l'élite économique  allemande de l'après guerre fut elle créé par Reinhard Höhn, juriste de formation, archétype de l'intellectuel technocrate au service du 3ème Reich, qui termina la guerre comme Oberfuhrer dans la SS.
Ainsi le nazisme at-il aussi conçue une pensée théorique  du management dont le socle a influencé les pratiques modernes du management.

mardi 14 avril 2020

Citation 93 : Frédéric Begbeider

"Au début des années 90, lorsque la techno a commencé à remplacer la new wawe, quelque chose commença à changer."
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

lundi 13 avril 2020

Temps de crise 26 : C19 et Peurs

"Je n'ai pas peur de tomber malade.De quoi alors ?De tous ce que la contagion risque de changer.De découvrir que échafaudage de la civilisation que je connais est un château de cartes.J'ai peur de la table rase mais aussi de son contraire : que la peur passe en vain sans laisser de trace derrière elle."
Paolo Giordano in Contagions Le Seuil 2020.

mercredi 8 avril 2020

Lexique 231 : Générations

"Le mouvement naturel de l'âge explique que les branchés des années 90 se soient mués en conservateurs dans les années 2020. Ce sont les mêmes personnes avec 30 ans de plus: ces trois décennies passées à critiquer la société de consommation tout en se gobergeant aux frais de la dette publique les ont rendus allergiques au changement."
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

Temps de crise 26 : Humour


lundi 6 avril 2020

Temps de crise 25 : C19 et Démocratie

"Même les démocraties peuvent facilement se changer en dictatures au nom de la protection de la santé"
Yuval Noah Harari , interview de Mar Weitzmann pour Le Point 2 avril 2029

samedi 4 avril 2020

Temps de crise 24 : C19 et La Peste

"Tous ces changements, dans un sens étaient si extraordinaires et s'étaient accomplis si rapidement qu'il n'était pas facile de les considérer comme normaux et durables "
 in La Peste, Albert Camus , 1947, édition Folio 1972


mercredi 1 avril 2020

Citation 92 Frédéric Begbeider


"Le jour où Octave est entré chez Lidl, le nez caché dans un foulard, pour acheter des produits de marques délivrées de l'oppression publicitaire, il a compris que quelque chose avait changé."
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

dimanche 29 mars 2020

Temps de crise 23 : C19 ou le retour à la crise majeure


"J'assiste à un changement tel que l'on pourrait parler d'une conversion, au sens matériel et spirituel des choses. Sa majesté l'Economie a été détrônée, elle n'est plus l'obsession prioritaire. Au 1er rang il ya la défense de la vie humaine, pure et simple, qui nous met tous sur le même plan, parce que nous sommes tous exposé au même danger.La santé publique, les sécurité des citoyens, un droit égal ^pour tousser l'unique et impératif mot d'ordre...
Cette période illustre terriblement notre indifférence aux changements climatiques.Le virus est l'un des effets collatéraux de notre occupation, le virus c'est nous.
Apprendra-t-on être le vaccin de nous mêmes ?..."

Erri De Lucca, interview de François Armanet in L'Obs 26/03/2020

samedi 28 mars 2020

Citation 91 : Lucrèce


"Ainsi en va t-il des corps de la matière eux-mêmes ; intervalles ,chemins, connections, rencontre, mouvements, ordre, position, figures, quand ils changent, nécessairement les choses aussi changent ."
Lucrèce in La Nature des Choses, édition Folio essais 2016

Lexique 235 : la société immobile


"Cela n'empêche  pas que chaque fois que la société est momentanément immobile, ceux qui y vivent s'imaginent qu'aucun changement n'aura plus lieu, de même qu'ayant vu commencer le téléphone, ils ne veulent pas croire à l'aéroplane.
La seule chose qui ne change pas est qu'il semble chaque fois qu'il y ait "quelque chose de changé en France". Marcel Proust in La Recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, adaptation Stépane Heuet , Delcourt 2019.

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mercredi 25 mars 2020

Lexique 230 : Les gens de la communication


"Les gens qui travaillent dans le communication ne fabriquent rien, ne créent nulle oeuvre, ne changent pas le monde, mais l'enjolivent, le rendent acceptable, le font digérer."
Frédéric Begbeider in :), Grasset 2020

mercredi 18 mars 2020

Citation 90 : Antonio Gramsci

"Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair obscur surgissent les monstres" Antonio Gramsci in Cahiers de prison 1929-1935

lundi 16 mars 2020

Expression 47 : Covid- 19


vendredi 13 mars 2020

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mercredi 11 mars 2020

Lexique 229 : Petit changement et grand chambardement


« Tous les 50 ans petit changement 
Tous les 500 grand chambardement 
Puissiez vous vivre au temps des grands changements « 
Yi Jing

lundi 9 mars 2020

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jeudi 5 mars 2020

Humour 2 : Le chat

mercredi 4 mars 2020

Lexique 228 : Le Bouddha

« La loi de la vie c’est le changement, refuser cette loi, c’est être borné » Bouddha 

vendredi 28 février 2020

Commentaires 54 : Le siècle vert


Régis Debray nous le confirme dès l'introduction : un spectre hante l'occident, l'effondrement du système terre et nous sommes bien à un moment charnière, entre deux âges de notre culture.
"Le siècle change sous nos yeux, de couleur, d'urgences et d'horizon."

#Nous sommes en train de sortir d'un long Moyen Age, celui de la modernité, celui qui se sera déroulé du quatrocento à Faust, de ce jour où Pétrarque s'en allé conquérir le mont Ventoux , au lieu de le regarder d'en bas à ce jour de 1969 ou Neil Armstrong marcha sur la lune: "Un pas de géant pour l'humanité."
Cette période où en devenant faustien, le mammifère a deux pattes a quitté le paradis pour entrer dans l'histoire et s'est mis à conquérir, coloniser, rentabiliser. Cette période où nous avons quitté la contemplation esthétique et distante pour entrer dans la possession physique .
Près de 1500 ans plus tard les progrès gigantesques sont à la mesure des dégâts accumulés sur la planète, le goût est amer et la prise de conscience des défaillances du pari Faustien est de plus en plus grande et partagée.
L'envie de faire allégeance aux signes et croyances d'une nouvelle Renaissance.

#Faust a pris un coup de vieux et ressemble de plus en plus au pompier pyromane. L'aspiration générale est au soft, au light ,au fun.
Le prédateur de jadis se découvre précaire et vulnérable et quand on se sait fragile, on devient plus fraternel, et responsable.Il découvre les coûts de son huerais et la lourde note à payer.
Les pires craintes de cataclysme apparaissent et se développent , nous faisant oublier que les catastrophes attendues sont le plus souvent  contredites par les faits (la 5ème colonne, les rouges, les soucoupes volantes...)
Faust avait oublié et nous avec lui , c'est que l'homme est partie intégrante et non surplombante de la nature.Il se croyait au dessus et se découvre en dedans.

#L'ère faustienne était dure et hiérarchisée , l'ère digitale se voudrait égalitaire et ouverte, donnant le droit à chacun de participer au jeu.
Le monde qui vient est
- encore civilisé, malgré certaines colères et incivilités aucun individu n'a eu à revetir l'uniforme ou tirer un coup de fusil
- féminisé  dans ses valeurs, ses vêtements, y compris sa langue le monde se féminise
- présentifié : aplani, préservé de toute remise en relief de l'actualité par l'histoire.Et comme il n'est pas de projet sans mémoire, l'effacement des perspectives du temps engendre un présent à plat , qui n'enchante guère les individus. Plus de point de fuite ,ni d modèle de société à atteindre , juste de la grogne et des tâtonnements.
- revitalisé : jeune et lisse , on végétalisme, on positive et l'humusation des dépouilles nous fait entrevoir  la possibilité d'une nouvelle utopie de mort zéro.

#La société industrielle avait engendré une Résistance ouvrière , la société numérique qui lui a succédé fait naitre sous nos yeux un autre mouvement d'idées, adossé non plus à une science sociale mais naturelle.
Notre civilisation change d'englobant : nous avons vécu sous la cloche de l'histoire, nous allons vivre sous celles de la Nature.
Pendant un millénaire l'homme s'est demandé : "où en suis je avec Dieu?"
Puis à partir de la Renaissance : "où en suis je avec mes congénères?"
Et aujourd'hui : "où en suis je avec les animaux?"
Nous passons d'une condition spirituelle à une condition naturelle.

Victor Hugo a fixé l'ordre du jour : "La religion, la société, la nature: telles sont les trois luttes de l'homme .Ces trois luttes et en même temps ses trois besoins: il faut qu'il croie, de là le temple; il faut qu'il crée, de là la cité; il faut qu'il vive ,de lac la charrue et le navire.Mais ces trois solutions contiennent trois guerres.La mystérieuse difficulté d cela vie sort de tous les trois."

#Aucune société persistante et constante ne peut survivre sans ce que l'on appelle par commodité une religion. La transition d'une société thermo industrielle à une société agro pastorale , de l'usine au potager, de diésel à la trottinette , du prêtre au druide, de la croix au soleil, soit un demi tour vers le néolithique n'était pas vraiment prévue par la Raison en marche.

La science qui fait autorité n'est plus , comme chez Marx, l'économie mais la climatologie .

Nous observons en live un glissement de de l'Esprit sans la Nature(pôle progressiste) vers la Nature sans l'Esprit (pôle réactionnaire)
Courant trop vite et trop loin, l'intellect a fini par nous lâcher en chemin.Alors le naturel se venge et revient au galop.Retour du balancier.On ne veut plus de l'élaboré, mais du ressenti; plus de vérités générales mais des expériences originales.

L'effet jogging en médiologie : depuis que l'automobiliste a cessé de marcher, il s'est mis au jogging.

#Le vieux monde a  l'age de la retraite, fait du luxe, peaufine ses musées et ses relique.L'Amérique elle ,tournée dès sa naissance vers le wilderness, n'est plus à une audace prêt : sa dernière transgression s'appelle le transhumanisme.

#Il faut remplacer la notion d'environnement par celle de milieu: l'ensemble des conditions d'existence d'un vivant.Le vivant organise le milieu qui l'organise?Il y a interdépendance et co développement.
On est toujours deux dans l'affaire homme, la Nature et l'Esprit.Un matériau et un outillage.
Il n'y a donc pas à choisir entre la tondeuse et le jardinier, entre âme moyen et la fin ,entre le technique est le spirituel.

mercredi 26 février 2020

Citation 89 Benoit Chantre


"Sa conversion en 1959 correspondit à des changement notables dans sa façon de penser ."
in Les derniers jours de René Girard, Benoit Chantre ,Grasset 2016

mercredi 19 février 2020

Citation 88 : Pascal Quignard

- Le roi Chlodovecchus a élu Soissons pour sa ville capitale et va revenir.
- Il ne porte pas dans son coeur les temples anciens.Il leur préfère les basiliques. Il aime les croix.
- Et les vases
- On dit qu'il aime les vases.Le monde a changé.
...
in Les Ombres errantes, Dernier Royaume 1, Pascal Quignard, Folio Gallimard 2004

mercredi 12 février 2020

Dans la pub 16 : Ecoute le monde changer






Citation 87 Christian Roux

"Rien n'a vraiment changé dans sa vie.Ses résultats scolaires sont toujours aussi médiocres.Il n'a toujours pas baisé Suzanne, son père et lui sont plus étrangers l'un à l'autre que jamais...Rien sauf...
in "Que la Guerre est jolie", Christian Roux, Rivages/Noir 2019

mercredi 5 février 2020

Lexique 227 : Un gaz

"Pour l'heure il se sent comme ça.Un gaz. Sa vie va changer. Il plane jusqu'à sa vieille Merco, qui lui semble soudain beaucoup trop matérielle."
in "Que la Guerre est jolie", Christian Roux, Rivages/Noir 2019

mardi 28 janvier 2020

Lexique 226 : Photo de guerre

"Des photos de cadavres, de charniers, de corps décomposés, déchiquetés, mutilés, tu en as des milliers en stock.Tu en as envoyé des centaines aux rédactions des 5 continents. Mais les journaux ne les publient pas. Pas les plus monstrueuses en tout cas. Et elles ne changent rien. Elles n'ont jamais rien changé. La réalité visuelle est toujours aussi crue, dure.
in "Que la Guerre est jolie", Christian Roux, Rivages/Noir 2019