mardi 30 janvier 2024

Lexique 345 Proust

 

"Mais l'impact qu'a eu sur moi A la recherche du temps perdu , en dehors des raisons déjà exposées dans les précédents chapitres, tilt à ceci que l'oeuvre de Proust, se place tout entière sous le signe libératoire du flux -...-, quand j'ai été élevée dans un milieu dont l'idéologie conservatrice sacralisait l'immuabilité et vitupérait le changement."

in Proust, Roman familial, Laure Murat , Robert Laffon 2023

dimanche 28 janvier 2024

Commentaires 104 L'hypothèse K

 

Un livre assez indispensable sur l'approche de la catastrophe écologique : quel est ou pourrait être le rôle de la science dans ce combat ? Un livre en deux parties : 1- déconstruction du mythe scientifique 2 - l'hypothèse K ou comment penser un nouveau rapport entre  science et technique.


1- Déconstruction du mythe scientifique

# Tout d'abord Aurélien Barreau plante le décor : le drame écologique n'est ni un une crise climatique, ni un délitement social mais bien une catastrophe civilisationnelle . A la fois effondrement de la vie et perte de sens. Ni plus, ni moins. La science en atteste et  le démontre de façon indiscutable aujourd'hui : les populations animales s'effondrent, les végétaux sont en grand stress, les fonds marins et leurs écosystèmes dévastés, les mégafeux se répandent dans le monde. Elle permet également de comprendre que le réchauffement climatique n'est qu'une petite partie du problème , une conséquence plutôt qu'une cause de notre système de transformation du réel en déchets. Se focaliser dessus n'est qu'un moyen de se rassurer car la crise est fondamentalement systémique. La physique permet ainsi de comprendre que les déchets de dioxyde de carbone émis sont si nombreux , qu'ils sont à l'échelle humaine, "définitivement présents".

# Le constat est scientifiquement établi (et presque plus contesté) : les énergies fossiles commençant à se raréfier , il y aura inévitablement décroissance (au sens économique) . Si cette décroissance imposée n'est pas associée à une volonté déterminée de réduire et réorienter la consommation, la catastrophe sera totale : écologique et sociale. Il n'est donc pas possible d'augmenter le PIB et d'en  diminuer les méfaits sur l'environnement. 

# Si la science permet de mesurer, prédire avec un certain degré de fiabilité cette catastrophe , elle ne constitue qu'une manière parmi d'autres de faire un monde. Ni les symphonies de Mozart, ni les poèmes de  Villon ou la prose de Proust ne s'appuie sur elle. Elle demeure muette quant à ce qui est désiré. Toute puissante quand il s'agit d'améliorer le fonctionnement, elle a beaucoup plus de mal quand i'l s'agit d'en changer le but et non plus seulement de gagner la partie. Elle est démunie quant à la bonne direction à choisir. Et attention car la dimension scientifique d'un objet lui confère dans nos sociétés une sorte de valeur magique . La science permet d'atténuer certaines conséquences d'innovations techniques (aujourd'hui l'IA) mais demeure muette quand il s'agit de penser l'effondrement de notre puissance d'être, indépendamment de tout usage délictueux ou mal intentionné. L'efficacité de notre civilisation à effacer l'altérité est sans équivalent.

Tout détruire et tout raser, exterminer les espèces, brûler les forets et préparer les guerres ns constituent pas une erreur scientifique. Il fait modifier le carcan axiologique voire ontologique. La science n'est pas coupable de tous nos maux mais a partie liée avec une vaste entreprise de chosification.Le recours systématisé à l'argument d'autorité scientifique est dramatique car l'essentiel des problèmes que nous traversons ne sont pas scientifiques. La science est "instrumentalisée" , a ses accointances avec la classe dominante , est aux commandes et se profile une société technocratique sans visée et sans désir, sans intention et sans projet. La question : comment infléchir la science pour la rendre vertueuse?

# Nous sommes malades du logos : superbe logos qui a ouvert les portes de la rationalité. Mais aussi terrible logos qui a desséché et binarité les modes et les mondes de l'Etre à l'autre. La modernité occidentale se situe au coeur d'une alliance de fait entre science et technique . A l'évidence le développement tumoral de la technique constitue un des moteurs les plus dévastateurs de la catastrophe en cours, ce vers quoi nous nous tournons sans la moindre interrogation pour résoudre la catastrophe en cours. Si la science est axiologiquement neutre , elles se trouve ontologiquement engagée. 

#Depuis des déceenies tous les champs cognitifs ou presque se revendiquent comme scientifiques. C'est le gage de sérieux, comme si tout se réduisait à elle . A quand le littérature ou la musique scientifique? Comme si la vérité, qui vient de la mémoire et non de la rectitude se réduisait à elle. Mais s'il s'agit de comparer des conséquence de la catastrophe en terme de privations. Ne peut -on opposer la liberté de disposer d'eau potable, de disposer d' un air respirable d'une partie de l'humanité à celui de jouir de luxes et d'addictions d'une autre partie.

# Quelque chose a été manqué : l'extraordinaire puissance révolutionnaire de la science (le mot vient de Copernic)  fut travestie et délaissée. La désimpérialiser, lui redonner sa puissance révolutionnaire, la changer d'axe., pour lui faire redéfinir le monde. Le rôle essentiel de la science consiste "à inventer des êtres nouveaux "Bruno Latour. 

2 - l'hypothèse K ou comment penser un nouveau rapport entre  science et technique.

#L'occident n'a pas oublié la transcendance. Il a fait pire, il a transcendantalisé son immanence. 

#Si prométhée est triste, plus que la colère de Zeus, que la bêtise des humains, c'est de n'avoir pas compris la dynamique propre de son joyau : d'avoir cru que l'outil n'était qu'un outil, d'avoir négligé l'autonomie de la technique .

#Si nous ne vivons pas sour la domination des Terminator, ne sommes pas les esclaves de ski net, une certaine indépendance technique aux conséquences délatrices s'est lentement déployée. Le pullulement  technique est devenu l'un des facteurs essentiels de l'effondrement des conditions d'habitabilité, En un sens , nous sommes devenus les hôtes consentant d'un processus qui nous dépasse largement. Des machines construisent des machines, des programmes conçoivent des programmes. 

# Nous sommes partiellement devenus les esclaves - au moins les serviteurs - d'un processus expressément parasitaire. 

# L'hypothèse K : un développement littéralement cancéreux de la production technique . Mutation, métastases , prolifération, les cellules malignes vivent leur propre mécanisme de sélection.Elles échappent à l'homéostasie comme à la sénescence. Une sorte de méta Nacer, qu'il s'agit d'affronter. 

Penser le développement technique comme un processus métastatique : le prométhome. 

Il est évident qu'il n'est ni utile , ni souhaitable de détruire les machines.

L'oncologie nous apprend que face à un ennemi de cette taille il n'existe aucune solution simple et unique.Il ne suffit pas de traiter les effets. Tout autre chose est nécessaire. Ol s'agit de reconsidérer notre finitude , nous ne sommes pas Dieu. Décroitre n'est pas mourir. Habiter poétiquement le monde.

La science attend d'être pensée et non plus utilisée.


mardi 23 janvier 2024

Lexique 344 : La lune


 "Ne vous inquiétez pas Madame, la prochaine fois ce sera un garçon , car la lune a changé ce soir."                in Proust, Roman familial, Laure Murat , Robert Laffon 2023

jeudi 18 janvier 2024

Dans la pub 40

 


APM 36 La 3ème voie : la voie du vivant

 



Rencontre APM le 18 janvier 2024 avec Olivier Hamant, chercheur à l'INSA et directeur de l'institut Michel Serres.

Le point de départ de cette dé construction pour Michel Serres : la loi de correspondance de l'offre et de la demande est fausse, on devrait parler de loi de correspondance d'un besoin et d'une ressource.

1 Le concept d'anthropocène : 
Concept géologique signifiant que chaque m2 sur terre contient une trace de la main de l'homme.
# Etape 1 : La Renaissance , révolution qui commence par un changement radical de point de vue contenu notamment dans la peinture : la perspective ou commisération en latin , permet de mesure les choses et entraine la possibilité de les exploiter. 
De la Renaissance, de la pensée moderne, naît ,entre autre , l'exploitation systématique du monde 
# Etape 2 : Le monde actuel ,où nous "dépendons désormais des choses qui dépendent de nous " Michel Serres. Il n'y a lus de territoire nouveau à découvrir; la nature déconnectée des humains n'existe plus. Dès que nous faisons quelque chose , une autre chose nous revient en boomerang. C'est un changement radical de trajectoire.

#Un changement global : depuis le darwinisme, la théorie de l'évolution, on n'avait pas connu un tzl changement. Un paradigme nouveau qui bouleverse tout.
En 2020 : on établit le constat que tout ce qui a été produit sur terre depuis l'origine des hommes est plus lourd que la biomasse.

# La bifurcation : Le début de l'anthropocène est daté factuellement et mesuré en 1950 : le moment où l'on passe d'un système à l'autre dans : transports, production papier, tourisme de masse, télécom, usage de l'eau , utilisation de l'énergie primaire, population urbaine...
Si le monde a complètement changé, l'homme lui n'a pas changé dans ses croyances et comportements. 
Les deux guerres mondiales en ont été les catalyseurs dans de nombreux domaines : armement, transport, informatique, médecine...
"Les humains sont devenus les organes sexuels des machines"= ceux par qui elles se reproduisent
Quelques effets :
Depuis les années 60 , il n'y a plus de famine de plus de 10 millions de morts dans le monde en raison de l'agriculture industrielle et de la médecine.
Les océans sont aujourd'hui aussi acides qu'ils ne l'étaient il y a 14000 ans. Leur température est chaque année plus élevée.



2 Un monde de plus grande incertitude : de la moyenne (prévisible) à l'écart type (imprévisible)
Le monde évolue vers un monde de plus en plus fluctuant : des variations plus fréquentes, d'une plus grande amplitude dépassant régulièrement les écarts type.
Les 4 limites planétaires :
#Pénurie des ressources : la décarbonation nous entraine dans le remplacement du pétrole par des minerais. Les mines se développent , les métaux sont rares et comme on les broie , ils consomment beaucoup d'eau et transmettent des résidus polluant aux rivières et océans. Un voiture électrique utilise 4 fois plus de cuivre, qu'une voiture thermique (une tesla 6 fois). 
Il ne s'agit pas de décarboner l'économie mais de la recarboner par les plantes
#Crise climatique : le paramètre le plus évoqué et pourtant pas central car conséquent de la biodiversité
#Effondrement de la biodiversité : le paramètre et le levier systémique le plus important : agir dessus fait reculer pollution et agit sur le climat.
En 30 ans , on a perdu 80% des insectes.
Le monde est peuplé de vertébrés : domestiques (65%), humains (32%), animaux sauvages (32%)
La baisse de la bio diversité entraine mécaniquement une baisse des services biosystémiques : nettoyage, filtration...

Le Club de Rome prévoyait en 1972 un point de bascule vers 2030  en matière de finitude de ressources , il est aujourd'hui confirmé à quelques années près.

#Pollution globale
3 Les voies du possible : la 3ème voie, celle du vivant 
Jusqu'à présent deux voies sont présentées comme une alternative :
  • Le développement durable ou croissance verte : pas suffisante ni assez efficace
  • La sobriété ou ralentissement : pas acceptable par la population
Pas vraiment convaincantes. 



Une 3ème voie est possible : celle du vivant 
Pour mobiliser un collectif il faut un infini :
  • Dans le monde ancien : L'infini de la spiritualité et sa promesse de salut ont fonctionné jusqu'à l'époque moderne avant de s'effondrer par le désenchantement du monde au profit de la matière
  • Dans le monde moderne : L'infini de la matérialité et sa promesse de bonheur terrestre s'écroule avec la finitude de nos ressources et la dégradation de notre environnement de vie terrestre.
  • Dans le monde futur : Il s'agit d'inventer , de proposer un 3ème infini : celui des interactions pour créer de la valeur à ressources constantes.
Dans la voie moderne quand l'homme a un problème -> il consomme vite une ressource -> il trouve vite et seul une solution . Seuls les humains et les parasites fonctionnent ainsi
Dans la nature quand il ya un problème -> l'être vivant -> passe du temps à crée ou activer de nombreuses interactions -> passe beaucoup de temps à régler son problème en multipliant les interactions et consommant le moins possible de ressources .

"Faire fonctionner le même système avec plus d'intensité ou de vitesse ne changera rien à la trajectoire tant que la structure ne sera pas modifiée".
Pour faire changer une trajectoire , ce ne sont pas les éléments qu'il faut changer mais les interactions.
Exemple de la voiture : passer du thermique à l'électrique n'est pas la meilleur réponse. Il faut aller vers la diversification des moyens de transport, le co voiturage...
Multiplier les interactions : résout vraiment les problèmes, coûte moins cher, est indispensable à la robustesse du système, résout des problèmes auxquels on avait pas pensé.





4 Les grands principes du vivant : 
# Un temps long et circulaire : un arbre évapore 500 Litres d'eau chaque jour ; ce sont les plantes qui amènent l'eau sur les continents , repeuplent des déserts, forment les nuages et provoquent ma pluie par évaporation .

#L'abondance stimule la compétition individuelle : la pénurie stimule la coopération du groupe. Vu pendant le confinement : au début chacun s'est précipité au supermarché (compétition); ensuite ,quand les ressources ont baissé , entraide . Quelques arbres tombent en montagne : en bas , où ils sont nombreux, la clairière est vite comblée , les ressources sont abondantes. En haut il ne se passe rien, les ressources limitées ne permettent pas l'expansion.

#La robustesse se construit contre la performance
La performance c'est atteindre son objectif (efficacité) avec le moins de puissance (efficience)
La robustesse c'est maintenir le système en équilibre stable malgré les fluctuations

Les qualités de la robustesse :                                                   Les qualités de la performance :
Inefficacité (pas d'objectif)                                                          Efficacité 
Incertitude                                                                                   Certitude
Lenteur (pas de délai)                                                                  Rapidité (évaluation)
Redondance                                                                                 Singularité (valeur)
Incohérence                                                                                 Cohérence
Inachèvement                                                                              Achèvement 



Il s'agit donc d'inverser notre système de valeurs.

Les qualités opérationnelles des être vivants sont à l'inverse de notre système de croyance managérial inventé par les militaires, développé par les entreprises , désormais régnant sur nos modes de gouvernance et choix politiques.

Un être vivant est robuste parce qu'il n'est pas performant.
Optimiser les performances d'un système en fragilise la robustesse
Cela fonctionne des plantes à la biologie moléculaire.
La photosynthèse permettant à partir de la lumière de carbone de créer de la matière organique est un des plus vieux mécanisme sur terre : 3,8 milliards d'année

Les êtres vivants se construisent sur l'adaptabilité qui dépend de leur robustesse
D'où la nécessité de faire évoluer la notion de progrès :
Jusqu'au 20ème siècle , le progrès -> améliorer la performance
Aujourd'hui, le progrès -> améliorer la robustesse

#Exemple 1 : passer de l'agriculture industrielle à l'agro biologie
L'agriculture industrielle est à très faible rendement : 0, 1 entre ce qu'elle rapporte et le côut en ressource (pétrole , eau).
L'agro biologie a certes un rendement plus faible mais plus d'assurance grace aux mélanges végétaux
Ca marche et la coeur du système a basculé en 10 ans notamment dans le sud de la France
#Exemple 2 : passer des matériaux "durs" aux matériaux vivants dans la construction
Patrick Bouchin a développé une méthode participative : faire bouger un quartier en partant des besoins des habitants
Développer des solutions de construction plus robustes et diversifiées visant l'autonomie technique des citoyens pour l'entretien, les réparations d'usure...

Dans le monde de la performance , on est dans la puissance 
Dans le monde de la robustesse , on est dans la facilitation

Le pouvoir rend impuissant




#Le changement indispensable d'indicateurs :
"Quand une mesure devient une cible, elle cesse d'être une bonne mesure "
-> le dopage dans le sport vient sanctionner la course à la sur performance
-> le bachotage avant les examens dessert l'apprentissage
-> les publications trop rapides non vérifiées polluent la recherche

Il faut évoluer vers de nouveaux indicateurs plus inclusifs :
-> bien être mental, sociétal ou physique
C'est également vrai des entreprises.



mardi 16 janvier 2024

Lexique 343 l'aristocrate et le garçon de café

 

"Le garçon de café, le tailleur, le commissaire priseur, ..., peuvent changer de métier et donc de mimiques professionnelles. L'aristocrate est incapable de changer de rôle. Car il a été éduqué dans le mimétisme. "     in Proust, Roman familial, Laure Murat , Robert Laffon 2023

mardi 9 janvier 2024

Lexique 342 Le monde

 


"Nous vivions des temps difficiles depuis trois ans comme je n'n avais jamais connu de ma vie. Et le monde avait changé si vite autour de moi que je m'y sentais un étranger... Ce n'était pas une période à faire l'élégant mais plutôt profil bas."

in La Danseuse, Patrick Modiano, Gallimard 2023

mardi 2 janvier 2024

Lexique 341 La ville


 "Et pourquoi cela se faisait-il aujourd'hui dans une  ville qui avait  à ce point changé qu'elle n'évoquait plus aucun souvenir? Une ville étrangère."

in La Danseuse, Patrick Modiano, Gallimard 2023